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Blog d'actualité politique

Stéphane Flégeau détaille pour Liberté Actus le plan de la CGT pour la métallurgie française

Publié le 19 Avril 2026 par Vendémiaire in France-Politique - société, Syndicalisme

Stéphane Flégeau, secrétaire général de la FTM-CGT. © Allaoua Sayad

Stéphane Flégeau, secrétaire général de la FTM-CGT. © Allaoua Sayad

 
Nous sommes allés à la rencontre de Stéphane Flégeau, secrétaire général de la Fédération CGT des travailleurs de la métallurgie (FTM). Avec lui, Liberté Actus ouvre une série de grands entretiens consacrés à celles et ceux qui refusent de s’en tenir au constat et cherchent à reconstruire, concrètement, une stratégie industrielle pour la France.
 

Il est 10h à Montreuil. Dans les bureaux de la CGT, l’activité bat déjà son plein. Les téléphones sonnent au rythme des grands sujets du moment. Pour Stéphane Flégeau, à la tête de la FTM depuis près d’un an, la période est particulièrement tendue.

Car c’est dans la métallurgie que s’accumulent les mauvaises nouvelles. PowerGlide Dumarey, Stellantis à Poissy, ThyssenKrupp à Isbergues, ArcelorMittal bien sûr — et derrière, une multitude de sites, notamment dans la sous-traitance automobile, aujourd’hui menacés partout dans le pays.

Mais pas question pour Stéphane Flégeau de subir. Le dirigeant syndical insiste sur la nécessité de « tenir les deux bouts ». « Il faut à la fois défendre chaque usine, chaque emploi, chaque filière et, dans le même temps, porter une vision pour reconstruire l’industrie française. » C’est à cette double exigence — résistance immédiate et projection à long terme — que nous avons choisi de consacrer cet entretien.

Une fédération au cœur de l’appareil productif

Entouré de portraits des grandes figures de sa Fédération, Stéphane Flégeau déroule les filières qu’elle regroupe. « On concentre beaucoup de secteurs industriels, tous très structurants pour le pays. » La sidérurgie et l’automobile, bien sûr, mais aussi l’aéronautique, le naval ou encore l’électronique. Tout l’enjeu, c’est de « porter des projets à l’échelle nationale, filière par filière, en s’appuyant sur ce que vivent les travailleurs et nos syndicats dans les entreprises ».

Sur une étagère, le buste d’Ambroise Croizat — lui aussi métallo — donne le ton. Ici, la question industrielle est d’abord une question politique. Stéphane Flégeau refuse d’être « cantonné au dialogue social à la sauce patronale. Ils essaient de séparer questions sociales et questions industrielles et c’est là que la CGT les dérange ».

« Le cœur de notre combat, c’est la stratégie industrielle. L’enjeu fondamental, c’est de préserver les moyens de production pour pouvoir les développer demain. » Car, rappelle-t-il, « tant qu’il reste l’outil et les savoir-faire, il y a toujours des possibilités derrière ».

« Tout se joue dans la relation entre donneurs d’ordres et sous-traitants »

L’idée n’est pas de déplorer les fermetures d’usines les unes après les autres. « Tout l’enjeu, poursuit le dirigeant, c’est d’anticiper. Il faut se réapproprier les orientations stratégiques, anticiper les décisions, porter la question de la diversification lorsque cela devient nécessaire ».

Trop souvent, les travailleurs sont mis devant le fait accompli. L’exemple de la sous-traitance automobile est, à cet égard, particulièrement révélateur. « Le problème, rappelle Stéphane Flégeau, c’est que toute l’industrie est organisée ainsi en France. Tout se joue dans la relation entre donneurs d’ordre et sous-traitants. »

C’est le sens de la proposition de loi GM&S, portée depuis des années par la FTM. En 2017, le site GM&S de La Souterraine, dans la Creuse, est frappé par le retrait brutal de Renault et PSA. L’entreprise est laissée à la liquidation, avant d’être partiellement reprise au prix d’un PSE saignant.

De cette lutte est née l’idée de faire une loi. Encadrer les pratiques des donneurs d’ordre, responsabiliser ceux qui décident loin des chaînes, loin des ouvriers, loin des territoires.

L’industrie française est une pyramide inversée. Une poignée de grands groupes — constructeurs, équipementiers de rang 1 — décide du sort de milliers d’entreprises sous-traitantes. Les volumes varient d’un trimestre à l’autre, les délais de paiement s’allongent, les exigences de prix se durcissent. Dans ce système, le sous-traitant n’a ni sécurité ni pouvoir de négociation. Il absorbe les chocs… jusqu’au crash.

Stéphane Flégeau insiste sur cet exemple. « Ce sont des ouvriers et des camarades qui, à partir de leur expérience, essaient de construire une réponse concrète. » La preuve que les travailleurs produisent aussi des réponses industrielles et pas seulement sociales.

Intégration verticale. La fin d’un modèle industriel

Mais ce modèle se retourne aujourd’hui contre ceux qui l’ont construit. « Dans toutes les filières, explique-t-il, les donneurs d’ordre sont percutés par leurs propres choix : externalisation à outrance, sous-traitance en cascade et, dans certains cas, délocalisations. Ils sont désormais piégés dans leurs contradictions. »

Face aux géants industriels chinois, qui produisent en interne une grande partie de leurs composants, les groupes européens se retrouvent en difficulté. Ce choix d’intégration verticale — à l’œuvre dans l’automobile, la sidérurgie, l’électronique ou encore le naval — leur donne un avantage compétitif décisif.

À cela s’ajoute une deuxième contradiction, d’ordre géopolitique. « Les bouleversements dans le monde rebattent les cartes à grande vitesse », insiste le dirigeant. «  Voies commerciales, prix de l’énergie, coûts de transport, les groupes sont profondément dépendants de tout ça. Et cela fragilise l’ensemble de notre écosystème industriel. »

« Mais le capital s’adapte toujours, bien sûr ». Il en veut pour preuve la situation dans l’aéronautique. « C’est, à l’heure où l’on parle, la filière qui change le plus de stratégie. Les grands donneurs d’ordre, comme Safran, ont des carnets de commandes pleins, tirés par le civil comme par le militaire. » Pour tenir les délais, ils ne peuvent plus se permettre de fragiliser leur sous-traitance.

« Dès qu’il y a un problème, ils rachètent. Ils réintègrent l’entreprise et la production. Avant, ils cherchaient ailleurs. Aujourd’hui, ils ne se posent plus la question. »

Cette dynamique n’est pas conjoncturelle, elle est structurelle. « Y compris sur l’emploi, la logique change. Les groupes rouvrent des écoles de formation en interne. Ils ont besoin de maîtriser leurs capacités de production de bout en bout. Et, de ce point de vue, on arrive à la fin d’un cycle qui nous a fait beaucoup de mal depuis trente ou quarante ans. »

Une industrie qui ne maîtrise plus rien

Pas d’illusions pour autant. Dans les autres filières, la situation est tout autre. C’est notamment le cas de l’électronique, dont est issu Stéphane Flégeau. « Je suis effaré de voir comment on ne maîtrise plus rien sur ce secteur. Sans ‘’électro’’, sans la capacité de produire les composants, ni de réaliser les cartes et les systèmes embarqués, on est morts. Aucune souveraineté. »

Les travailleurs sont parfois bien seuls à rappeler que « le cœur de l’industrie, c’est bête à dire, mais c’est l’activité industrielle. On n’appuie pas sur un bouton pour construire ça. Beaucoup l’ont oublié. »

Le nucléaire apparaît, à cet égard, un point d’appui décisif. Car il n’y a pas d’industrie sans énergie. « La bonne nouvelle, c’est que c’est la filière où, à l’heure actuelle, il y a le plus d’investissements. Framatome, Arabelle Solutions, EDF, les ambitions sont grandes et, là encore, on se dirige vers une réintégration des filières, jusqu’à la formation ». Exemples à l’appui, il rappelle qu’un soudeur dans le nucléaire nécessite quasiment 10 ans d’expérience.

« On planifie, on sécurise, on investit, et on met des capitaines d’industrie »

Que faire, alors ? L’urgence est là. Et il faudra des ruptures pour redresser la barre. Car, prévient Stéphane Flégeau, « on se heurte toujours à la même chose. Le capital et les choix qu’il impose. Ils ne jouent certainement pas dans l’intérêt général. C’est l’industrie et son développement qui sont d’intérêt général. Dans ce pays, moins il y a d’industrie, moins il y a de vie économique, moins il y a de vie sociale. »

Et si demain la Fédération CGT des travailleurs de la métallurgie avait les cartes en main ? Que ferait-elle ? Du tac au tac, Flégeau répond. « On sécurise tout de suite les filières stratégiques, celles sur lesquelles reposent les autres. La sidérurgie et l’électronique, d’abord. Rien qu’avec ça, on peut faire beaucoup de choses, c’est le poumon.

Ensuite, on investit dans l’outil, pas au coup par coup. On planifie. On restructure méthodiquement tout un écosystème.Il faut une vision de long terme. On anticipe et on se donne une direction pour les vingt ou trente prochaines années. »

Cette réponse n’est pas sans rappeler le projet de nationalisation d’ArcelorMittal porté par la FTM et le Parti communiste français depuis quelques années. L’idée n’est pas de mettre la sidérurgie sous « perfusion publique » mais, au contraire, de construire un grand plan de développement sidérurgique.

La logique est simple. La demande en acier devrait fortement augmenter au cours des trente prochaines années. Pour y répondre, il faut investir et développer les capacités de production dès maintenant. Quitte à créer, temporairement, des surcapacités — c’est la logique même des cycles longs propres à l’industrie.

Il va sans dire que ce n’est pas dans l’intérêt du groupe Mittal que d’avoir ces surcapacités. En revanche, ça l’est pour la nation. Dès lors, les intérêts du groupe divergent de ceux de l’intérêt général, il faut donc nationaliser.

Une autre conclusion s’impose. « Il faudra remettre des industriels aux commandes. Et sortir les financiers du jeu. » Car au fond, la question n’est pas « Que fait-on ? », mais « Qui décide ? » Aujourd’hui, ce ne sont ni les travailleurs, ni la nation.

 

https://liberte-actus.fr/idees/entretien/article/stephane-flegeau-detaille-pour-liberte-actus-le-plan-de-la-cgt-pour-la

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