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Blog d'actualité politique

Tout savoir sur l’essor du GNL et la transformation du marché mondial du gaz

Publié le 17 Avril 2026 par Vendémiaire in International

Vytautas Kielaitis/shutterstock

Vytautas Kielaitis/shutterstock

Mise à jour le 17 avril 2026
 

Longtemps transporté par gazoduc dans des relations bilatérales stables, le gaz naturel est devenu une matière première mondialisée avec l’essor du GNL. Transport maritime, nouveaux producteurs, rôle des États-Unis, dépendance européenne. Retour sur une transformation majeure du système énergétique mondial.

L’histoire du gaz est d’abord celle du gaz de ville. Au XIXe siècle, dans le sillage de la révolution industrielle, les grandes villes européennes s’équipent d’usines à gaz produisant un combustible obtenu par gazéification du bois, du coke ou du charbon. Ce gaz manufacturé alimente l’éclairage public, puis les usages domestiques et industriels, à mesure que se déploient les premiers réseaux urbains. Ce modèle domine jusqu’au début du XXe siècle, moment où le gaz naturel commence à s’imposer, d’abord aux États-Unis, puis en Europe après 1945.

L’après-guerre marque un basculement progressif. En 1963, la découverte du gisement géant de Groningue, aux Pays-Bas, accélère la substitution du gaz manufacturé par le gaz naturel en Europe occidentale. Dans les années 1970, les importations de gaz soviétique prennent de l’ampleur, bientôt complétées par celles en provenance de Norvège via gazoducs. En France, le gisement de Lacq, découvert dans les années 1950 dans le cadre des entreprises énergétiques nationalisées impulsées par Marcel Paul, joue un rôle structurant dans cette transition. C’est là qu’apparaît, au début des années 1960, un nouvel acteur appelé à prendre une importance croissante : le gaz naturel liquéfié (GNL).

Les années 1960. La naissance du GNL et du transport maritime du gaz

Le gaz naturel liquéfié apparaît au début des années 1960 comme une innovation technique et commerciale décisive. L’Algérie en est le point de départ : en 1964, le terminal d’Arzew inaugure les premières exportations maritimes de GNL vers l’Europe, notamment vers la France, avec des livraisons au Havre dès 1965.

Cette nouvelle filière repose sur un procédé simple dans son principe : le gaz est refroidi à environ -162 °C pour être liquéfié, ce qui réduit son volume d’un facteur proche de 600 et permet son transport par navires méthaniers sur de longues distances. À l’arrivée, il est regazéifié dans des terminaux portuaires avant d’être injecté dans les réseaux. Cette capacité à s’affranchir des contraintes des gazoducs ouvre de nouveaux espaces au commerce gazier.

Le GNL se développe d’abord dans des régions éloignées des grands gisements, en particulier en Asie, où la croissance industrielle et urbaine accroît rapidement la demande énergétique. Parallèlement, il permet la mise en valeur de ressources situées loin des principaux marchés de consommation. À partir des années 1970 et 1980, de nouveaux pays producteurs s’engagent dans cette voie, comme l’Indonésie (années 1970), la Malaisie (années 1980), puis le Qatar et le Nigeria dans les années 1990, avant l’essor plus récent de l’Australie ou des États-Unis.

Ce mouvement accompagne une transformation plus large du marché du gaz : progressivement, celui-ci cesse d’être strictement régional et dépendant des infrastructures terrestres, pour devenir un marché mondialisé, structuré par des flux maritimes.

Comment le GNL a mondialisé le marché du gaz

Avec l’essor du GNL, le gaz naturel change de nature économique. Longtemps structuré par des réseaux de gazoducs, il reposait sur des relations bilatérales durables, marquées par une forme de codépendance entre producteurs et consommateurs. Les contrats s’inscrivaient dans le temps long et engageaient des infrastructures lourdes. La relation entre l’Union soviétique et l’Europe de l’Ouest en est une illustration classique : en pleine guerre froide, les flux gaziers se maintiennent, portés par des intérêts réciproques qui dépassent les tensions politiques.

Le développement du GNL introduit une logique différente. En permettant le transport maritime, il rapproche le gaz des marchés mondialisés des matières premières, à l’image du pétrole. Les cargaisons peuvent être redirigées en fonction des prix et de la demande, offrant davantage de flexibilité et de possibilités de diversification pour les acheteurs comme pour les producteurs. Cette fluidité reste toutefois encadrée par des contraintes géographiques et stratégiques : les routes maritimes empruntées par les méthaniers sont longues, exposées et parfois vulnérables. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite une part essentielle des exportations mondiales, constitue à cet égard un point de passage critique.

Certains États ont vu dans le GNL un levier pour redéployer leur stratégie énergétique. La Russie, par exemple, a développé des projets comme Sakhaline, tourné vers les marchés asiatiques, et Yamal LNG en partenariat avec Total, destiné à alimenter à la fois l’Europe et l’Asie.

Ce dernier s’appuie sur une innovation majeure : l’utilisation de méthaniers brise-glace capables d’emprunter la route maritime du Nord, réduisant les distances et contournant certains goulets d’étranglement. Malgré cette montée en flexibilité, le secteur reste fortement capitalistique. Pour sécuriser les investissements, producteurs et acheteurs continuent de s’appuyer sur des contrats de long terme, comme ceux conclus par le Japon avec des fournisseurs en Australie ou au Qatar, garantissant des débouchés stables dans un marché devenu plus concurrentiel.

La révolution du gaz de schiste et l’irruption des États-Unis

L’essor récent du GNL ne peut se comprendre sans le basculement énergétique des États-Unis au tournant des années 2000. Longtemps importateur potentiel de gaz, le pays devient en moins de deux décennies l’un des premiers producteurs mondiaux grâce à l’exploitation du gaz de schiste.

Cette révolution repose sur la combinaison du forage horizontal et de la fracturation hydraulique, qui permet d’extraire des hydrocarbures piégés dans des roches peu perméables, jusque-là inaccessibles à grande échelle. À partir des années 2010, cette abondance transforme en profondeur la position américaine sur le marché mondial. Des terminaux initialement conçus pour importer du gaz sont convertis pour l’exportation de GNL, notamment sur la côte du golfe du Mexique.

Les États-Unis deviennent ainsi un acteur majeur du commerce mondial de gaz, capable d’approvisionner aussi bien l’Europe que l’Asie. Cette montée en puissance s’accélère encore après 2020, dans un contexte de recomposition des approvisionnements énergétiques, en particulier en Europe. L’essor du gaz de schiste aux États-Unis leur a également permis de générer une surabondance de ressource sur leur marché intérieur, si bien que les prix sont décorrélés du marché mondial, générant un avantage compétitif majeur de l’industrie, notamment par rapport aux industries européennes.

L’Europe. Du gaz russe à la dépendance au GNL

Avant 2021, plus de 40% des importations européennes de gaz naturel provenaient de Russie, par les canaux historiques (gazoduc traversant l’Ukraine ou la Biélorussie) ou les voies plus récentes (Nord Stream, TurkStream).

Avec ses immenses capacités de production, la Russie était capable d’absorber les différents chocs sur le marché du gaz naturel et d’augmenter la production et les livraisons à l’Europe en cas de besoin. C’est ainsi que l’Europe a connu une période de prix relativement faibles et surtout stables. À partir de 2021, les exportations de gaz russe vers l’Europe se réduisent et les différentes voies d’approvisionnement ferment ou sont sabotées.

En 2026, il ne reste plus que les importations via le gazoduc Turkstream. Les importations de GNL russe représentant pour l’ensemble environ 15% des importations de gaz en Union européenne. Chiffre qui devrait être ramené à zéro avec les sanctions devant s’appliquer en 2027. Cette perte a été d’une part compensée par la baisse de consommation, liée malheureusement en grande partie à l’accélération de la désindustrialisation, et d’autre part par une hausse des importations de GNL, en grande partie en provenance des États-Unis.

L’année 2025 a été une année record pour les importations de GNL en Europe, elles ont représenté 43% des importations européennes de gaz naturel, dont plus de 50% provenaient des États-Unis. Ce n’est plus le gaz russe qui influence le prix sur le marché européen, mais le marché mondial du GNL, extrêmement volatile et sensible aux chocs mondiaux. Nous avons pu l’observer récemment avec la fermeture du détroit d’Ormuz et l’indisponibilité de 20% de la production mondiale de GNL. Même si l’Europe n’était que très peu concernée par les importations en provenance du Qatar, elle a été directement impactée par la hausse des prix sur le marché mondial.

Certains cargos initialement destinés à l’Europe ont d’ailleurs été redirigés vers l’Asie, lorsque le prix offert était plus élevé, illustration d’un marché du GNL qui favorise le profit immédiat par rapport à la durabilité et la fiabilité de la relation client/fournisseur. L’Europe n’est plus dépendante de la Russie, elle est désormais dépendante du GNL et est donc exposée à l’ensemble des chocs qui pourraient intervenir sur ce marché, avec les conséquences désastreuses que cela peut entraîner pour le pouvoir d’achat et pour l’industrie.

La Chine. Diversification et stratégie énergétique de long terme

À titre de comparaison, la Chine est également un grand importateur de GNL, mais a dans le même temps œuvré au renforcement des relations bilatérales énergétiques avec la Russie pour densifier les voies d’approvisionnement par gazoduc depuis les champs de Sibérie, tout en développant également la production domestique.

L’essor du GNL devrait pourtant se poursuivre dans les prochaines années, de nombreuses capacités de production sont attendues d’ici 2030, principalement aux États-Unis, mais aussi au Qatar et dans plusieurs pays africains. Ce surplus de production pourrait détendre les prix sur le marché mondial. Mais les marchés de matières premières sont cycliques, une baisse des prix réduira la profitabilité des producteurs américains qui pourraient donc supprimer les installations les moins rentables.

Autant s’exposer à un marché mondial volatile a été un choix politique clair au niveau européen. Il a permis aux idéologues libéraux de se séparer des relations durables bilatérales entre grandes entreprises publiques de l’énergie pour favoriser les acteurs privés et traders gérant un portefeuille mondial de GNL et l’orientant en fonction de leurs propres intérêts. Comme beaucoup d’autres, ce choix pourrait s’avérer désastreux pour l’économie européenne. À court terme, il est urgent de réduire cette dépendance au GNL et de se protéger contre les éventuelles mesures « inamicales » que pourraient prendre les États-Unis devenus quasi hégémoniques en matière d’exportations de GNL vers l’Europe. À plus long terme, cette dépendance met en évidence la nécessité d’une électrification massive des usages. La France dispose d’atouts majeurs en la matière, avec sa production nucléaire et hydraulique pilotable.

 

 

https://liberte-actus.fr/environnement/energie/article/tout-savoir-sur-l-essor-du-gnl-et-la-transformation-du-marche-mondial-du-gaz

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