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Blog d'actualité politique

+4°C en 2100 : le Haut Conseil pour le climat alerte sur la lenteur et le détricotage des politiques publiques

Publié le 9 Juillet 2026 par Vendémiaire in Actualité, France-Politique - société

La tendance pour les années à venir n’est guère réjouissante. À politiques constantes, les + 2,7 °C seront atteints en 2050 pour la métropole et la Corse ; les + 4 °C en 2100. Soit trois fois plus de jours de vague de chaleur en 2030, cinq fois plus en 2050 et dix fois plus en 2100. ©KONRAD K./SIPA

La tendance pour les années à venir n’est guère réjouissante. À politiques constantes, les + 2,7 °C seront atteints en 2050 pour la métropole et la Corse ; les + 4 °C en 2100. Soit trois fois plus de jours de vague de chaleur en 2030, cinq fois plus en 2050 et dix fois plus en 2100. ©KONRAD K./SIPA

Les experts des politiques publiques de la transition écologique appellent le gouvernement à changer de braquet sur l’adaptation aux dérèglements climatiques et à cesser de freiner les mesures de baisse d’émissions de gaz à effet de serre.

Ils sont chics, les experts du Haut Conseil pour le climat. En pleine troisième canicule de ce début d’été, dont la fin n’est pas encore prévue, les augures français du changement climatique trouvent toujours un mot pour rendre positif leur rapport annuel et échapper au rôle de Cassandre.

La mouture 2026, publiée ce jeudi 9 juillet, ne déroge pas à la règle. « Il reste possible de limiter le réchauffement nettement sous 2 °C et proche de 1,5 °C », affirme l’autorité indépendante, installée depuis 2018 pour évaluer si les politiques publiques nous mènent bien sur la trajectoire de la neutralité carbone, zéro émission en 2050.

L’honnêteté journalistique impose cependant de révéler la suite de la phrase : « Mais les efforts de réduction des émissions mondiales de GES (gaz à effet de serre – NDLR) ne sont pas encore suffisants pour se placer sur une telle trajectoire. »

La France ne déroge pas à ce glaçant constat planétaire, malgré d’évidents progrès relevés dans ce rapport : –22 % pour les émissions brutes nationales entre 2015 et 2025 ; –34 % depuis 1990.

Si le réchauffement climatique dû aux activités humaines atteint déjà + 1,4 °C au niveau mondial et voit le seuil du degré et demi fixé par l’accord de Paris en 2015 arriver à grands pas, l’Hexagone et ses territoires des trois océans ont subi une hausse moyenne des températures plus rapide, à l’image de toute l’Europe. Ainsi, entre la période 1900-1930 et 2016-2025, le réchauffement observé se monte à + 2,2 °C, dont 1,7 directement attribué aux activités humaines.

La tête dans un climatiseur

La tendance pour les années à venir n’est guère réjouissante. À politiques constantes, les + 2,7 °C seront atteints en 2050 pour la métropole et la Corse ; les + 4 °C en 2100. Soit trois fois plus de jours de vague de chaleur en 2030, cinq fois plus en 2050 et dix fois plus en 2100.

Ne nous reste-t-il donc plus qu’à faire l’autruche en plongeant tête la première dans un climatiseur ? Non, répond le Haut Conseil pour le climat : « Il reste possible d’améliorer la résilience de la France, de protéger les plus vulnérables, de contenir l’aggravation des dommages et de limiter une partie de ces risques, mais à condition de changer d’échelle dans l’ampleur, la portée et la vitesse de mise en œuvre des actions d’adaptation et de limiter l’ampleur du réchauffement climatique mondial. »

Y a plus qu’à, donc. Mais, avec un gouvernement qui sabre dans les politiques de transition écologique, la lutte contre le réchauffement finit par ralentir.

Côté adaptation, nos activités actuelles ayant été organisées « dans un climat qui n’existe plus », les dérèglements climatiques (canicule, inondation, tempête, érosion, sécheresse, retrait des sols, atteinte à la biodiversité…) malmènent déjà sévèrement nos systèmes scolaires, sanitaires, agricoles, sociaux, économiques et environnementaux. Il va donc falloir prioriser les mesures en faisant des « acteurs locaux », collectivités en tête, les maîtres d’œuvre des choix à faire, en cohérence avec les stratégies nationales, demandent les experts.

Impréparation et réaction petit bras de l’exécutif

À court terme et face aux vagues de chaleur, leurs préconisations montrent en creux l’impréparation et la réaction petit bras de l’exécutif : campagne de prévention dès mai alors que les premiers bulletins officiels sont intervenus en juin ; accélération de l’adaptation des établissements accueillants le public, dont les plus fragiles, (hôpitaux, centres sociaux, médico-sociaux, école, facs) alors que seuls 6 000 des 50 000 établissements scolaires ont été améliorés ; définition d’un indicateur température-humidité pour déterminer des seuils d’arrêt d’activité quand la réglementation prend en compte le seul niveau d’alerte canicule ; et renforcement du cadre réglementaire contre les bouilloires thermiques alors que le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, veut remettre sur le marché 700 000 passoires thermiques.

Concernant ses émissions de GES, la France brille par son cadre juridique étoffé en plans et stratégies nationales. Mais le Haut Conseil pour le climat a bien constaté le détricotage en cours des normes qui le sous-tendent (lois sur l’agriculture, zones à faibles émissions, artificialisation des sols…), la « persistance de dispositifs fiscaux défavorables à la transition (détaxes des carburants pour les poids lourds et les engins agricoles) », ainsi que les coupes austéritaires dans tous les budgets verts (fonds vert, MaPrimeRénov’, leasing social automobile…).

La sanction de ces pas en arrière est immédiate : la baisse moins forte que programmée des émissions carbonées entre 2023 et 2024 (– 3 %) et entre 2024 et 2025 (– 2,1 %) obligera la France à doubler ses efforts (4 % par an) entre 2026 et 2028.

Pour sortir de l’ornière climatique, le Haut Conseil demande donc, parmi ses 82 recommandations, une loi-cadre de programmation dédiée afin de sanctuariser les efforts financiers en faveur d’une transition juste en direction des populations les plus fragiles et créatrice d’emplois.

 

Stéphane Guerard Article publié dans l'Humanité

Publié le par Les communistes de Pierre Bénite
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