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Blog d'actualité politique

La violence maccarthyste de Marco Rubio

Publié le 26 Juillet 2026 par Vendémiaire in Etats-Unis, International

La violence maccarthyste de Marco Rubio
 
Carlos Fazio

Depuis sa nomination au poste de secrétaire d’État le 21 janvier 2025, Marco Rubio a eu deux obsessions : en finir avec le communisme à Cuba et succéder à Donald Trump dans le fauteuil du bureau ovale. Avec de tels objectifs, Rubio − qui, en mai suivant, parviendrait également à cumuler les fonctions de conseiller à la Sécurité nationale de la Maison-Blanche et d’administrateur de l’Agence des États-Unis pour le développement international − a conçu une stratégie qu’il a mise en œuvre à la lettre. Ainsi, à partir d’une architecture communicationnelle bien huilée, il a réussi à se forger une figure qui opère comme axe symbolique pour articuler plusieurs sens : celui d’autorité et de stratège américain, combinant la pression internationale avec les sanctions, l’aide humanitaire, l’intervention, la négociation et la transition dans l’île.

La Réunion ministérielle sur la Résurgence du Terrorisme Politique qui s’est tenue le jeudi 16 à Washington, qui a fait appel au procédé fasciste primitif consistant à attiser la peur d’une prétendue « menace rouge », faisait partie de cette architecture d’influence et de guerre cognitive fabriquée par Rubio et sa cour de faucons. En termes de croisade idéologique purificatrice et en tant qu’interprète fidèle de la soi-disant doctrine Monroe inscrite dans les stratégies de « sécurité nationale et de lutte contre le terrorisme » de l’administration Trump, Rubio a appelé à « écraser » pour toujours un nouvel ennemi public numéro un inventé : l’extrême gauche transnationale. Un ennemi flou et générique, qu’il a défini comme essentiellement violent et étranger à la civilisation occidentale et chrétienne, et dans lequel, selon son récit, convergent communistes, anarchistes, marxistes, antifascistes et même socialistes démocrates (comme le maire de New York, Zohran Mamdani), catégories toutes fonctionnelles à l’extrême droite trumpiste et à ses satellites dans le monde.

Au « sommet ministériel mondial » ont assisté des représentants de 66 pays. Parmi eux se trouvait l’ambassadeur uruguayen à Washington, Daniel Castillos. Cette participation fait l’objet de contestations au sein du Front large (FA), y compris au sein du Mouvement de Participation Populaire. La majorité des secteurs du Front large estiment que l’envoi d’une représentation officielle était une erreur et les critiques envers le chancelier Mario Lubetkin se multiplient. La Table politique du FA a publié une déclaration dans laquelle elle « répudie le cadre promu par l’administration Trump » comme « une nouvelle tentative d’ingérence dans la souveraineté des peuples d’Amérique latine, en prétendant dissimuler dans des discours contre le terrorisme sa vocation impérialiste de domination ».

Le Mexique, le Brésil et la Colombie ont préféré ne pas y aller. La présidente Claudia Sheinbaum a justifié l’absence mexicaine en arguant qu’il s’agissait d’une rencontre davantage politique que de sécurité et de lutte contre le crime organisé, et a donc décidé qu’il n’était pas « prudent » d’envoyer des délégués, même comme « observateurs ».

La nouvelle chasse aux sorcières a atteint son plus haut degré de cynisme lorsque Rubio a déclaré que Cuba constitue « la capitale mondiale du terrorisme d’extrême gauche ». Ce n’était pas un lapsus. La phrase avait été utilisée par lui le 4 juin précédent et amplifiée comme thèse officielle. La réunion ministérielle faisait partie d’un plan astucieux, qui devait être suivi par la présentation, le lundi 20, d’un document du Département d’État intitulé Cuba : la capitale du communisme au XXIe siècle, qui tente de présenter l’île comme le centre originel d’un réseau qui relierait, sur 67 ans, de manière ininterrompue, les guérillas latino-américaines, les mouvements sociaux légaux aux États-Unis, les organisations solidaires, les universités, les groupes contre les déportations, Antifa, Black Lives Matter et l’activisme propalestinien.

Sans preuve à l’appui, sur la base d’une collection d’inférences et d’une rhétorique de « culpabilité par association », le rapport prétend reconstituer « l’histoire complète » de l’espionnage et de la prétendue subversion de Cuba sur le territoire américain. Mais son ambition va au-delà de l’enregistrement d’opérations de renseignement avérées ou du soutien historique de La Havane à des organisations armées. Il tente de démontrer une thèse impossible à prouver : Cuba aurait développé, depuis la victoire révolutionnaire de 1959, une guerre intégrale contre les États-Unis par l’espionnage, le sabotage, la propagande, l’infiltration idéologique, les organisations alliées et le terrorisme de gauche. À partir de là, chaque chapitre sélectionne des faits qui tentent de s’inscrire dans cette conclusion préétablie.

À la manière d’un livre blanc, le document s’organise autour d’une thèse conspirationniste classique – semblable à ce Témoignage d’une nation agressée, diffusé par le Commandement général de l’armée uruguayenne en 1978 –, dans laquelle le simple soupçon se substitue à la preuve et l’omission de données sur les opérations terroristes, les sabotages, le blocus et les sanctions de Washington contre l’île reste hors du champ de l’analyse.

Le rapport inverse la relation : Cuba agit et les États-Unis, récepteur presque passif d’une agression cubaine, réagissent. La militarisation du vocabulaire fait le travail que les preuves ne peuvent pas faire. Une bourse devient recrutement ; une délégation, formation ; une affinité, chaîne de commandement ; une organisation solidaire, front de renseignement ; une manifestation, opération ennemie. Le résultat n’est pas seulement une lecture biaisée du passé, c’est une catégorie suffisamment élastique pour criminaliser dans le présent des activités politiques et sociales légitimes à l’intérieur des États-Unis et à l’extérieur.

De plus, lorsque subversion, terrorisme de gauche, influence, front et agent manquent de limites vérifiables, les catégories peuvent s’étendre de la violence au journalisme, au monde universitaire, à la défense juridique, à la solidarité, à la protestation et à la critique de la politique étrangère. Le soupçon par association devient alors un instrument administratif. La publication ne peut pas non plus être séparée de l’offensive discursive de Rubio : l’accusation centrale a circulé avant le rapport. Le document la systématise, la revêt de l’autorité de l’État et la renvoie dans l’espace public comme si elle était le résultat neutre d’une enquête. C’est une opération de violence maccarthyste : d’abord on installe le message, ensuite on produit le dossier qui semble le confirmer, et puis on criminalise, en premier lieu, les citoyens américains. Le rapport n’interprète pas seulement l’histoire : il prépare le terrain pour surveiller, sanctionner et criminaliser ceux qui remettent en question la politique de Washington.

 

 https://rebelion.org/la-violencia-macartista-de-marco-rubio/
https://www.legrandsoir.info/la-violence-maccarthyste-de-marco-rubio.html
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