Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
blog Vendémiaire

Blog d'actualité politique

40 000 milliards de mille sabords ! La dette américaine et l’Iran

Publié le 29 Août 2026 par Vendémiaire in Etats-Unis, International

PumpedVisuals/shutterstoc

PumpedVisuals/shutterstoc

par Esteban Evrard

Publié le  28 août 2026

La dette des États-Unis vient de dépasser les 40 000 milliards de dollars. Une somme abyssale, dont on peine à se rendre compte. En 2008, elle dépassait à peine les 10 000 milliards de dollars (!) et, comme une addiction des plus sévères, elle n’a fait qu’augmenter depuis. Ce chiffre explique à lui seul bien des choses sur la politique menée par la Maison-Blanche.

Car au fond, qu’est-ce qui permet aux États-Unis, « nation parmi d’autres », d’accumuler une telle dette et d’afficher un tel déficit ? Le dollar. À la fois monnaie nationale et valeur de référence mondiale, il lui permet précisément de ne pas être une nation comme les autres. Ce privilège, déjà qualifié d’exorbitant par un Giscard d’Estaing, permet aux États-Unis de vivre à bon compte et de s’endetter sans craindre la banqueroute. Mais cela ne durera pas éternellement et c’est ce qui explique, pour partie, l’agressivité de la Maison-Blanche. Si l’on remonte les siècles, déjà la Grande-Bretagne et les Pays-Bas avant eux avaient finalement dû faire face à leur propre dette. Le privilège n’est pas un droit acquis, mais un statut qui s’use à mesure qu’on en abuse.

Comment fonctionne la martingale

Sa situation unique dans le monde comme dans l’histoire lui permet d’emprunter dans sa propre monnaie auprès du monde entier. Puisque l’écrasante majorité du commerce mondial est libellée en dollar, tout comme les matières premières et l’énergie, chaque nation cherche à s’en procurer. Puis le grand circuit s’enclenche ; l’on exporte et l’on importe en dollars puis, plutôt que de laisser dormir les devises accumulées, on les place dans un actif sûr pour le faire fructifier : dans la dette publique américaine elle-même, par le biais des bons du Trésor. Mais pour que ce grand circuit puisse fonctionner (et donc financer le déficit américain), faut-il encore que d’autres nations disposent d’un excédent de dollars. C’est ce qui crée la balance déficitaire du pays, que Donald Trump dit vouloir réduire à coups de droits de douane. La boucle est bouclée.

Mais ce tour de passe-passe a été pensé, bâti et imposé par des États-Unis alors dominants sur tous les plans : industrie, réserve d’or, maîtrise des nouvelles voies commerciales. Pour au moins deux de ces éléments, Washington est à la peine. La bête est loin d’être morte : aujourd’hui, le dollar domine encore 89% du volume des transactions de change et plus de 54% de la facturation du commerce mondial. Mais les grandes tendances sont tenaces : plus l’endettement américain augmente et plus la confiance – inébranlable durant longtemps – dans les bons du Trésor flanche. Placer une partie de ses réserves dans la dette américaine était rassurant tant que c’était assuré par la puissance économique et militaire des États-Unis. C’est toujours le cas, bien sûr. Mais l’incertitude grandit, encore et encore.

L’Iran, angle mort de la stratégie américaine

Quel rapport avec l’Iran ? D’abord son agression, tout comme le siège imposé à Cuba, l’attaque du Venezuela ou le soutien à Kiev « jusqu’au dernier ukrainien » répondent à une même logique : freiner le lent mais inexorable déclin de l’hégémonie américaine qui, en pratique, reste synonyme de dédollarisation. Mais le plus intéressant reste le développement du conflit.

Le Pentagone « déploie la foudre » sur l’Iran fin février puis s’enlise petit à petit dans une guerre dont on peine encore à saisir les objectifs stratégiques. L’Iran, pourtant asphyxié par des décennies de sanctions, montre au monde entier sa résilience, militaire d’abord. Téhéran déploie son jeu et ne laisse aucune place à l’improvisation : chaque fois qu’une chaîne de commandement est décapitée, le contrôle de l’armée est transféré à des cellules de soldats largement autonomes, sans nécessité d’ordres venus d’en haut. L’ennemi des États-Unis révèle ses plusieurs têtes. Puis, très vite, les assureurs suspendent leurs contrats pour les armateurs de passage dans le détroit d’Ormuz. Le trafic s’arrête. Enfin, l’Iran frappe là où Washington ne s’y attend pas : sur les bases américaines positionnées dans les pays du Golfe, chez ses voisins. En parallèle, Donald Trump annonce à plus de cinquante reprises un accord de paix et un retour à la normale dans le détroit d’Ormuz. Un vœu pieux qui ne se concrétise pas. Les marchés ne savent plus où donner de la tête.

Sans même évoquer les répercussions sur les productions d’aluminium, d’hélium ou de pétrole, l’on peut dire que les États-Unis ont perdu leur confrontation militaire. JD Vance lui-même le confiait, en creux, lorsqu’il déclarait ce 20 août que le conflit entre dans une nouvelle phase « où l’outil le plus efficace que nous ayons est la pression économique que nous pouvons leur imposer ».

La coïncidence qui ne doit rien au hasard

C’est là le grand tournant. Le jour même où la dette des États-Unis a franchi la barre symbolique des 40 000 milliards de dollars, la Maison-Blanche a déclaré « la guerre économique totale » à l’Iran et à ses soutiens, à qui Donald Trump promet « d’ÉNORMES conséquences économiques (sic)  ». Dix jours plus tôt, il comparait sa guerre à une partie d’échecs ; ce à quoi le porte-parole de la diplomatie iranienne n’a pas manqué de rétorquer que « les Iraniens sont des joueurs d’échecs professionnels »

Grande erreur ou clairvoyance du président des États-Unis ? Les Iraniens sont effectivement très bons joueurs d’échecs et savent travailler un coup sur le temps long. Dénonçant le « terrorisme économique américain », le ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghchi, répond à Donald Trump sur X que ces annonces ne sont « qu’une diversion destinée à masquer la crise que traversent les États-Unis eux-mêmes : une dette sans précédent et des charges d’intérêts en forte hausse ».

Cette référence à la dette américaine ne vient pas de nulle part : en frappant les positions américaines dans les pays du Golfe, Téhéran aura montré à ses voisins que le « parapluie américain » comporte désormais plus de risques que d’avantages. Là aussi, c’est une rupture dont on peine à voir les répercussions. Le pétrodollar repose sur un principe simple : le pétrole du Golfe ne peut, en théorie, être vendu qu’en dollar américain et, en échange, les États-Unis leur garantissent une protection militaire. La boucle est bouclée, là aussi.

 

https://liberte-actus.fr/international/ameriques/article/40-000-milliards-de-mille-sabords-la-dette-americaine-et-l-iran

 

Commenter cet article