Le « système macron », pour survivre et masquer son bilan, cherche fébrilement sa parade : soutenu par une presse complètement dévoyée, il remplace l’antisoviétisme d’hier par une russophobie obsessionnelle et pavlovienne. Chaque contestation sociale, chaque critique de la gouvernance est désormais accusée de collusion avec un ennemi extérieur, agitant un épouvantail géopolitique inventé, pour étouffer toute contestation d’un ordre honni. Ce sont les réflexes des classes recroquevillées sur leurs privilèges, qui veulent à tout prix poursuivre leur pillage.
Être communiste en France dans les années 70, c’est-à-dire publiquement engagé au PCF, c’était d’une certaine façon, assez confortable. L’antisoviétisme et l’anticommunisme étaient virulents, mais le choix d’être de ce bord-là, s’il vous isolait (un peu) socialement, permettait de mener le combat en ayant le sentiment d’être du bon côté, c’est-à-dire celui des ouvriers. Et ce serait mentir de prétendre que quand on a 20 ans, on y rechigne. En plus, justement le PCF était ouvriériste, ce qui m’allait très bien. Ayant été impliqué dans les événements de 68, j’avais très tôt pris conscience de la dimension résolument petite-bourgeoise du mai étudiant qui était dans ma perception et dès ce moment-là, « le 14 juillet des couches moyennes » selon l’excellente expression du philosophe Michel Clouscard. J’avais en revanche été très impressionné par le mai ouvrier, et avait alors commencé à me rapprocher du parti qui en était l’expression politique. Au PCF les intellectuels avaient leur place, mais il leur était rappelé fréquemment, que les patrons du Parti étaient les ouvriers. Personnellement cela ne me gênait pas du tout, considérant n’avoir socialement rien à expier, j’étais venu là pour servir, et y avais trouvé le confort de ma double culture d’origine : la militaire avec la discipline et la religieuse avec le dogme. Et comme en plus, outil d’intégration de la classe ouvrière à la Nation française, le Parti communiste était profondément patriote, j’étais vraiment à l’aise. Je me rappelle qu’en ce qui concerne le socialisme soviétique, personne n’était dupe de ses impasses, mais on allait voir ce que l’on allait voir, parce que nous français, héritiers de la Révolution et toujours modestes, nous allions montrer un autre chemin, que nous appelions « la démocratie avancée ». On n’aura pas la cruauté d’épiloguer sur les grands succès que cette stratégie a rencontré.
Et puis il y a eu la chute du mur de Berlin, puis ensuite l’effondrement de l’URSS. Rappelons que si le 9 novembre 1989 fut un jour de libération pour les habitants de la Prusse, qui n’ont pas payé bien cher leur soutien jusqu’au bout à l’ordalie nazie. Ce fut aussi la véritable fin de la deuxième guerre mondiale et celle du court XXe siècle comme le qualifiait Éric Hobsbawm. Disparut alors ce qui fut la grande passion du XXe siècle, fruit coûteux de l’accouchement brutal de la révolution industrielle au siècle précédent. Pour l’avoir partagée, le 9 novembre 1989 fut pour moi un jour de deuil, celui d’une espérance, et l’annonce prévisible de ce qui nous attendait. Je savais bien que « La fin de l’Histoire » et la victoire du libéralisme, comme l’expliquait Fukuyama, n’étaient pas à l’ordre du jour. Les 35 ans qui viennent de s’écouler ont prouvé que ces rodomontades n’étaient que des incantations.
Mais après la disparition du « socialisme réel » a fallu réfléchir et tenter de comprendre pourquoi ça n’avait pas marché. Charles Darwin m’a fourni quelques pistes tandis qu’un de ses compatriotes m’a fort aimablement conseillé la sagesse. George Bernard Shaw disait : « qui n’est pas communiste à 20 ans n’a pas de cœur, qui l’est toujours à 40 n’a pas de tête ».
Le problème cher Monsieur Shaw, c’est que la bestiole ne se loge ni dans la tête ni dans le cœur, mais finalement dans les tripes. Là où réside nous disent les biologistes notre second cerveau, et il arrive que cette bestiole ait le sommeil léger. Pouvant être troublé par le chant et les slogans d’un peuple qui se redresse. Elle avait ouvert un œil en 2015 avec l’arrivée de Syriza au pouvoir en Grèce, mais la trahison de Tsipras s’est empressée de le refermer. Et puis il y a eu le 17 novembre 2018, quand le peuple des gilets jaunes a lui aussi ouvert un œil. Pour subir une abominable répression à base de violence policière sans frein, de mutilation et de répression judiciaire féroce et impardonnable. Cet œil qui s’était ouvert, on lui a arraché, au propre, pas au figuré. Et l’éborgneur en chef ose aujourd’hui solliciter les suffrages de ceux qu’il a mutilés et humiliés.
Mais après le coup d’État de 2017 et la mise en place du cauchemar macronien, face à la destruction de l’État-providence, au délitement continu de nos services publics, à la catastrophe financière, à l’autoritarisme féroce d’un pouvoir prêt à tout, lancé dans une marche suicidaire à la guerre, la nécessité s’impose avec une urgence redoublée d’en débarrasser notre pays.
L’heure n’est donc plus aux demi-mesures, ni aux illusions réformistes de façade. La prochaine élection présidentielle ne sera pas un simple rendez-vous démocratique de plus, mais une occasion historique de chasser ce système du pouvoir. C’est son seul enjeu politique. Après, une fois le noyau dur du gang hors d’état de nuire, une fois dissipées les illusions qui vont nécessairement accompagner le soulagement, viendra le temps du retour de la démocratie. Celle de l’intervention déterminée de ceux qui auront voulu et obtenu la réalisation de cette première et nécessaire étape.
Certes, l’émancipation humaine est probablement une utopie, et en tout cas elle ne sera pas à l’ordre du jour au mois de mai prochain. Mais ce sera une escale indispensable, qui va nous permettre de continuer à la vouloir.
Pour rester en vie.
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