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Blog d'actualité politique

« Je n’ai rien pris, rien cassé, rien volé » : après le 17 octobre, des tribunaux impitoyables

Publié le 23 Octobre 2026 par Vendémiaire in France-Politique - société

Le ministre de la Justice Gérald Darmanin le 21 octobre 2026. - © Thibaud Moritz / AFP

Le ministre de la Justice Gérald Darmanin le 21 octobre 2026. - © Thibaud Moritz / AFP

22 octobre 2026.

Alors que le gouvernement a été dépassé par la mobilisation du 17 octobre, le garde des Sceaux a voulu une réponse judiciaire « ferme » à l’égard de contestataires accusés de vols ou dégradations.

Bobigny (Seine-Saint-Denis), reportage

Après la répression policière, dont le visage de l’un des prévenus est encore marqué, vient la répression judiciaire. Pendant trois jours, les tribunaux correctionnels de nombreuses villes ont vu passer, ici et là, des individus, plus ou moins jeunes, qui auraient accaparé des biens lors des « pillages » en marge de la manifestation du samedi 17 octobre. Le pouvoir tente ainsi de sauver la face par le volet juridique, après l’échec qu’il a essuyé face à une contestation massive dans les rues par laquelle il a été dépassé.

Mercredi 21 octobre, au tribunal correctionnel de Bobigny, ce sont des jeunes qui ont pris part à des manifestations, se sont rassemblés ou étaient présents devant des magasins « pillés », dimanche soir, qui passent à la barre. Les accusations à leur encontre ne sont pas toujours fondées sur des preuves de culpabilité, mais les réquisitions du ministère public restent très sévères, conformément à la demande du ministre de la Justice Gérald Darmanin. Il a annoncé, lundi soir, 2 513 gardes à vue et 67 incarcérations.

« J’ai demandé [au procureur de la République] d’être extrêmement ferme, impitoyable envers ceux qui ont attaqué des policiers […] pillé des commerces et attaqué des bâtiments publics », avait réclamé le garde des Sceaux. Le ministre de la Justice avait par ailleurs envoyé « une instruction à tous les parquets de France pour leur demander de passer en qualification de criminalité organisée ». Une décision qui a permis de prolonger les gardes à vue de 48 à 72 heures de « faire des géolocalisations des écoutes téléphoniques [permettant] de savoir [...] où [les prévenus] étaient au moment où on a pillé des magasins, attaqué des mairies ».

Dans ce contexte, Me Alassane Touré, conseil de Bilel M., appelle le président du tribunal judiciaire, assure-t-il, à la mesure et à la précision : « Vous êtes des magistrats indépendants qui ne reçoivent d’ordres directs de personne, pas même du ministre de la Justice, qui demande des sanctions disciplinaires au tribunal de Paris. »

Aucun vêtement retrouvé en sa possession

Son client, 19 ans, est accusé de tentative de vol en réunion dans le magasin Snipes en Seine-Saint-Denis, dans la nuit du dimanche 18 octobre. Cette tentative est caractérisée, selon le ministère public, par sa présence devant la boutique, son introduction dans l’enseigne, puis sa fuite à l’arrivée des fonctionnaires de police. Il estime que le jeune homme a « profité de la dégradation, de l’effraction [dont il n’est pas l’auteur], de la scène de chaos et de l’absence des policiers » pour agir. Le magistrat requiert à son encontre huit mois de prison ferme.

Aucun objet en provenance de Snipes n’a été retrouvé sur Bilel M. « Dans son portable, des photos de vêtements de Gucci et Rolex » ont été retrouvées, est-il précisé, sans que l’on comprenne le lien avec les faits qui lui sont reprochés. De son côté, il répète : « Je n’ai rien pris. Je n’ai rien cassé. Je n’ai rien volé. » « J’étais juste curieux. Je sais que si je prends quoi que ce soit, je vais me mettre dans les problèmes pour rien. J’ai vu une vidéo où le Snipes est cassé et je voulais vérifier », explique-t-il.

Son avocat, Me Alassane Touré, poursuit : « Quand on regarde les caméras, on a Bilel M. qui sort sept secondes [après son entrée], bredouille. Puis, il ne prend pas la fuite parce qu’il a des vêtements [dérobés]. Il a juste peur, parce que, si on en croit ses déclarations, il voit des officiers de police avec des matraques. » Un geste qui a une raison d’être quand la brutalité du maintien de l’ordre par les forces de police est, depuis des années, dénoncée et que la dernière journée de manifestation contre la vie chère a, entre autres, été marquée par une main arrachée et un éborgnement.

Poubelles incendiées et feux d’artifice

Dans la salle d’audience même, une lycéenne de 19 ans a dénoncé ces coups de matraque dont elle a été victime au moment de son interpellation dimanche devant le Snipes. Elle est, elle, accusée de vol. Mais pareil, rien n’a été retrouvé sur elle. Huit mois d’incarcération sont requis.

Gaya B. est, lui, arrivé à la barre le visage tuméfié. Il a été interpellé dans un contexte, selon les faits rapportés par la police, où « des poubelles sont en feu. Des individus placent des poubelles en travers de la chaussée et s’apprêtent à en incendier d’autres. Habillés en noir, ils tirent sur les policiers à plusieurs reprises ».

Lors de son arrestation, toujours selon la police, « il se débat, tente de fuir et se cogne ». Il est transporté à l’hôpital où on lui constate une érosion à l’arcade, un œdème à l’œil, une contusion au poignet. Il se voit prescrire sept jours d’ITT. Sous OQTF (obligation de quitter le territoire français), il ne portera pas plainte, regrette son avocate, Me Bérénice Marcotte. Il est reproché à Gaya B. d’avoir pris part à un « attroupement » avec des artifices pyrotechniques, à savoir des mortiers, au lendemain de la manifestation du 17 octobre.

S’il reconnaît avoir été présent non loin des poubelles en feu, il conteste avoir participé à les incendier. Quant au mortier, « je l’ai juste touché », dit-il. Aucune des preuves apportées par le tribunal ne permet de corroborer l’une ou l’autre version, en ce qui concerne les accusations, dont l’homme de 25 ans fait l’objet. Il sera toutefois condamné à douze mois de prison, dont quatre ferme. Le procureur avait requis six mois ferme. Bilel M. est finalement relaxé, quand la lycéenne a été condamnée à dix mois de sursis.

Au cours de ces trois jours, à Paris, Bobigny, Toulouse et Marseille plusieurs peines d’emprisonnement fermes ont été prononcées. Le garde des Sceaux a encore salué la réponse de la justice, en étalant sur X les condamnations à de la prison ferme de jeunes au casier judiciaire vierge. Des avocats ont de leur côté dénoncé dans un communiqué « le tour ultrarépressif pris par le parquet de Paris à la suite des pressions publiques ». Ces 127 conseils appellent en réponse à une « défense massive ».

 

https://reporterre.net/Je-n-ai-rien-pris-rien-casse-rien-vole-apres-le-17-octobre-des-tribunaux-impitoyables

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