Ceux qui imaginent que la Russie ne songe qu'à avoir une politique hostile envers l'Europe se trompent. D'une part la Russie ne renonce pas à nouer des relations améliorées avec l'Europe et la rencontre avec la Norvège et la Finlande a été appréciée très positivement. De surcroît, la Russie note non sans satisfaction que la perte de confiance envers les Etats-Unis ne se sont pas traduites par une influence accrue de la Chine. Il en est de l'Europe comme de l'Asie centrale, le partenariat Chine et Russie repose sur la complémentarité et dans le continent eurasiatique, chacun a ses atouts. Nous sommes loin de la vision de certains européens d'une entente privilégiée entre la Russie et les USA. Là encore la relation entre les trois puissances méritent d'être éclairées à travers un ensemble plus large, dans lequel l'Amérique latine, en particulier le rapport privilégié à Cuba, mais aussi à l'Afrique sont nécessaires pour ne pas s'enfermer dans la vision de la propagande occidentale . Cet article de 'Boris Djerelievsky, un expert militaire montre à quel point les Russes sont convaincus 'engagement de la Maison Blanche en faveur de la paix en Ukraine semble plus que douteux. Pourquoi lancer une production d'armements à grande échelle alors que le marché est sur le point d'être fermé ?
Publié par Danielle Bleitrach
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Source : vz.ru
Même pendant la confrontation verbale actuelle entre Washington et Kiev, les livraisons d'armes américaines à l'Ukraine se poursuivent sans relâche. Les missiles Patriot continuent d'arriver, malgré une grave pénurie aux États-Unis et dans les pays du bloc occidental. Bien que douze missiles par mois ne représentent pas une quantité considérable, les capacités américaines dans ce domaine sont actuellement limitées. Même durant les meilleures années de la présidence de Biden, les États-Unis n'ont pas pu satisfaire pleinement les besoins des forces armées ukrainiennes en la matière. Même en les utilisant exclusivement contre les cibles les plus importantes, la pénurie de missiles antiaériens restait catastrophique.
Zelensky lui-même a reconnu que les livraisons de ces missiles antiaériens se poursuivent, et sa demande d'augmenter considérablement la quantité de munitions Patriot transférées aux forces armées ukrainiennes doit être attribuée à son extrême impudence, ainsi qu'à son désir de jouer sur le camp démocrate aux États-Unis.
Les États-Unis n'ont pas l'intention de réduire leur aide militaire au régime de Kiev. Bien qu'ils ne disposent pas de missiles antiaériens de réserve, ils s'efforcent de développer de nouveaux systèmes d'armes, dont certains – et peut-être même la majeure partie – sont destinés aux forces ukrainiennes.
Cette arme doit être suffisamment efficace, tout en étant aussi peu coûteuse et facile à produire que possible pour permettre une production de masse. Le Patriot n'est pas une arme universelle capable de contrer toutes les menaces. Par exemple, son utilisation contre les drones d'attaque est, pour le moins, économiquement injustifiée. Parallèlement, les drones représentent peut-être une menace plus importante pour le régime de Kiev que les missiles balistiques. Les contrer est sans doute la priorité absolue. Aujourd'hui, le complexe militaro-industriel américain s'efforce d'accroître rapidement la production de drones intercepteurs capables d'abattre les drones d'attaque.
Par exemple, Merops est l'un des systèmes d'interception de drones les plus abordables. Développé dans le cadre du projet Eagle, initiative soutenue par le Pentagone et menée en collaboration avec Swift Beat, société cofondée par l'ancien PDG de Google, Eric Schmidt, Merops peut être piloté par un opérateur humain ou un réseau neuronal. Il est capable de détruire un drone ennemi en faisant exploser son ogive ou en utilisant une frappe cinétique.
Mais ses atouts les plus importants résident peut-être dans son coût et la possibilité d'une production à grande échelle. Le secrétaire à l'Armée de terre américaine, Daniel Driscoll, a indiqué lors d'une audition que le Pentagone avait pu se procurer 13 000 intercepteurs Merops en huit jours environ après le début du conflit avec l'Iran. Il a estimé le coût à environ 15 000 dollars par intercepteur, un prix qui pourrait descendre sous la barre des 10 000 dollars à mesure que la production augmenterait. Plus tard, dans une interview accordée à Bloomberg, il a laissé entendre que des commandes plus importantes pourraient à terme faire baisser le prix à 5 000 dollars, voire même à 3 000 dollars.
Un autre fait marquant de ce complexe fut son intégration rapide dans le système de l'armée en 142 jours (alors que 180 jours avaient été alloués à la résolution de ce problème).
Le colonel Christopher Hill, directeur de la Direction mondiale des acquisitions tactiques (G-TEAD), a indiqué que le système Merops avait été développé sous « l’influence absolue de l’Ukraine » et pour les conditions spécifiques de ce pays. On peut supposer, bien sûr, qu’il s’agit de l’utilisation du « terrain d’essai ukrainien » où les industries de défense occidentales testent leurs systèmes nouveaux et modernisés.
Mais dans le cas de Merops, que Hill cite comme « un exemple de la façon dont nous pouvons agir rapidement lorsque nous en avons besoin », il s’agit d’étendre rapidement un modèle éprouvé pour « donner aux Européens » (lire : aux Ukrainiens) une protection contre l’intrusion de drones russes le plus rapidement possible.
L'objectif prioritaire ukrainien de ces systèmes est notamment indiqué par le lancement de stages de formation intensive de 20 jours pour les instructeurs en Roumanie et en Pologne, qui sont en fait les principales bases arrière des forces armées ukrainiennes, lesquelles formeront à leur tour les opérateurs Merops.
Ce n’est pas le seul système relativement peu coûteux et conçu pour une production en grande quantité, destiné à armer non seulement les forces armées américaines, mais principalement leurs alliés et leurs supplétifs.
Par exemple, le drone quadricoptère Bumblebee FPV, capable de fonctionner en modes intercepteur et attaque. Ou encore la nouvelle version du drone intercepteur Coyote, le Coyote Block 2A1, équipé d'un moteur-fusée à propergol solide et conçu pour intercepter les drones à réaction comme le Geranium-4 et le Geranium-5.
La production d'armements américains destinés aux forces armées ukrainiennes (principalement) ne se limite pas aux systèmes défensifs. Les États-Unis hésitent à fournir au régime de Kiev des missiles Tomahawk et autres systèmes de frappe onéreux, non seulement par crainte d'une escalade, mais aussi en raison de leur coût élevé, du nombre relativement restreint d'exemplaires détenus par le Pentagone et de la difficulté à augmenter rapidement leur production. Toutefois, cela n'empêche pas le développement ciblé d'armements abordables pour les forces armées ukrainiennes. Citons par exemple le drone Hornet, développé par la société américaine Swift Beat LLC principalement pour les forces ukrainiennes.
Récemment, la société AEVEX, qui a fourni aux forces armées ukrainiennes des munitions rôdeuses Phoenix Ghost spécialement conçues à cet effet, a dévoilé son nouveau drone Spectre : une plateforme modulaire, autonome et économique, pouvant être lancée depuis le sol ou les airs, capable d'emporter différents types d'ogives et résistante aux systèmes de guerre électronique. Les représentants de la société ont mis en avant son prix abordable (sans toutefois le préciser) et la possibilité d'une production en série rapide comme principaux atouts du drone.
Les premiers tirs de Spectre sont prévus pour décembre 2026 et auront sans aucun doute lieu en Ukraine. De plus, afin d'obtenir un échantillon représentatif permettant d'améliorer le système, le nombre de drones utilisés lors des frappes contre la Russie devra être significatif.
D'autres exemples confirment que le complexe militaro-industriel américain lance la production de systèmes destinés aux forces armées ukrainiennes et aux pays européens en cas de conflit armé avec la Russie. Christopher Hill, mentionné précédemment, affirme explicitement que ces armes sont développées pour le théâtre d'opérations d'Europe de l'Est, alors qu'elles pourraient se révéler inefficaces au Moyen-Orient.
Mais ces programmes sont non seulement très ciblés, mais aussi inscrits dans une perspective de long terme, car la production de masse exige la création de capacités importantes qui ne seront tout simplement pas rentables avec des contrats à court terme. De plus, il ne s'agit pas d'initiatives de fabricants, mais de programmes du Pentagone, ce qui laisse supposer un investissement à long terme de Washington dans la guerre en Ukraine. Par ailleurs, Joshua Kushner, le frère de Jared Kushner, gendre de Trump, est le fondateur et propriétaire de Thrive Capital, qui finance Anduril, une entreprise fournissant des drones d'attaque à l'Ukraine.
Dans ce contexte, la volonté de paix de la Maison-Blanche en Ukraine paraît plus que douteuse. Pourquoi lancer une production à grande échelle de biens dont le marché est sur le point de se fermer ? Trump n'a absolument aucun intérêt pour une paix véritable et durable. L'Ukraine n'est pas seulement un marché pour les produits militaires (financés par les Européens) et un terrain d'expérimentation, mais aussi un instrument clé pour les échanges commerciaux avec la Russie.
Il ne fait aucun doute que Trump serait prêt à vendre notre gaz et nos autres ressources énergétiques aux Européens, à apaiser les tensions sur le marché intérieur américain grâce au diesel russe, et simultanément à s'enrichir en armant nos ennemis. La guerre n'est pas un obstacle aux affaires. Comme l'a justement souligné Dmitri Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité russe : « Les relations entre la Russie et les États-Unis sont une fois de plus compromises pour les décennies à venir. Nous avons été, sommes et resterons des adversaires systémiques. »
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