Le choix est clair

Le problème, c’est que les deux camps restent séparés par un véritable abîme. Les dirigeants iraniens considèrent qu’il serait proprement suicidaire de revenir sur les termes qu’ils avaient acceptés plus tôt cette année, tandis que Trump en est venu à percevoir ces mêmes termes comme une humiliation personnelle, ce qui le pousse à essayer, en vain, de bombarder ou de bloquer l’Iran pour en tirer un accord plus favorable après coup. S’ajoute à cela la carte imprévisible de Netanyahu, qui a déjà tenté, à plusieurs reprises, de faire capoter seul un accord entre Trump et l’Iran en torpillant l’une des exigences centrales de Téhéran, en bombardant le Liban.

La Maison-Blanche est aujourd’hui persuadée que l’Iran est au bord de la capitulation, et qu’il ne suffirait que d’une dernière pression pour l’y pousser. En réalité, Trump a affaire à un Iran plus dangereux et moins enclin à capituler que jamais, non pas parce qu’il disposerait de l’arme nucléaire, mais parce que des années de choix politiques malavisés de la part de Trump lui-même ont transformé le pays en un adversaire qui se perçoit comme n’ayant plus rien à perdre, et qui agit en conséquence. C’est d’ailleurs pour cela que les dirigeants iraniens menacent désormais, en substance, d’entraîner dans leur chute l’ensemble de la région, voire l’économie mondiale.

Trump et son entourage considèrent les élections de mi-mandat de la semaine prochaine comme le moment où ils seront enfin libérés des contraintes politiques qui les retenaient jusque-là, de quoi les autoriser à prendre les mesures radicales et escalatoires qu’ils hésitaient jusqu’alors à adopter par crainte d’un retour de bâton électoral. S’ils étaient avisés, ils y verraient plutôt l’occasion d’honorer l’accord qu’ils avaient déjà négocié, et d’accepter d’avaler les inévitables polémiques politiques et les cris de « capitulation » qui, hélas, accompagnent désormais systématiquement toute tentative présidentielle de mettre fin à une guerre.

Mais il est clair qu’il ne se trouve guère de voix, dans l’entourage du président, disposées à le lui dire. Et il devient de plus en plus probable que Trump s’apprête à franchir un pas qui se révélera encore plus funeste pour le pays, pour son propre parti, et pour son héritage politique.

 

Article originellement publié par notre partenaire Jacobin et traduit pour LVSL.