Après trois nuits de protestation dans tout le pays, un premier décès vient d’être à déplorer. Même si les forces de l’ordre ont fait preuve d’une relative mesure, c’est là le résultat de la seule ligne politique qu’un pouvoir despotique a toujours développée face à la contestation : la répression.
Alors que les luttes au sein des appareils font de nouveau rage, le pouvoir reste trop occupé à gérer ses alliances avec l’islamisme et ne peut qu’apporter les vagues solutions d’un comité interministériel qui par des mesures techniques qui viendraient statuer sur les prix des denrées croit pouvoir échapper aux exigences de changement profond portées par le mouvement actuel. Il reste enfermé dans une logique économique qui refuse de rompre avec les intérêts de la rente et du capital spéculatif. Pourtant ce sont bien ceux là que l’opinion dénonce. Ceux sont eux les vandales et les prédateurs qui ont mis le pays à sac. Les scandales liés à la corruption et aux détournements en témoignent quotidiennement.
Inquiété par les perspectives de rupture démocratique, l’islamisme tente, quant à lui, de disqualifier les forces démocratiques radicales et de se redéployer en tenant un pseudo langage d’apaisement alors qu’il avait refusé de dire un mot pour arrêter la main des égorgeurs. Il s’agit de la mise en œuvre d’une articulation qui vise à maintenir coûte que coûte un compromis dont seule la société est la victime.
Face aux souffrances et à la misère, des jeunes - à qui on refuse le droit de parler et de gagner de quoi manger - ont décidé de lutter pour vivre dignement et de rejeter la hogra. Ils le font dans les formes désordonnées auxquelles ils ont accès spontanément. Afin de faire face au sentiment d’incertitude et aux interrogations qui montent il faut agir en développant la vigilance et la concertation, favoriser les méthodes démocratiques qui permettent d’échapper à toute récupération de la colère légitime qui anime cette jeunesse. Partout des plates-formes de revendications doivent être élaborées démocratiquement. Déjà des premiers appels à des marches pacifiques ont été lancés, il faut participer à encadrer de telles initiatives et appuyer les luttes citoyennes et syndicales qui se multiplient face à un pouvoir qui bloque toute expression démocratique et refuse d’aménager l’état d’urgence.
Pour détruire ce système qui ne profite qu’à une minorité de privilégiés et enclencher une dynamique porteuse d’espoir, un pouvoir de combat démocratique doit être mis en place avant que le contexte pesant de menaces sur notre Nation n’entraîne des développements les plus inattendus tant au plan national qu’international, la protestation touchant de nombreux pays du monde arabe et musulman. Un tel pouvoir devra s’atteler dans l’urgence à fonder une Algérie démocratique et sociale qui seule répondra aux attentes et besoins de la société algérienne. Face à un tel défi la mobilisation la plus large et la rénovation de tous les cadres de lutte sont devenus des impératifs urgents.
Alger, le 8 janvier 2011