A.Hocine, secrétaire général par intérim du MDS a animé le 22/12/2012 une conférence portant sur le thème : Après la crise, Algérie, quelle perspective pour la gauche.
Les trois mots clés sont mis en évidence dans l’intitulé, la crise, l’Algérie et la gauche, suggéraient, que la conférence allait porter sur trois niveaux « échelles », soit une analyse allant du macro au micro en permettant éclairage « panoramique » pour son auditoire. Comme premier niveau, la crise financière mondiale plus précisément la crise du capitalisme, en abordant les causes et leçons, la situation en Algérie avec une caractérisation de l’étape, comme deuxième niveau et enfin, un troisième niveau portant sur le MDS, comme parti de gauche ou qui se veut de gauche ?, devant définir les enjeux idéologique et politique voire programmatique (mais en est pas encore là) .Même si à ce dernier, on peut inclure les autres partis, dits « de gauche ».
Jugeant que la conférence n’a pas répondu à ce que j’espérer, j’ai trouvé nécessaire de partager avec les camarades les quelques remarques relevé sur le contenu de cette conférence. Cette très modeste contribution, est pour moi une manière de continuer le débat, qu’A.Hocine a eu le mérite d’entamer. D’ailleurs, il aurait été bien de diffuser sa contribution, pour permettre un débat plus large avec une participation plus importante des camarades. Ceci permettra de préciser les idées-concepts et étayer l’argumentaire pour armer les militants actuels et futurs du MDS.
Premièrement sur la forme : (la forme, c’es le fond qui remonte en surface)
Le conférencier n’a pas su mettre une ligne directrice « un fond » à sa conférence, permettant d’aborder la question principale de sa conférence : l’idée de gauche. L’intervention développée essentiellement sur deux volets, historique et conceptuel « questionnement », n’a pas permis à l’auditoire d’en voir le lien et l’utilité. En voulant développer ces deux aspects à la fois, sans en donner un sens, le conférencier est tombé dans l’aléatoire, la réduction et l’approximation.
Ø Sur le volet historique
En effet, il a péché dans son développement du volet historique, qui aurait pu être intéressant comme démarche, par des raccourcis historiques « historiographie », parfois imprécise, ne permettant pas de mettre en évidence l’évolution historique réelle des mouvements de gauche, leurs particularités et leur situation après la chute du mur de Berlin ,et donc, saisir les enjeux actuels. Pour moi, il aurait été bénéfique de mettre en évidence la contribution de la gauche, on serait même tenté de parler des gauches, dans l’histoire moderne, de leurs erreurs, de leurs limites etc…
Mais pour se faire , il faudra sortir des jugements généralement appliqués à ce qu’il est convenu d’appeler l’expérience communiste , basés essentiellement sur l’efficacité économique et des normes institutionnelles du monde occidental et mettre le curseur sur les taches principales de ces mouvements dans leurs histoires particulières en relation avec leur ligne principielle « idéologique ».
Sur l’expérience soviétique, n’a-t-elle pas participé à sortir des sociétés soumis à des systèmes féodaux ou précapitalistes pour les arrimer à la modernité, et parfois, à sa pointe ?. A ce titre, il serait utile de comparer les évolutions dans les sociétés musulmanes des ex -républiques soviétiques, souvent occultées au dépend du modèle turque et celles des autres pays musulmans « pays du golfe ».
Par ailleurs, ne peut-on pas dire, que la gauche dans l’Amérique latine a contribué largement à l’émergence de systèmes démocratiques dans beaucoup de pays, et a éliminé les pires injustices ?. L’expérience de Chavez « socialisme du 21 siècle », même si elle n’est pas idéale pour certains, a eu des résultats positifs sur le plan social, que personne ne peut occulter. Les forces de gauche dans les pays arabes ont-elles pas participé à l’indépendance, à la construction des états, parfois des républiques et de la démocratie ? .Et, la gauche dans le monde occidental n’a-t-elle pas participé à combattre l’arrogance du capitalisme en combattant l’ordre établi et en défendant coute que coute les droits des forces du travail dans une société plus juste.
L’histoire du mouvement communiste en Algérie, PCA et PAGS a été survolée sans mettre en évidence les fonds des débats idéologiques et politiques et enjeux qui été derrière leurs crises.
Ø Sur le volet conceptuel
Sur ce volet, le conférencier n’a pas procédé par l’introduction d’un ou plusieurs concepts ou à leur revisite. En général l’intervention a pris une forme interrogative :
ü Nous sommes-nous pas, devant un nouveau paradigme « système de penser »?
ü L’émergence de nouvelles polarités, nous interpelle, quelles relations ou interprétations donner à ces dernières ?
ü Assistons-nous, à la fin de l’hégémonie occidentale, et plus précisément américaine ?
ü Le recul de la gauche, ne correspond t-il pas au recul des forces du travail dans l’histoire contemporaine ?
ü Comment peut-on caractériser le parti communiste chinois qui mène une politique capitaliste ?
Même si tout parti politique « organisation » doit être « une instance vigilante », je pense que la méthode adoptée n’a pas participer à éclairer, mais a plutôt, brouiller les militants désireux de clarifications.
Certes, nous devons tenir compte des évolutions économiques et sociétales en enrichissant nous instruments scientifiques. Mais il faut rappeler que le politique, va nécessairement de la science à la pratique. Mais il peut très bien aller de la pratique à la science. Il y a des allers-retours, comme dirait P.Bourdieu.
Car au fond, en revenant justement la crise mondiale, n’a-t-elle pas parmi au moins, le dépassement complexe post mur Berlin, que les mouvements de gauche trainaient ? et de remettre en question toute la doxa « paradigme libéral ». En réalité, les causes profondes qui ont poussé Spartacus, cet invariant communiste, à se révolter, sont présentent presque de la même manière à l’homme moderne.
Pour situer où nous en sommes en matière de réflexion, je dirais qu’il faut commencer par se poser les questions les plus simples, mais oh combien fondamentales pour sortir de l’aliénation ou des errements idéologiques. Anslem japp rappelle certaines de ces questions en pensant aux simples citoyens « … ce qu’ils considéraient jusqu’à la veille comme « naturel » ou « inévitable » et commencer à poser les questions les plus simples et les moins souvent soulevées : pourquoi y a-t-il crise s’il n’y a que trop de moyens de production ? Pourquoi mourir de détresse, si tout le nécessaire (et même beaucoup plus) est là ?
Deuxiement sur le fond : « Etre de gauche , s’est refuser l’ordre établi » P.Bordieu
Si nous sommes à un degré faible de la réflexion et du débat, ce n’est pas par manque d’instrument scientifique seulement, mais parce que nous sommes malheureusement soumis à la pression de la pensée libérale, comme toute la société. Aujourd’hui nous sommes, avant tout, devant une tâche de caractère idéologique, et non pas immédiatement une tâche politique.
Pour commencer, il faut revenir aux principes « La katrou El diane ched fi dinek », comme dirait notre ami Hamid Ferhi . Quelle idée première peut se faire un militant du MDS de la gauche ? N’est ce pas comme l’a défini Alain Badiou: «L’idée d’une société dont le moteur ne soit pas la propriété privée, l’égoïsme et la rapacité», précisant « En réalité dans le capitalisme modernisé, la conviction est que l’homme est principalement capable de poursuivre ses intérêts. Et le communisme c’est au fond l’idée que l’homme est aussi capable d’autre chose. Il est capable de désintéressement, il est capable d’une organisation sociale qui a d’autres buts que celui de la perpétuation de sa puissance.».
Cette démarche devra nous permettre au MDS d’avoir une norme « charte des valeurs ou motion » , on veut être de gauche. Une ligne de partage devant laquelle comparaissent les politiques. Celles qui sont compatibles avec la norme sont bonnes, celles qui ne le sont pas sont mauvaises.
O.Benhalla
Membre du Conseil National