Par André Kapsas (sources: Nacha Niva, Hartya 97, Gazeta Wyborcza)
Habituellement divisés sur la question du Bélarus, les pays de l’Union européenne ont condamné à l’unisson la farce électorale et la violente dispersion de la manifestation à Minsk le 19 décembre dernier. Pas un seul d'entre eux n'a reconnu la légitimité de l'élection, caractérisée de non-démocratique par la mission de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe). Alors que plus d’un croyait encore, avant le scrutin, que le Président Loukachenka pouvait démocratiser le pays et devenir un partenaire de l’UE, les événements leur ont donné tort. Entre autres, la Lituanie, la Pologne et l’Allemagne avaient souhaité rétablir le dialogue avec le dirigeant bélarussien en automne. La Présidente lituanienne Dalia Grybauskaité et les ministres des Affaires étrangères allemand et polonais, Guido Westerwelle et Radoslaw Sikorski, l’avaient alors rencontré à Minsk.
Ce sont d’ailleurs les gouvernements respectifs de ces pays qui ont réagi le plus fermement. Le 23 décembre dernier, dans les colonnes du New York Times, un texte cosigné par les ministres des Affaires étrangères allemand, polonais, tchèque et suédois et intitulé «Lukashenka the Loser» («Loukachenka le perdant») a pourfendu l’attitude de l’autoritaire Président. Selon les quatre ministres, ce que Loukachenka a fait lors de l'élection surpasse les agissements de Milosevic en 2000 en Serbie et rappelle l’introduction de la loi martiale en Pologne en 1981. «Il [Loukachenka] a fait son choix; et c’est un choix contre tout ce que l’Europe représente», peut-on lire dans leur texte, qui s’achève sur les mots suivants: «L’Europe ne doit pas rester muette». En Lituanie, la politique de la Présidente à l’égard du voisin du sud a été fortement critiquée. La présidente du Parlement, Irena Degutiené, a avoué que «la Lituanie et l’Europe ont été trop naïfs de penser qu’il était possible d’introduire la démocratie par des moyens non-démocratiques et qu’un homme qui utilisait des méthodes autoritaires deviendrait un démocrate».
Passant de la parole aux actes, la Pologne a décidé d'annuler le coût des visas longue-durée pour les Bélarussiens. La Lituanie pourrait bien suivre l'exemple. Le ministère des Affaires étrangères polonais a du même coup annoncé qu'il doublerait ses subventions pour des initiatives favorisant le développement de la société civile bélarussienne, les faisant passer à 10 millions d'euros. Ce genre d'engagement est à prévoir de la part de plusieurs pays européens ainsi que de l'Union européenne elle-même. Dans leur lettre ouverte, les quatre ministres affirmaient d'ailleurs que «nous devons maintenant renforcer notre engagement avec les démocrates du Bélarus et les membres du gouvernement qui désapprouvent le tournant fatal que leur pays a pris. Ils ne doivent pas être abandonnés ou trahis alors que leur pays entre dans ce qui pourrait bien être une nouvelle ère sombre». Le 12 janvier, le Parlement européen tiendra une session extraordinaire sur la situation au Bélarus et discutera des mesures à prendre.
De son côté, le Président Loukachenka demande que cessent les ultimatums de l'Occident, qui exige depuis deux semaines la libération des ex-candidats à la présidence et de leurs collaborateurs, accusés d'avoir organisé des émeutes. Les autorités bélarussiennes ont d'ailleurs répondu à l'Europe en décidant de fermer le bureau de l'OSCE à Minsk, sous prétexte qu’il n’est plus nécessaire. Il s'agirait plutôt de représailles contre l'organisation, qui a dénoncé les falsifications électorales ainsi que la violence des autorités.
Dépêche publiée le 05/01/2011
http://www.regard-est.com/home/breves.php?idp=1396