En 2007, le changement de camp en pleine campagne électorale de M. Besson, responsable national du parti socialiste piqué par une remarque désagréable de Mme Royal, avait montré à quoi pouvaient tenir les convictions de certains professionnels de la politique. Un peu plus tard, M. Besson devenait ministre et membre de l'U.M.P, cependant qu'entrait au gouvernement de M. Sarkozy M. Kouchner, une figure historique de ces indispensables chouchous des sondages que les socialistes avaient tenu à faire figurer dans leurs gouvernements précédents. Ne connaissant ni M. Besson ni M. Kouchner, je ne sais pas quels furent leurs états d'âmes dans ces épisodes de conversion et d'accès au pouvoir ; mais pour l'opinion, ces épisodes montraient à l'évidence la porosité entre une partie de l'appareil social-démocrate et une droite qui se disait alors d'ouverture.
Le Journal du Dimanche de ce jour publie une interview de M. Allègre, qui fut animateur du Groupe des Experts du parti socialiste dans les années 1980, conseiller spécial du ministre de l'Éducation nationale M. Jospin de 1988 à 1992, ministre de l'Éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche dans le gouvernement de M. Jospin, de 1997 à 2000. J'étais enseignant pendant toutes ces années, et je me souviens encore avec indignation de la façon dont M. le Ministre concevait son rapport avec le syndicalisme enseignant. Alors d'innombrables messages d'alerte étaient adressés à M. Jospin, celui-ci continuait à accorder sa confiance à son ami de longtemps, ce qui lui coûta cher en crédibilité et en voix. L'épisode, qui ne pouvait se réduite à la personnalité de M. Allègre, et à la fidélité en amitié de M. Jospin, interrogeait en profondeur sur la conception que le parti socialiste se fait de l'éducation nationale et de la démocratie quand il se sent hégémonique...
Dans cet entretien publié dans Le Journal du Dimanche, M. Allègre, ce qui est son droit le plus absolu, expose sa vision de la situation politique : il soutient M. Sarkozy en espérant que celui-ci ira vers un gouvernement d'union nationale avec M. Bayrou ; il ne votera pas pour M. Hollande jugé, comme M. Chirac, peu à même de prendre des décisions nettes et fermes ; par contre, il regrette l'absence de M. Strauss Kahn, pour lequel il aurait volontiers voté... Encore une fois, mais ici révélée de façon carrément caricaturale dans l'exacerbation électorale, cette conception de la vie politique, ramenée aux qualités supposées des uns et des autres à mener au fond la même politique, ne laisse pas d'interroger sur les notions de "gauche" et de "droite", telles qu'elles peuvent fonctionner chez des hommes qui ont eu des responsabilités aussi importantes que celles de MM. Allègre, Besson, ou Kouchner, et telles qu'elles fonctionnent, non seulement dans une bonne partie de l'opinion, mais encore dans l'entourage en conseillers de M. Hollande...
Bref, si je puis m'exprimer ainsi, l'avenir n'est pas rose...
René Merle