L’appréciation, à juste titre fort positive, que nous portons à l’ « Indignons nous ! » de Stéphane Hessel jette une lumière crue sur une contradiction qui devrait nous faire réfléchir. A lire ses interviews et déclarations depuis de nombreuses années dans l’Humanité ou ailleurs nous savons que les « indignations » et souvent les analyses de cet humaniste de gauche, grand résistant et défenseur du programme du CNR, sont celles que les communistes portent. Elles nourrissent depuis toujours notre engagement politique. Seulement voilà Stéphane Hessel est un « social démocrate » qui assume son positionnement jusqu’à son implication politique dans la présidentielle où son candidat préféré est DSK ou à la rigueur Martine Aubry. Stéphane Hessel se trouve donc en dehors de la cible électorale du « Front de gauche ». Ma crainte, c’est qu’il ne soit pas seul dans ce cas.
J’ai beau lire et relire des déclarations de toutes sortes sur le rassemblement majoritaire que nous voulons construire et qui aurait la force de dynamiser les profonds changements, dépassements et ruptures que nous souhaitons pour notre société je comprends toujours le « front de gauche » comme une volonté de rassembler à l’intérieur de la gauche prise dans son ensemble ce qu’elle à de plus déterminé, de plus cohérent pour faire contre poids à la social- démocratie, et, comme la grenouille, devenir -au moins- aussi grosse que le bœuf. L’objectif est fort louable et je le suppose partagé par la plupart des communistes mais J’ai du mal à croire que nous y parviendrons si des gens comme Stéphane Hessel ne sont pas sensibles à cette démarche. Et c’est d’autant plus préoccupant que lui-même préconise un rassemblement victorieux contre la droite avec les communistes.
Sans doute me dira-t-on comme P. Laurent au CN que « nous visons une candidature de rassemblement du Front de Gauche qui soit la candidature non du seul PCF ou d’un futur parti unique, mais bel et bien celle d’un rassemblement divers comme fut celui de 2005. », mais tout le problème est là : « l’objet politique » du rassemblement à construire pour transformer notre société dans la perspective d’un dépassement du capitalisme n’est pas celui de 2005. S’il est un point sur lequel l’immense majorité des communistes est probablement d’accord c’est bien sur la nécessité de construire et d’impulser un rassemblement qui s’écarte résolument des pesanteurs socio-libérales du PS et pour une part d’Europe Ecologie, notamment en s’appuyant sur le mouvement social. Encore faut-il prendre le rapport des forces pour ce qu’il est et ne pas courir après un fantôme.
J’ai le sentiment que dans notre obsession à sortir de la « nasse » de la gauche plurielle ou un PS dominant occupait tout l’espace, nous ramons dans un aquarium à l’ombre d’un poisson-lune. La droite et « l’idéologie dominante » -comme on ne dit plus aujourd’hui- qui veut tailler des croupières au PS et se débarrasser enfin des communistes- a bien compris elle, ce qu’elle pouvait tirer de ce cul de sac dans lequel nous nous sommes mis.
Je ne suis pas de ceux qui méprisent, vilipendent ou adulent J. L Mélenchon…car pour moi Mélenchon n’est ni le problème ni la solution. Quelque soit le candidat du « front de Gauche » il aura la place que cette « stratégie » revendique pour lui …… à la marge de la gauche. A cet égard les travaux du dernier CN et le contenu de l’adresse aux communistes sont implacables : Les communistes seront appelés non pas à « choisir souverainement » leur candidat parmi ceux qui pourraient faire acte de candidature mais à adouber « LE candidat FG » que lui soumettra la conférence nationale. On peut d’ailleurs se demander ce qu’il adviendra si par hypothèse les communistes répondent « non » à la question posée. Je sais bien qu’on peut interpréter nos statuts de manière à considérer que nous en respectons la lettre mais « l’esprit » dans lequel ils ont été rédigés voudrait que les adhérents exercent réellement leur souveraineté. Cà n’est évidemment pas le cas Avant le CN, on pouvait espérer un congrès qui aurait pu ajuster cette bataille politique mais désormais le report du congrès congèle le débat.
Une parenthèse sur ce point : Pierre rappelle à juste titre que dans nos statuts il est indiqué que « la décision de présenter au nom du parti ou de soutenir des candidat-e-s aux différentes élections est prise par les adhérent-e-s ». Dans son rapport J. Chabalier précise : « naturellement, dans l’appel à candidatures pour les deux élections que nous vous proposons d’ouvrir dès aujourd’hui, d’autres orientations seront peut être soumises au débat, celles de candidatures qui ne s’inscriraient pas dans la démarche du Front de Gauche et proposeraient un rassemblement autour du Parti Communiste. Elles seront portées à la connaissance des adhérent-e-s qui décideront en connaissance de cause ».
Je passe sur l’unique alternative (repoussoir ?) ouverte par Jacques « autour du parti » !? dit-il, alors qu’il en est d’autres possibles, mais sauf à organiser un vote - ce qui apparemment n’est pas prévu à cette étape pour la présidentielle- comment les adhérent-e-s décideront-ils en connaissance de cause ? Je ferme la parenthèse car une discussion sur l’interprétation des statuts ferait diversion.
Par ailleurs, des camarades disent aujourd’hui craindre « l’effacement » du Parti communiste mais c’est un peu tard. A partir du moment où on accepte cette conception du « Front de gauche » notre parti est, par définition électoralement « effacé » car cela implique une candidature commune aux partenaires du « front de Gauche ». Même la « Gauche Plurielle » dont on a pu mesurer les défauts n’avait pas celui là. J’apprécie que notre premier Secrétaire « n’ait pas remis les clés », mais pourquoi les laisser au clou ? J’imagine très bien André Chassaigne candidat du FG obligé de se défendre à chaque apparition publique d’être un candidat « communiste », d’ailleurs il dit déjà qu’il ne veut pas être un candidat « communiste » c’est logique.
L’enjeu n’est pas d’élire en 2012 un Président de la République communiste. Il est de rassembler sur un nom au premier tour, le maximum de ceux et celles qui ont participé ou soutenu de près ou de loin les batailles sociales récentes dont on sait bien qu’elles portent plus loin que leur objet. Il est de promulguer, défendre et expliquer la possibilité de mise en oeuvre et la cohérence de propositions répondant aux attentes de toutes les catégories sociales- et pas seulement les plus pauvres. Il est d’en appeler aux intellectuels, aux gens de culture à tous les créateurs dont on sent les impatiences et qui ont besoin de confiance et d’encouragement De plus, je pense que ce candidat devra de toute façon porter l’idée de l’abandon de cette arnaque institutionnelle qu’est l’élection sous cette forme du Président de la République et se libérer de l’hypothèse de sa propre élection pour se présenter en leader d’un rassemblement transformateur pour impulser- maintenant et plus tard- une politique et les changements attendus. Le « dépassement du capitalisme » ne se fera pas sans dépasser en même temps les institutions qui le soutiennent. N’est-ce pas cela aussi le « réel » ?
Cette démarche devrait permettre de « reconnaître » les communistes et leur candidat(e)- dont on voit bien qu’il faut réfléchir au profil- et ouvrirait une perspective pour l’avenir sans nous scotcher sur le problème du score et sans remettre en cause notre participation aux affaires quand les électeurs la rendent possible. A commencer par la législative et éventuellement le gouvernement.
C’est ce rassemblement là, au contenu qu’il n’est pas difficile d’imaginer à partir de la plate forme des syndicats, des bouillonnements de la vie associative, du programme partagé auquel nous travaillons déjà et qu’il importe de faire soutenir dans une multitude d’initiatives locales qui sera l’élément moteur des changements possibles. C’est avec ces gens rassemblés qu’il faudrait nous déterminer pour le second tour en fonction des engagements et garanties obtenus du ou de la candidate de gauche présent. Voilà ce que devrait porter un candidat pour lequel les communistes pourraient s’engager à fond, non pas « autour » du parti mais autour du contenu pour lequel se prononceront les électeurs du 1er tour.
Pourquoi serait-il plus compliqué de décider le positionnement du second tour en impliquant les électeurs du premier que de faire décider au jour le jour une forme de lutte par une assemblée générale comme le font les syndicats dans les conflits sociaux ? Certes la pratique est inédite mais parler de « démocratie participative » c’est bien, innover pour tenter de la mettre en oeuvre sera un passage obligé.
Evidemment on voit bien, dans la foulée d’une campagne présidentielle de cette nature, le « boulevard » ouvert aux candidats communistes aux législatives. Eux n’ont pas à s’exonérer du score ni surtout d’une éventuelle élection possible mais en cohérence avec les propositions portées par leur candidat à la présidentielle ils auront en perspective politique immédiate à la fois l’objectif de battre la droite à l’assemblée nationale et de promouvoir une politique réellement nouvelle et bien à gauche. Ils le feront dans les conditions politiques et institutionnelles propres à une législative. Sur ce point, Je crois qu’on peut faire confiance aux communistes directement impliqués mais je ne donne pas cher de notre groupe à l’AN si par malheur ici et là on s’enfermait étroitement dans la stratégie du FG. Nos députés actuels sont tous élus avec une forte proportion de voix de « sociaux démocrates », leur travail à l’assemblée tout au long de la législature peut pourtant être salué par l’ensemble des communistes et ni notre peuple ni « la gauche » n’ont me semble-t-il à s’en plaindre.
Au moment d’envoyer ces réflexions, je lis aujourd’hui dans l’huma un texte sensé répondre à la question : « comment créer une dynamique du Front de Gauche ? ». Signé de camarades et personnalités dont la vie répond de leur sincérité et de la rigueur de leur engagement- et dont certains sont mes amis- je me permets avec humilité deux remarques.
La première, c’est qu’en effet la question est posée depuis plus de 5 ans : Quelle dynamique pour le Front de Gauche ? Mon opinion étant que dans sa conception actuelle il n’y a pas de dynamique majoritaire possible.
La seconde beaucoup plus importante à mes yeux : Sous réserve d’une lecture plus fine et de précisions nécessaires je crains que cette démarche ouvre un processus de « dépassement » …du Parti Communiste Français.
Il me semble qu’un débat autour de ces questions serait plus productif et passionnant que celui actuellement mal engagé autour du candidat et d’où ne peut guère résulter qu’un parti une nouvelle fois divisé.
Claude Pondemer
Publié sur Communisme 21