L’Humanité (11 février 2011), introduisait ainsi un récent débat dans ses colonnes : « Audace ou prudence, la gauche devra trancher. À quinze mois de la présidentielle, Marie-George Buffet, députée (PCF), initiatrice du Front de gauche, et Jean-Marie Le Guen, député (PS), proche de Dominique Strauss-Kahn, confrontent leurs opinions sur les conditions à réunir pour une véritable alternative de gauche à Nicolas Sarkozy en 2012 ».
Et la dernière question du journaliste était :
« Le risque, pour la gauche, n’est-il pas celui de ne pas rompre véritablement avec les logiques libérales et de décevoir ? »
Réponses :
- Jean-Marie Le Guen. "Je ne crois pas. Nous connaissons un cycle libéral depuis trente ans, auquel s’ajoutent des problématiques nouvelles comme l’écologie, la démographie. Il nous faut donc articuler une gestion précautionneuse sur le plan économique et social, psychologique même, pour apporter de la protection aux Français et des éléments de radicalité. Je ne crois pas en l’évocation d’une radicalité, surtout quand elle ne serait pas porteuse d’un monde nouveau mais d’un retour en arrière vers les Trente Glorieuses. La tentation de la nostalgie existe dans une partie de la gauche. C’est dans la capacité à mêler précaution et radicalité que la gauche peut gagner. Ne racontons pas d’histoires, la gauche, ce n’est pas le Père Noël".
- Marie-George Buffet. "La question n’est pas d’être nostalgique ou non. Elle est de prendre en compte la réalité telle qu’elle est aujourd’hui. Pour moi, les réponses passent par un élargissement des droits, à l’éducation, à la formation, à la protection sociale, à l’emploi, etc. Nous avons besoin en France et en Europe de nouveaux services publics rénovés et élargis à de nouveaux secteurs d’intérêt général. Il faut poser fortement la question d’une autre utilisation des richesses produites par le travail. Ce n’est pas un regard vers le passé, c’est un regard audacieux pour répondre aux besoins. C’est un changement fondamental. Vous dites que ce sera difficile. Évidemment. Face au patronat et aux institutions libérales européennes, nous devrons créer les conditions d’une intervention populaire permanente pour faire avancer les réformes nécessaires".
Nous voici prévenus.
Réformisme plus que prudent chez le socialiste, réformisme plus audacieux chez la communiste, pardon chez la représentante du Front de Gauche, tous deux inscrits dans la perspective d’une gestion au service du Bien commun, dont on attend maintenant la mise en perspective par un programme crédible et concret pour l'échéance 2012.
Remarquons, mais sans doute n'était-ce pas le propos de l'entrevue, que la représentante du Front de Gauche, tout en souhaitant « une autre utilisation des richesses produites par le travail », ne nous dit pas comment dorénavant cela sera possible dans le cadre du régime capitaliste. Que l’on m’entende bien, je ne suis en rien ici maximaliste. On ne reprochera pas à Marie-George Buffet de ne pas poser ici la question de la possibilité, à terme, « de mettre fin au capitalisme si l’on veut supprimer l’exploitation économique, l’oppression sociale, la domination politique et l’aliénation individuelle », comme l’écrit le philosophe marxiste, et communiste, Yvon Quiniou, dans l'article que je signalais il y a peu ("Quiniou, sur le communisme", rubrique Actualités). Ce qui n'empêchera pas de penser que, chrysalide dans l’entreprise au service du Bien Commun que pourrait porter un programme réformiste de la Gauche, l’idée communiste est bien présente dans l’expression « Bien Commun », et qu'elle pourrait, (devrait ?) être un levain pour une jeunesse qui rêve de vivre pleinement, et dont les horizons sont de plus en plus internationaux.
Mais on remarquera surtout, sans s’en étonner, que, tout en voulant la saupoudrer de "radicalité" (?), le dirigeant socialiste ne remet pas en cause la logique « libérale ». Sans doute encore n'était-ce pas le lieu, mais il n'en explique pas l'avènement, il ne pointe pas les conditions qui ont permis les acquis de La Libération et des "Trente Glorieuses", conditions parmi lesquelles les luttes des salariés, mais aussi l'action d'un réformisme socialiste qui semble quelque peu oublié chez les amis de Dominique Strauss-Kahn, ont pesé de tout leur poids dans ce compromis entre le Capital et le Travail. C'est confirmer, ce qui n'est en rien une découverte, que le propos n'est en rien ici de changer de société, mais de la réformer un peu pour la rendre plus vivable au plus grand nombre, sans pour autant léser les intérêts des dominants. Le maître mot est bien ici celui de "protection" : il faudra apporter de la protection aux Français, dit le dirigeant socialiste. Ce qui nous renvoie, une fois de plus, à la négation de l'action collective des Français, et au premier chef des salariés. Nous retombons dans l'antienne bien connue : "Ayez confiance en nous qui savons. Votez pour nous, et nous ferons le reste".
René Merle
http://merle.rene.over-blog.com/article-ps-fdg-nous-voila-prevenus-68635273.html