Monsieur Serge est assez riche. Il détient sa modeste fortune, à peine quelques milliards d'euros, d'une entreprise familiale créée par son défunt père, Monsieur Marcel (un homme honnête, lui). Elle a vendu aux contribuables français et à d'autres des avions de combat, de l'Ouragan au Mystère, du Mirage au Rafale. Tous d'excellente qualité, bien que de finalité humanitaire discutable
Monsieur Serge aime la communication. Il est patron d'un journal populaire et progressiste, le Figaro Outre le pouvoir de propager les bonnes pensées et de combattre les autres, il bénéficie, à ce titre, de justes rémunérations.
Monsieur Serge est aussi un homme politique Il rompt des lances, dans son département au Sénat, contre les ennemis de la Vertu en général et les suppôts de la gauche en particulier.
Or sur la voie de la Grandeur les obstacles sont traîtres. Monsieur Serge trébuche quelquefois. Il lui arrive, pour le bien du peuple et pour le sien, de recourir à des procédés que la Morale réprouve; corruption, intimidation, parfois pire. A point tel que la Justice cherche des poux dans la tête de Monsieur Serge. Et, paraît-il, des gros.
Monsieur Serge a de la chance. Une courte majorité de sénateurs a refusé de le démunir de son bouclier protecteur, son immunité parlementaire.
Cerise sur un drôle de gâteau. Le chasseur Rafale, vieux de plus de vingt ans, va profiter d'une obole d'un milliard d'euros pour une cure de rajeunissement dont il est probable qu'elle ne servira pas à grand-chose. En tout cas pas au bonheur du peuple qui va payer.
Monsieur Serge coule des jours heureux.
Jacques Franck 13 janvier 2014