L’assassinat de Kadhafi rend encore plus troubles les circonstances de sa mort et plus clair l’objectif de l’OTAN. Du coup la disparition de l’héritier du trône d’Arabie saoudite, le Sultan Ben Abdel Aziz est passée quasiment inaperçue. Il avait plus de 80 ans. Le roi Abdallah en a 87 et ne quitte plus les hôpitaux.
Kadhafi, avec ses 42 ans de pouvoir est battu : le sultan était ministre de la Défense depuis 48 ans et le roi de même, tous issus de la famille Al Saoud depuis 1932.
Mais là, la « communauté internationale » n’est pas inquiète. On n’est pas dans une dictature, voyons…seulement dans une monarchie ultraconservatrice où toute pratique publique d’une autre religion que l’Islam est interdite et passible de la peine de mort, entre autres privations de liberté.
Pas question d’intervenir : ce sont « nos » alliés, ils sont riches de leur pétrole et de leur gaz (2è producteur mondial) et les intérêts américains, notamment, qui ont eu longtemps l’exclusivité de l’exploitation pétrolière et qui sont les premiers vendeurs d’armes de cette richissime « démocratie », sont bien préservés. (Au passage, la famille royale empoche, bon an mal an, 70 milliards$ de commissions, appelez ça comme vous voudrez !)
D’ailleurs,Obama et Cameron ont été les premiers à y aller de leurs condoléances « pour cet allié précieux et avisé dans les affaires internationales et qui s’est consacré au bien-être et à la sécurité de son peuple… » dixit Obama. Ah ! le pétrole, ça crée des liens.
Sarkozy n’a pas voulu être en reste : « le sultan a joué un rôle crucial dans la modernisation de l’Arabie Saoudite…il était un ami fidèle de la France. » Ce n’est pas comme « ces Africains qui ne sont pas entrés dans l’histoire »…avait-il dit à Dakar !
Ni comme en Libye où l’exploitation du pétrole échappait aux multinationales, quel scandale ! Ce qui ne faisait pas de ce pays un modèle de démocratie mais comme pour l’Irak, il fallait trouver un prétexte pour placer à sa tête un gouvernement promu par les « grandes » puissances. Car s’il fallait chasser par la force tous les dictateurs en place, la planète serait vite transformée en un immense champ de bataille.
Il faut croire que les Etats-Unis, la France, la Grande Bretagne et quelques autres, aux prises avec la plus grande crise de ce siècle, celle de leur système économique et politique, ont besoin de jouer les gardiens du temple qui s’effondre en essayant de maintenir leur domination coûte que coûte.
Et en sélectionnant les bons et les méchants dictateurs ! Comme pour faire oublier aux peuples que la pire des dictatures c’est celle des marchés financiers qui les prennent en otages pour satisfaire la soif de profits de quelques-uns, en leur faisant croire que c’est dans l’ordre naturel des choses. On n’est pas obligés de les croire.
René Fredon