Un concert de louanges salue la disparition de Philippe Séguin. Ceux qui ne partageaient pas ses idées - ils sont nombreux dans l'establishement - louent ses qualités d'homme d'Etat, sans doute contents de ne plus l'entendre leur faire la leçon. Mais qu'en est-il pour ceux qui ont partagé ses idées et ses combats ? J'en fais partie.
Il est certain que Séguin est un des derniers rescapés du gaullisme enterré par la mondialisation triomphante. Pour autant cette étiquette de "gaulliste social" suffit-elle à le glorifier au panthéon des hommes d'Etat ? Car Philipe Séguin à échoué partout.
- En tant que ministre des affaires sociales il a mené une politique à l’opposé de sa doctrine sociale
- Avec les rénovateurs de la droite (Noir, Carignon, Madelin et consorts) , il a échoué à la moderniser et il les a abandonnés bien vite
- Il a tenté ensuite avec Pasqua de moderniser le RPR en voulant imposer (par une sorte de putsh) une autre ligne à Chirac et il a échoué
- Il a ensuite perdu (toujours avec Pasqua) le combat contre Maastricht
- il n’a pas su imposer la mise en œuvre de la ligne sociale à Chirac contre Juppé en 1994 avec la suite catastrophique que l’on sait
- Devenu président du RPR, il n’a rien su rénover, il a perdu les élections et il est parti piteusement sans même chercher à se battre
- Pour la bataille de la Mairie de Paris, son combat fut lamentable, fait d’errements et de revirements catastrophiques. Déroutant pour les militants et échec garanti à l’arrivée
Une vie donc, 7 combats, 7 échecs.
Reconnaissons-lui toutefois qu'il a présidé avec brio et habileté l'Assemblée Nationale. Quant à son passage à la Cour des Comptes, il s'agit plus d'une sinécure que l'on confie à un homme encombrant pour le réduire au silence. Pas des combats donc, mais des distinctions accordées à un homme qui comptait.
Pour tous ceux qui ont cru aux même idées que Séguin, la pilule est donc amère. Un homme politique qui est incapable de trouver la bonne stratégie pour faire triompher ou avancer ses idées, qui est incapable d'engranger le moindre succès, qui se montre incapable de surcroit d’entraîner dans une dynamique ceux qui lui font confiance et qui les abandonne souvent au milieu du gué, comment le qualifier ?… J'avoue que je suis embarrassé.
Paix à son âme.
Xavier Théry