Avec « Je suis parisien mais je me soigne », on se promène avec ravissement dans les rues de Paris et même un peu plus loin.
Rêve si longtemps caressé d'habiter Paris, rêve inaccessible pour beaucoup, mais rêve aujourd’hui totalement effacé.
En effet, marcher dans Paris de la rue Gay Lussac au Louvre, de la gare de l'Est à Jussieu en traversant le Jardin des Plantes au petit matin, de la place de la Nation à Bastille... bien des amoureux de la Capitale y renoncent de plus en plus. C'est que l'évolution en cours de cette dernière décennie, si bien décrite dans ce livre, et malheureusement exacte, nuit au plaisir.
Être piéton dans Paris est devenu très périlleux et s'apparente à une épreuve de survie dans un milieu hostile. On pense bien sûr à l'essai de Benoît Duteurtre « Les dents de la Maire : souffrances d'un piéton de Paris ».
On pense également à un billet savoureux de David Abiker de 2021 demandant à Mme la Maire de mettre en place des voies de circulation pour les chars à voiles (le plus écologique en effet) à côté des diverses voies réservées...
Parcourir Paris avec Alain Paucard, c'est découvrir l'histoire de Paris dans toutes ses dimensions : strictement historique, mais aussi architecturale, sociale, sociétale, linguistique, artistique, littéraire et musicale. L'intitulé des chapitres pourrait laisser penser à une succession de ces thèmes mais les liens entre ces différents aspects sont assez flagrants et ce faisant, l’auteur nous instruit et nous ravît.
A peine oserait-on avouer que dans les évocations musicales, on attendait la mention de la magnifique chanson « Paris le désert » de Gianni Esposito en supplément de toutes celles exposées... Mais on ne peut pas tout citer n'est ce pas ?
Un fin connaisseur de Paris, un amoureux de Paris qui ne méprise pas la banlieue, c'est rare. L’auteur de « Je suis parisien mais je me soigne » est de ceux-là. Là encore, la banlieue est présentée dans ses différentes facettes et dans son évolution. Les guinguettes, les cités jardins, les cités ouvrières... Une mine de connaissances précises, non livresques et présentées de façon très vivante.
Il faut d'ailleurs apprécier l'honnêteté de l’autocritique, ici proposée, à propos du paternalisme souvent critiqué des patrons de grandes entreprises telles que Menier à Noisiel, Michelin à Clermont-Ferrand.... Oui, ces cités ouvrières ont contribué à l'amélioration des conditions de vie des ouvriers et à leurs possibilités d'éducation et de culture.
Prisonniers de l'entreprise ? N'oublions pas que la garantie de l'emploi était une chose essentielle. J'ai ici en tête, un souvenir d’il y a une dizaine d'années, de l'intervention de deux conférenciers qui ont grandi au familistère de Guise, bénéficié du confort, de l'éducation, de la culture, des équipements sportifs et culturels, et qui grâce à tout cela sont parvenus à une autre situation sociale et culturelle que celle de leurs parents. Ils exprimaient combien ils étaient reconnaissants envers la famille Godin.
Alain Paucard est nostalgique. Nostalgique pas réactionnaire. Lucide quant à ce que les progrès techniques ont apporté comme amélioration des conditions de vie. Mais clairvoyant également sur le fait que le monde ouvrier ait été, et soit de plus en plus, chassé de l'intérieur de Paris. Et bien sûr inquiet sur l'évolution en cours, toujours réalisée avec la justification de l'écologie, la volonté de rendre Paris aux Parisiens (mais lesquels ? les travailleurs viennent de banlieue et très souvent de grande banlieue), le désir de mettre en valeur le patrimoine....
Comme si Paris devait se résumer à l'Evènementiel, à la Fête Perpétuelle … Malheureusement pas celle d'Hemingway dans « Paris est une fête » !
Ce futur village Potemkine fait penser au conte philosophique de Benoît Duteurtre (oui encore lui) intitulé « En marche ». Paru en 2018, tout y est, les excès des néo féministes, l' « inclusion »... même l'organisation d'une grande manifestation sportive...
Perspective d'un avenir terrifiant vers lequel nous sommes d'ores et déjà engagés. A Paris, mais dans d'autres grandes villes aussi.
On rêve qu'après 2026 un retour en arrière soit effectué... Au moins un arrêt de cette marche en avant.
Enfin un espoir, car pour l'instant ce qui vient à l'esprit et à l'oreille, c'est Claude Nougaro
« à Paris ville Lumière,...
..Paris, que la guerre épargna, et que la paix massacre »
A lire et relire Alain Paucard , on puise à chaque fois de nouvelles connaissances, de nouvelles redécouvertes, de nouveaux souvenirs.
On y trouve aussi l'envie de parcourir les itinéraires tracés, livre à la main pour retrouver les endroits évoqués...
Merci Monsieur Paucard.
Janine Delorme
JE SUIS PARISIEN MAIS JE ME SOIGNE
Alain PAUCARD
Editeur Héliopoles
2023
144 pages
12€
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