Le Vietnam avance à contre-courant. Là où d’autres subissent dans la région, Hanoï organise la riposte. Derrière la flambée des prix, les autorités ont pris des mesures d’urgence pour encadrer, réguler, et sécuriser coûte que coûte.
Car le choc est bien réel. En mars, les prix de l’essence ont bondi de plus de 20 %, ceux du diesel de près de 34 %. Un choc importé, brutal, qui menace directement la croissance, l’inflation et la compétitivité d’une économie fortement tournée vers l’export. Mais à Hanoï, la réponse est politique. Le gouvernement a enclenché une réponse coordonnée en mêlant mesures d’urgence et stratégie de long terme.
Première priorité : éviter la rupture. « Ne laisser survenir aucune pénurie d’énergie et de carburants », a martelé le Premier ministre Pham Minh Chinh, qui demande aux différents ministères de tout mettre en œuvre pour préserver la continuité de la production.
Sur le terrain, les indicateurs restent sous contrôle. Les raffineries tournent à plein régime. Celle de Dung Quât a augmenté sa production de 10 %, tandis que Nghi Son complète l’approvisionnement ; ce qui permet, selon Hanoï, de couvrir les besoins jusqu’à fin avril.
À cela s’ajoutent les importations : 3,2 millions de mètres cubes de produits pétroliers achetés en mars, auxquels s’ajoutent des stocks de 1,6 à 1,8 million de mètres cubes. « L’approvisionnement national est garanti », assure de son côté le vice-ministre Nguyên Sinh Nhât Tân.
Le deuxième levier, c’est de frapper sur les prix. Le gouvernement a pris la décision de ramener à zéro plusieurs taxes sur les carburants, dont la TVA et la taxe environnementale. Un manque à gagner estimé à plus de 7 200 milliards de dôngs par mois (environ 236 millions d’euros). Mais un choix assumé pour contenir l’inflation et préserver l’activité.
Dans le même temps, Hanoï ajuste ses mécanismes de régulation. Le kérosène a été temporairement exclu du calcul du prix de base, ce qui limite la transmission des hausses internationales aux prix domestiques.
Mais la réponse vietnamienne repose aussi sur la planification. Le Politburo s’est fixé pour feuille de route de surveiller en permanence les marchés, d’élaborer des scénarios de crise et d’être prêt à mobiliser tous les outils fiscaux et monétaires en sa possession.
« Combiner mesures d’urgence et stratégies durables », insiste Pham Minh Chinh, qui met en garde contre les réponses de court terme susceptibles de fragiliser le modèle énergétique. C’est aussi dans cette logique que le Vietnam accélère sa diversification. Hanoï vient de prendre de nouvelles mesures pour développer des biocarburants comme le E10 ainsi que les véhicules électriques.
Au-delà du pétrole, c’est toute la machine économique qui est en jeu. Le pays vise une croissance à deux chiffres en 2026, ce qui est impossible sans énergie abondante et maîtrisée.
Le gouvernement le sait. Il cible en priorité les secteurs les plus énergivores : sidérurgie, chimie, textile ou encore agroalimentaire. Partout, les ministères et les entreprises sont chargées d’améliorer en urgence l’efficacité énergétique de l’activité pour réduire la dépendance aux chocs extérieurs. En parallèle, la diplomatie est mobilisée pour sécuriser les approvisionnements et diversifier les partenaires. « Réduire la dépendance à un nombre limité de marchés », dit encore le Premier ministre.
Le Vietnam ne prétend pas échapper à la crise, mais il refuse de la subir passivement. Stocker, produire, réguler, diversifier. Quatre leviers activés simultanément pour maintenir l’équilibre.