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Blog d'actualité politique

1941 : La grève patriotique de 100 000 mineurs, cette Résistance qu’on oublie

Publié le 30 Mai 2026 par Vendémiaire in Histoire - textes fondamentaux - débats - biograph..., Syndicalisme

1941 : La grève patriotique de 100 000 mineurs, cette Résistance qu’on oublie
Publié le 26 mai 2026
 

Le 30 mai 2026, à la Fosse du Dahomey de Montigny-en-Gohelle sera célébré le 85ème anniversaire de la grève de 100 000 mineurs du Nord-Pas-de-Calais contre l’occupant nazi et le patronat français qui collaborait. Un acte fondateur de ce qu’on nommera plus tard la Résistance française.

Il est courant de présenter la Résistance comme n’ayant débuté qu’à l’appel du Général de Gaulle, suivi un an plus tard de la résistance communiste après l’invasion de l’URSS par les nazis. Heureusement les faits sont têtus, ils ont existé et sont répertoriés par les nazis, par la police française, les préfectures…

De la défaite à la grève...10 mois d’action clandestine

La grève des mineurs en 1941 se déclenche dans un environnement politique et social déjà constitué d’actes individuels mais aussi de grèves, diffusions de tracts, sabotages.

Quelques repères illustrent cette affirmation
  • 26 septembre 1939 : Édouard Daladier, premier ministre radical prononce la dissolution du PCF. Les militants communistes (et cégétistes) entrent en clandestinité ;
  • avril 1940, les députés communistes sont arrêtés et emprisonnés ;
  • 22 juin 1940, le gouvernement Pétain demande l’armistice aux Allemands ;
  • 7 juillet 1940, mise en place de la ligne du Nord-Est appelée « ligne du Führer » qui rattache le Nord et le Pas-de-Calais au gouvernement militaire allemand de Bruxelles. C’est « la Zone Interdite ».
  • été 1940, le PCF et la CGT, clandestins, organisent là où c’est possible, comme à la SNCF, la « délocalisation » de militants pour qu’ils échappent aux rafles de la police et de la gendarmerie françaises ;
  • octobre 1940, la direction du PCF déploie les « groupes spéciaux » (O.S.) avec des éléments aguerris chargés d’actions militaires : récupération d’armes, d’explosifs, sabotage des installations militaires allemandes, intimidation des traîtres, protection des militants qui prennent la parole sur les marchés, ou diffusent tracts, affiches, papillons, participent à des manifestations patriotiques…

ans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, des actes de sabotage sont relevés par les autorités françaises et allemandes :

  • 1er septembre 1940, à Fouquières-lès-Lens, Étienne Deneuville est arrêté pour détention d’armes puis déporté politique en novembre 1942 ;
  • 4 septembre 1940, deux jeunes mineurs de fond, membres des Jeunesses Communistes sont tués au puits Dahomey*** par un coup de grisou. Des funérailles imposantes sont organisées par les Jeunesses Communistes et les mineurs font grève pour y assister.
  • 21 septembre 1940, Fosse 6 de Montigny-en-Gohelle, première grève des mines de Dourges pour protester contre les délégués mineurs nommés par le préfet. Protestation contre le renvoi de Julien Hapiot (responsable PCF) qui a insulté un maître-porion (contremaître du fond) et crié : « Les dirigeants de la mine sont des pourris, vive Thorez ». Le travail reprend le lendemain, mais une cellule communiste s’est formée avec Michel Brûlé comme responsable.

Cette première grève politique ouvre de nouvelles perspectives à la résistance naissante. À travers le Nord et le Pas-de-Calais, des militants et responsables du PCF multiplient les réunions clandestines pour organiser l’action. En émergeront de futurs dirigeants politiques et syndicaux comme Émilienne Mopty, Brûlé, les frères Hapiot, Eusébio Ferrari, Charles Debarge... conseillés par des dirigeants aguerris comme Martha Desrumeaux, Auguste Lecoeur et de nombreux anciens des Brigades Internationales qui ont combattu le fascisme en Espagne, membres de l’O.S. ou de la M.O.I [1]. Beaucoup laisseront leur vie dans des combats, des séances de torture et des exécutions.

  • Janvier 1941, à l’initiative de Michel Brûlé, grève à la fosse de l’Escarpelle contre la demi-heure supplémentaire de travail, les conditions de travail et le ravitaillement ;
  • 21 février 1941, toujours à l’Escarpelle une autre grève lorsque le chef-porion et l’ingénieur tentent de l’empêcher de descendre ;
  • 10 mai 1941 en Belgique toute proche, à l’appel de Julien Lahaut, dirigeant du Parti communiste de Belgique, 70 000 mineurs se mettent en grève pour l’augmentation des salaires. En quelques jours, la grève s’étend aux autres secteurs économiques ;
  • 15 mai 1941, le PCF appelle à un vaste rassemblement de tous les Français « sauf les capitulards et les traîtres* » qui voit naître le Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France ;
  • 18 mai 1941 en Belgique, pour mettre un terme à la grève, les Allemands augmentent les salaires de manière substantielle (8 %). Elle se termine officiellement le 18 mai 1941 mais avait été précédée, et fut suivie de nombreux mouvements sociaux ;
  • 19 mai 1941 avec d’autres femmes, Émilienne Mopty barre les routes et multiplie les manifestations ;
  • 26 mai 1941, la grande grève patriotique est lancée du puits du Dahomey ;
  • 27 mai 1941, le PCF coordonne la diffusion de la grève vers les autres puits de mine, en organisant un comité central de grève à Lens ;
  • 9 juin 1941, la grève cesse ; les mineurs ont obtenu des acquis sociaux mais le mouvement aura surtout favorisé l’émergence d’organisations de résistance plus puissantes. Des centaines de mineurs ainsi que de personnes qui les soutenaient paieront de leurs vies leur engagement.

En 11 mois, la Résistance montre sa capacité à mobiliser. C’est, avec le mouvement belge la plus grande grève ouvrière tenue dans un pays occupé. Des faits qui démentent les affirmations d’inféodation des communistes français (et belges) « aux ordres de Moscou » par les forces politiques réactionnaires ou réformistes qui tentent de faire oublier leur passivité, voire leur collaboration.

De la revendication sociale à la résistance politique

Le 26 mai 1941, à la fosse 7-7 Bis de la Compagnie des Mines [2] de Dourges et en pleine occupation nazie, dans un régime de collaboration de l’État avec l’occupant fasciste débute la première grande grève ouvrière de la Seconde Guerre mondiale. Cette fosse d’extraction du charbon, dite « du Dahomey* » est située à Montigny-en-Gohelle, commune d’un peu moins de 7 000 habitants, jouxtant Hénin-Liétard (aujourd’hui Hénin-Beaumont).

L’objectif officiel de la grève est revendicatif car les acquis de 1936 ont été abolis et la compagnie, pour répondre aux besoins des nazis a réintroduit progressivement le paiement des ouvriers à l’abattage (à la tâche – ndlr) par équipes. Les revendications sont très concrètes et portent sur le ravitaillement alimentaire, le savon et l’augmentation des salaires. Mais elle n’a rien de spontanée.

Des centaines d’arrestations, d’exécutions et de déportations

La grève se propagera ensuite dans tous les puits de mine du Nord et du Pas-de-Calais, mobilisant 100 000 mineurs, soit 80% des travailleurs. Elle s’arrêtera le 9 juin, les nazis finalement obligés d’accorder des suppléments alimentaires et des vêtements de travail. Enfin, le 17 juin le gouvernement de Vichy décrète une augmentation générale des salaires pour toutes les corporations. Mais la reprise du travail, à l’appel du Parti communiste, était surtout dictée par le changement de rapport de forces.

Car les nazis comme les collaborateurs, surpris par l’ampleur du mouvement, ont cependant immédiatement réagi par la répression. Les Allemands font fermer les cafés, restaurants et cinémas. Le 4 juin, le préfet décrète que seuls les non-grévistes ont droit aux rations spéciales (beurre, saucisses, fromage et savons). Dès le 28 mai, 27 mineurs d’Hénin-Liétard sont embarqués en direction de Valenciennes. Ils sont suivis de 32 autres le lendemain. Les gendarmes organisent des rafles dont une ramenant en dix-huit fournées 160 personnes dont 47 femmes, conduites aussitôt à la caserne.

Le 3 juin les nazis arrêtent « 200 agitateurs » avant la grande vague d’arrestations du 6 juin où sont réunis des centaines de femmes et d’hommes.

Le rôle des collaborateurs

Les victimes sont appréhendées sur la base de fichiers présentés par les préfets. Mais localement les collaborateurs, les cadres des compagnies minières et les maires pétainistes qui ont remplacé les élus en place, prennent une part active aux arrestations.

À Fouquières-lès-Lens, Augustin Gailliard racontait : « Le maire (SFIO et pétainiste) est passé dans la cité, accroché au marchepied d’un camion militaire et m’a désigné du doigt aux soldats en criant “Gailliard, tu peux préparer tes affaires”. Dans la demi-heure, je suis entré en clandestinité, avec d’autres camarades ». Une décision qui a évité le camp de concentration à ce militant communiste qui rejoignit les groupes armés. Des centaines d’autres n’auront pas eu cette occasion.

On compte officiellement 414 arrêtés et très souvent déportés mais les historiens citent des chiffres qui vont jusqu’à 600. C’est que la répression a frappé les mineurs grévistes tout au long de l’occupation, les nazis et l’État vichyste rattrapant les meneurs et autres agitateurs qui avaient échappé aux rafles de 1941.


Le rôle primordial des femmes

C’est aussi que les mineurs n’étaient pas seuls dans la lutte et que les femmes y jouèrent un rôle majeur.

Tout au long du mouvement, elles organisèrent le ravitaillement des grévistes, les distributions de tracts, des manifestations revendicatives mais aussi des barrages pour empêcher le passage des automitrailleuses. Jusqu’à une manifestation de 2000 femmes menées par Émilienne Mopty, parties le 4 juin 41 de Harnes jusqu’aux Grands Bureaux (siège de la compagnie - ndlr) à Billy-Montigny.

Beaucoup des meneuses du mouvement devront entrer en clandestinité pour poursuivre la résistance.


La grève finie la résistance devient quotidienne

Cependant, la répression [3] fut telle qu’il fallut cesser le mouvement car la peur commençait à gagner. Le 7 juin, la cour martiale de Lille condamne 15 personnes des deux sexes à 3 ou 5 ans de travaux forcés... la proportion de grévistes tombe de moitié ; le mouvement s’arrête à Carvin, Dourges, Drocourt et Ostricourt…

L’heure était à poursuivre la résistance sous d’autres formes.

L’histoire ne s’arrête pas là puisque ce mouvement aura permis de démontrer qu’on pouvait résister et que le mouvement de résistance, initié par l’Organisation Spéciale(O.S.) [4] verra ses forces grossir.

Les sabotages, débutés dès septembre 1940 passent de 5 en mai 1941 à 27 en juillet 1941 ; la production de charbon chute d’un tiers alors que les Allemands espéraient l’accroître de 35 %. La grève aura coûté 93 000 tonnes de charbon à l’industrie nazie et les sabotages frappent désormais toute l’activité économique.

La grève patriotique des mineurs en 1941 aura donc constitué un élément fondateur de la Résistance française. Et elle mériterait à ce titre une reconnaissance nationale.

 

Notes :

[1M.O.I. : Main-d’œuvre immigrée, organisation du PCF regroupant les communistes immigrés en France, dont de très nombreux Polonais, Italiens et Espagnols. Deviendra FTP-MOI à la création des FTPF.

[2L’extraction charbonnière est privée et appartient à des Compagnies.

[3Premières victimes : 270 mineurs sont déportés en juillet en Allemagne ;130 y laissent la vie. 130 autres, mineurs, seront fusillés à la Citadelle d’Arras.

[4Organisation Spéciale (OS) ; la plus ancienne des organisations de résistance, créée par le PCF.https://liberte-actus.fr/culture/histoire/article/la-greve-patriotique-de-100-000-mineurs-cette-resistance-qu-on-oublie

 

https://liberte-actus.fr/culture/histoire/article/la-greve-patriotique-de-100-000-mineurs-cette-resistance-qu-on-oublie

 

1941 : La grève patriotique de 100 000 mineurs, cette Résistance qu’on oublie
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