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Blog d'actualité politique

Ingénieur et pragmatique, qui est Miguel Díaz-Canel, l’homme qui dirige Cuba dans la tempête ?

Publié le 22 Mai 2026 par Vendémiaire in Caraïbes

© UNESCO/Christelle ALIX

© UNESCO/Christelle ALIX

Publié le 16 mai 2026 à 15:03 Mise à jour le 22 mai 2026

Premier président cubain né après la Révolution de 1959, Miguel Díaz-Canel incarne une nouvelle génération de dirigeants à Cuba. Ingénieur de formation, proche de Raúl Castro puis progressivement arrivé au sommet de l’État, il gouverne aujourd’hui l’île dans une crise inédite, en proie aux sanctions américaines. Entre continuité révolutionnaire et volonté de modernisation, portrait d’un dirigeant sous pression.

L’homme de 66 ans a vu le jour à Santa Clara, ville de 250 000 habitants du centre-ouest de Cuba et lieu d’une victoire militaire capitale de la Révolution le 28 décembre 1958 – la ville abrite à ce titre les restes du Che dans un mausolée dédié à la bataille. Le futur Président de Cuba est d’extraction populaire, sa mère est institutrice et son père mécanicien.

ormé comme ingénieur en électronique à l’Université Marta-Abreu de Las Villas, dont il sort diplômé en 1982, Miguel Díaz-Canel appartient à cette génération de cadres cubains davantage formés dans les universités que dans la lutte armée. Après son service militaire, il enseigne à l’université tout en s’engageant très tôt au sein de la jeunesse communiste cubaine, avant d’adhérer au Parti communiste de Cuba.

Il gravit progressivement les échelons du PCC, devenant responsable du Parti dans la province de Villa Clara pendant dix ans puis dans celle de Holguín durant six années. À Santa Clara, il se forge la réputation d’un cadre sérieux, discipliné et proche de la population, parcourant régulièrement la province à vélo pour aller à la rencontre des habitants. Son parcours est également marqué par une mission internationaliste au Nicaragua sandiniste entre 1987 et 1989.

L’héritier politique de Raúl Castro

Sa gestion locale remarquée lui permet d’intégrer dès 1991 le comité central du PCC (116 membres sur un total de 700 000 adhérents au PCC) puis, en 2003, le bureau politique du Parti dont il devient alors le plus jeune membre. Proche de Raúl Castro, il entre progressivement au sommet de l’État cubain.

Nommé ministre de l’Enseignement supérieur en 2009, il devient ensuite vice-président puis premier vice-président du Conseil d’État. Dès cette période, il apparaît comme le successeur désigné de Raúl Castro.

Raúl Castro ayant décidé de ne pas se représenter à la suite de son deuxième mandat (2013-2018), c’est Miguel Díaz-Canel qui sera élu le 19 avril 2018 président du Conseil d’État. Suite à une réforme constitutionnelle adoptée le 24 février 2019 par référendum, entre autres évolutions, la structure du gouvernement de Cuba est modifiée avec désormais un « Président de la République de Cuba » et une fonction de Premier ministre. Miguel Díaz-Canel sera réélu suite au changement constitutionnel Président de la République le 10 octobre 2019 avec pour Premier ministre depuis cette date Manuel Marrero Cruz. Il sera réélu pour un deuxième mandat le 19 avril 2023, en cours jusqu’en avril 2028.

Moderniser sans rompre avec la Révolution

Le chef d’État Miguel Díaz-Canel est un mélange de symbole et de pragmatisme. Symboliquement, il est le premier chef d’État né après 1959 et le triomphe de la Révolution cubaine. Son arrivée au pouvoir, avec une équipe renouvelée, représente la passation du pouvoir opérée par la génération historique qui a mené la Révolution armée. Ce passage a été progressif : Raúl Castro conserve la direction du Parti communiste jusqu’en 2021 et demeure encore régulièrement présent lors des grandes cérémonies officielles.

Le symbole réside aussi dans le choix du parcours de Miguel Díaz-Canel. Il a des pratiques innovantes et audacieuses pour effectuer certains changements institutionnels et économiques dans le pays. Depuis son arrivée au pouvoir, il mène une ligne mêlant modernisation économique et fidélité au système politique cubain. Sous sa présidence, plusieurs réformes importantes sont engagées : réforme constitutionnelle, suppression de la double monnaie en 2021, développement limité de l’initiative privée ou encore évolutions sociétales importantes concernant les droits des personnes homosexuelles, des enfants et des personnes âgées. Toutes ces transformations ont été menées dans le cadre du système issu de la Révolution cubaine. Les slogans « Somos Continuidad » (« Nous sommes la continuité ») ou « Yo Soy Fidel » (« Je suis Fidel ») marquent bien cette continuité politique. Sa grande mission a été – et continue d’être – l’institutionnalisation de la Révolution cubaine dans des structures étatiques pérennes, suite au passage de relais de la génération historique.

Gouverner Cuba dans la crise

Mais les années Díaz-Canel correspondent aussi à une période particulièrement difficile pour Cuba. À partir de 2017, l’administration Trump renforce fortement les sanctions américaines contre l’île avec plus de 240 nouvelles mesures coercitives. Maintenues sous Joe Biden, elles sont encore durcies depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Depuis janvier 2026, Cuba fait également face à un blocus pétrolier naval qui aggrave une crise économique déjà sévère. Inflation, pénuries, coupures d’électricité et difficultés d’approvisionnement pèsent lourdement sur la population cubaine.

Dans ce contexte, Miguel Díaz-Canel doit gérer une situation extrêmement tendue. Longtemps resté dans l’ombre politique de Raúl Castro, il s’affirme de plus en plus, notamment sur la scène internationale. En juillet 2025, il intervient publiquement pour condamner les propos d’une ministre ayant affirmé qu’il n’existait pas de mendiants à Cuba mais seulement des « gens déguisés en mendiants ». Une sortie qui avait provoqué une forte indignation dans le pays. « Aucun d’entre nous ne peut agir avec arrogance, avec suffisance, déconnecté des réalités que nous vivons », avait alors déclaré le président cubain. La ministre avait finalement démissionné.

Depuis l’aggravation de la crise énergétique début 2026, Díaz-Canel intervient régulièrement dans les médias pour expliquer la situation et détailler les réponses mises en place par les autorités cubaines. Son style sobre, sa formation scientifique et sa volonté d’apparaître au contact de la population nourrissent aujourd’hui une image de dirigeant travailleur et combatif dans une période particulièrement difficile pour l’île.

Il subit une énorme pression, avec y compris des menaces publiques contre sa personne venant de l’administration des États-Unis. Mais il continue d’appliquer sa méthode en travaillant patiemment, avec humilité, à tenter de trouver des solutions aux problèmes gigantesques qui se posent quotidiennement. Sa formation d’ingénieur et son expérience de professeur sont autant d’atouts dans cette période. Son travail acharné et son courage (n’hésitant pas à déclarer être prêt à donner sa vie pour défendre Cuba) sont reconnus par les Cubains, avec un respect croissant. Il est évident – à la lumière du contexte actuel – que Miguel Díaz-Canel ne cherche ni une place confortable ni la gloire mais défend son pays, avec sincérité, courage et abnégation. Sans compromission face à l’impérialisme.

Sans disposer du charisme de la génération historique de la Révolution, Miguel Díaz-Canel incarne désormais une autre étape de l’histoire cubaine.

 

https://liberte-actus.fr/international/ameriques/article/ingenieur-et-pragmatique-qui-est-miguel-diaz-canel-l-homme-qui-dirige-cuba-dans

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