30/07/2026, 15 h 35
Chypre, Parti progressiste des travailleurs [AKEL] | En Europe | Partis communistes et ouvriers
Déclaration du 24e Congrès marquant le centenaire du Parti communiste de Chypre (AKEL), 1926–2026 :
Un siècle de sacrifices et de luttes
1. Le 24e Congrès de l'AKEL salue avec un profond respect le centenaire du Congrès fondateur du Parti communiste de Chypre, tenu le 15 août 1926. Cet anniversaire marque une étape décisive : pour la première fois dans l'histoire de notre pays, les travailleurs et les travailleuses entraient dans l'arène de l'action politique, affirmant leur rôle de force motrice de l'histoire.
Le Congrès fondateur du Parti communiste de Chypre (CPCy) a marqué un tournant dans la vie politique de notre pays ; ses décisions ont défini la nature de la gauche chypriote et tracé sa voie. Le CPCy et ses militants ont affronté avec héroïsme les persécutions du pouvoir colonial, l'hostilité de l'establishment et de la classe dirigeante, ainsi que les préjugés sociaux les plus tenaces. Pourtant, ils ont réussi à faire rayonner nos grands idéaux dans notre pays et à jeter les fondations de notre Parti. L'AKEL, en reprenant le flambeau du CPCy, a considérablement étendu son rayonnement et son influence auprès du peuple chypriote. Il est devenu la force motrice des masses et s'est imposé comme la principale force politique du pays, jouant un rôle pionnier et affirmé au sein de la société et des communautés locales, des mouvements sociaux et du syndicalisme, ainsi que dans les institutions de l'État, tout en jouissant d'une grande considération en Europe et dans le monde entier.
Le 24e Congrès de l'AKEL contemple avec fierté ce siècle d'existence et de luttes. Il rend hommage, avec gratitude et respect, à tous les membres et cadres du Parti communiste de Chypre (AKEL) qui, au cours de ce siècle, ont affronté ennemis et adversaires, assassinats, persécutions et emprisonnements, ont été contraints à la clandestinité à deux reprises et ont fait face à des campagnes organisées de calomnie, à des défaites et à des revers ; pourtant, non seulement ils n'ont pas reculé, mais ils ont renforcé les liens unissant le Parti au peuple. Nous honorons les communistes pionniers qui ont semé la graine en 1926 et l'ont arrosée du sang et de la sueur de luttes héroïques et de sacrifices. Nous honorons les membres et cadres de l'AKEL qui, au fil de ces décennies, ont transformé cette graine en un arbre aux racines profondes, une force puissante au service du peuple et de notre patrie.
Dès sa fondation, le Parti communiste de Chypre s'est donné pour mission de défendre les causes justes et les droits des travailleurs et des démunis ; il est ainsi devenu le fondateur, l'esprit et l'âme du mouvement ouvrier, organisant et inspirant les premières luttes des travailleurs. La journée de huit heures, la sécurité sociale, l'indemnité de vie chère, le droit syndical et toutes les conquêtes — grandes ou petites — ayant amélioré la vie des travailleurs chypriotes portent la marque du Parti communiste de Chypre (AKEL), tandis que des réalisations populaires telles que le mouvement coopératif sont le fruit des luttes menées par la gauche et d'autres forces progressistes. Notre Parti a su forger, tant sur le plan théorique que pratique, l'alliance de la classe ouvrière avec la paysannerie pauvre, les travailleurs indépendants, les petites et moyennes entreprises, les femmes travailleuses soumises à une double exploitation, les retraités et les chômeurs. En tant que parti de tous les travailleurs de Chypre, l'AKEL — aux côtés du mouvement syndical de classe, tant au Parlement qu'à l'extérieur — demeure aujourd'hui la voix et la force des travailleurs, luttant pour des droits sociaux et du travail modernes, pour le rétablissement du mouvement coopératif et pour des politiques sociales novatrices destinées à soutenir les couches populaires et moyennes de notre pays. Le Congrès fondateur du Parti communiste de Chypre a défini la ligne de l'unité entre Chypriotes grecs et Chypriotes turcs dans la lutte pour la liberté et les moyens de subsistance ; cette politique a guidé toute l'histoire, la vision, la ligne politique et l'action de notre Parti jusqu'à ce jour. L'organisation et la lutte communes des travailleurs chypriotes fondées sur la solidarité de classe, le combat contre le nationalisme et le chauvinisme, la politique de rapprochement entre les deux communautés — une initiative propre à l'AKEL —, le développement d'une conscience chypriote commune unissant tous les Chypriotes tout en coexistant avec les identités ethniques et culturelles des communautés et des groupes religieux de notre pays, ainsi que la défense du caractère bicommunautaire de la République de Chypre, constituent des aspects fondamentaux de la politique du Parti communiste de Chypre (AKEL). L'unité entre Chypriotes grecs et Chypriotes turcs a été, est et continuera d'être le principe directeur de la gauche chypriote pour le siècle à venir, marqué par la poursuite de son existence et de son combat.
Le Parti communiste de Chypre (AKEL) a su, par ses politiques, ses luttes et ses sacrifices, conférer à la lutte pour la liberté de notre patrie et de notre peuple une dimension véritablement patriotique et anti-impérialiste, en s'opposant au colonialisme, aux interventions étrangères et à l'occupation étrangère. Il fut le premier à brandir l'étendard de la lutte pour briser le joug colonial britannique, alors même que l'élite locale s'était compromise avec l'administration coloniale. Il a pris la tête de l'organisation de la lutte politique de masse contre le colonialisme, ses cadres et ses membres payant le plus lourd tribut lors des premières phases de ce combat anticolonial. Il a mobilisé la population pour défendre l'indépendance de Chypre face aux manœuvres agressives de l'OTAN. Il a défendu la patrie contre les raids turcs des années 1960 et l'invasion turque de 1974, illustrant, par le sang versé par des dizaines de ses militants et membres, le véritable sens de l'amour de la patrie. Parallèlement, depuis l'époque du Parti communiste de Chypre, le Parti a toujours prôné la nécessité de bâtir un front anticolonial uni — comme il le fait aujourd'hui — et défend l'unité des forces dans la lutte contre l'occupation, la partition et le nationalisme, en vue de parvenir à une solution fondée sur les bases et le cadre convenus. La lutte contre la présence de bases et de « tuteurs » étrangers sur notre sol, ainsi qu'une résistance constante aux projets visant à arrimer notre pays à l'OTAN, font partie intégrante de la politique patriotique de l'AKEL.
Dès sa création, le Parti communiste de Chypre s'est heurté à l'ignorance, à l'obscurantisme religieux et aux préjugés sociaux de l'époque, tout en mettant en avant des valeurs et des revendications sociales progressistes. Il a porté des revendications radicales pour l'époque, telles que l'égalité entre les sexes, la protection des droits liés à la maternité, l'interdiction du travail des enfants, la gratuité de l'enseignement et la séparation de l'Église et de l'État. Au fil des décennies, notre Parti s'est opposé au conservatisme, à l'ordre établi et aux forces réactionnaires. Il a donné une place et un rôle aux femmes ainsi qu'à la jeune génération, et soutient les mouvements de femmes et de jeunes dans leur lutte pour conquérir la place qu'ils méritent au sein de la société chypriote. Aujourd'hui, l'AKEL et la gauche, en tant que pôle majeur des mouvements progressistes, sont à l'avant-garde des luttes, porteurs de revendications et d'actions pour la modernisation et la démocratisation de notre pays à tous les niveaux, pour les droits humains et les libertés démocratiques, pour la protection des minorités contre la discrimination et le racisme, pour un système éducatif démocratique et centré sur l'humain, ainsi que pour les changements radicaux exigés au sein de l'État et des institutions du pays.
Depuis sa fondation, notre Parti a suscité l'amour de la culture, de la science et de l'éducation au sein de la classe ouvrière et du peuple. Il a offert une tribune et un foyer à la pensée progressiste ainsi qu'à nombre des figures les plus éminentes de la littérature et des arts de notre pays. C'est ainsi que se sont définis la trajectoire et le caractère du Parti — et, plus largement, des organisations de masse de la gauche constituant le Mouvement populaire — comme un berceau dynamique de culture populaire et de sport dans les villages et les quartiers du pays ; une tradition à laquelle nous sommes déterminés à insuffler une vie nouvelle et un nouvel élan dans le contexte du XXIe siècle.
Le Parti communiste de Chypre (AKEL) a semé, au sein de la classe ouvrière et, plus largement, parmi les travailleurs de Chypre, les graines des idéaux communistes et de la vision socialiste, de l'internationalisme, ainsi que de l'amour de la paix et de la démocratie. Guidé par ces principes, le Parti avance depuis un siècle, force inébranlable et sérieuse, fondée sur des principes et une vision ; il lutte pour le présent tout en se tournant vers un avenir où la société et le monde seraient fondamentalement justes et pacifiques, exempts de toute forme d'exploitation : la société et le monde du socialisme.
Nous rendons hommage et honorons nos camarades qui ont donné leur vie et versé leur sang dans la lutte pour nos idées et nos idéaux, pour la démocratie et la liberté. Les combattants antifascistes chypriotes des Brigades internationales durant la guerre civile espagnole, ceux qui sont tombés dans la lutte anticoloniale, les volontaires de la Seconde Guerre mondiale ayant répondu à l’appel lancé par l’AKEL le 16 juin 1943 — appel qui constitue l’expression suprême de l’antifascisme, de l’internationalisme et du patriotisme —, les dirigeants du mouvement de démobilisation, nos camarades assassinés par le chauvinisme et l’anticommunisme grecs-chypriotes et turcs-chypriotes, ainsi que les défenseurs de la démocratie et de la liberté qui ont résisté au coup d’État et à l’invasion de 1974.
Le Parti honorera cet anniversaire marquant, avec toute la portée historique et politique qu’il revêt, d’une manière et avec un contenu dignes de l’événement. Cet anniversaire peut et doit servir d’occasion pour un travail d’éducation et d’auto-éducation au sein de l’ensemble du Parti, ainsi que pour encourager — plus largement au sein de la mouvance progressiste...
– la recherche universitaire ainsi que la création culturelle et artistique portant sur l’histoire du Parti communiste de Chypre (AKEL). Cet événement peut et doit également servir d’occasion pour franchir de nouvelles étapes dans la documentation de l’histoire des luttes populaires et sociales menées à Chypre, pour mettre en lumière la véritable histoire du pays ainsi que la vérité — occultée par l’historiographie officielle — concernant la contribution de la gauche à notre pays. Parallèlement, le centenaire du Parti doit constituer un jalon pour une réflexion idéologique et politique collective sur tout ce qui a émergé de notre parcours : notre identité, notre point de départ, les étapes clés franchies et notre destination. Une réflexion sur la pensée et l’action politiques dialectiques, sur l’audace révolutionnaire mais aussi sur la sérénité révolutionnaire dont le Parti a fait preuve chaque fois que cela s’est avéré nécessaire. Sur la résilience du Parti face à toutes sortes d’ennemis et d’épreuves, telles qu’aucune autre force dans ce pays n’en a jamais enduré. Sur le travail accompli parmi le peuple, aux côtés du peuple et pour le peuple. Sur les leçons tirées de nos erreurs et de nos faiblesses tout au long de ce cheminement. Sur la force et le courage du Parti dans sa quête de changement, de renouvellement constant et de développement. Avant tout, ce centenaire doit servir de tremplin pour l’avenir, pour le nouveau siècle de la gauche chypriote. Le 24e Congrès de l’AKEL transmet ce message : nous honorons notre histoire centenaire en poursuivant la lutte. L’AKEL aborde le deuxième siècle d’existence de la gauche chypriote avec optimisme, espoir et détermination. Pour Chypre et pour le monde que nous appelons de nos vœux.
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