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Blog d'actualité politique

Inflation en Europe, déflation en Asie ?

Publié le 11 Juillet 2026 par Vendémiaire in Asie - Chine, Europe

 Bankrx/shutterstock

Bankrx/shutterstock

par Amado Lebaube

Publié le 1er juillet 2026 

Alors que l’économie mondiale est bouleversée par les rivalités et la guerre économique, un contraste frappant émerge entre les deux rives de l’Eurasie. Tandis que l’Europe continue de lutter contre une inflation persistante, la Chine et ses voisins d’Asie de l’Est affrontent des pressions déflationnistes.

D’un côté, les prix augmentent, de l’autre, ils baissent. Les deux situations présentent de grandes difficultés. Explications.

Rappel sur l’inflation et la déflation

  • L’inflation est une hausse durable des prix : elle érode le pouvoir d’achat (et l’épargne), mais une inflation modérée peut stimuler l’activité — elle pousse à consommer plutôt qu’à épargner, et réduit le coût réel de l’emprunt tant que les taux nominaux ne s’ajustent pas ; si elle s’emballe, les banques centrales remontent leurs taux directeurs pour la juguler, ce qui freine à son tour l’investissement.
  • La déflation est une baisse persistante des prix : elle paraît d’abord avantageuse (notamment pour la compétitivité à l’export), mais pousse ménages et entreprises à reporter leurs achats, dans l’espoir de prix plus bas encore, ce qui contracte la demande, réduit la production, alourdit le poids des dettes et peut plonger l’économie dans une spirale récessive difficile à enrayer.

Une Asie sous pression déflationniste

En Chine, l’indice des prix à la consommation (IPC) n’a progressé que de 1,2 % sur un an, tandis que les prix à la production (IPP) ont bondi de 3,9 % (à cause des tensions internationales sur les approvisionnements). Cet écart s’explique par le fait que les entreprises chinoises, confrontées à une demande faible, choisissent d’absorber la hausse de leurs coûts (notamment énergétiques) plutôt que de les répercuter sur les consommateurs. Cette faiblesse de la demande intérieure est le cœur du problème : en 2025, la croissance chinoise a été portée pour un tiers par les exportations nettes, alors que la consommation des ménages reste en deçà de ses niveaux d’avant-pandémie. Les adversaires de la Chine pointent volontiers « les surcapacités chinoises », pour l’accuser d’exporter de manière très compétitive.
Pourtant, le reste de l’Asie de l’Est n’est pas épargné :

  • Le Japon voit son inflation stagner à 1,4 %, en dessous de l’objectif de 2 %, malgré des taux directeurs au plus haut depuis 1995. Le pays connaît depuis des décennies des spirales déflation-récession.
  • La Corée du Sud et Taïwan affichent une économie à deux vitesses : si les exportations liées à l’intelligence artificielle explosent, les secteurs industriels traditionnels déclinent face à la concurrence des produits chinois bon marché (c’est le cas aussi des batteries et des véhicules électriques).

Le contraste avec le choc d’offre européen

À l’opposé, la zone euro affiche une inflation de 3,2 % en mai 2026, principalement tirée par les coûts de l’énergie et des services. Ce décalage résulte de chocs de nature différente : là où l’Europe subit un choc d’offre négatif (énergie chère, pression sur les matières premières, les semi-conducteurs ou la RAM), la Chine souffre d’un problème de demande endogène. Selon ses concurrents, en « inondant » les marchés mondiaux de produits à bas prix pour compenser sa faible demande interne, la Chine finit par « exporter sa déflation », exerçant une pression supplémentaire sur les prix mondiaux.

Ce que la Chine conteste, par exemple dans un éditorial de Global Times daté du 30 juin : Décryptage de la logique sous-jacente au récit occidental du « choc chinois 2.0 ». Il y est remarqué que les excédents commerciaux ne sont attaqués que lorsqu’il s’agit de la Chine et, par ailleurs, que les produits bons marchés chinois soutiennent les classes moyennes des pays riches souffrant de l’inflation.

Le 15e Plan quinquennal : la réponse du Parti communiste chinois

Face à « l’insuffisance de la demande effective », la Chine a intégré dans son 15e Plan quinquennal (2026-2030) des mesures visant à rééquilibrer son modèle économique. C’est un point important des « Propositions du Comité central du Parti communiste chinois sur l’élaboration du 15e Plan », publiées fin octobre 2025. Les autorités prévoient de transformer le circuit économique national pour qu’il dépende davantage de la croissance endogène. Et donc réduire la dépendance aux exportations.

Les principaux leviers d’action sont les suivants :

  1. Relance de la consommation : Le plan prévoit d’augmenter la part des dépenses de services publics dans le budget pour renforcer le pouvoir d’achat des habitants. Il propose également de lever les restrictions sur l’achat d’automobiles et de logements et de créer des « centres de consommation internationaux » (par le tourisme en particulier).
  2. Réforme des revenus : L’objectif est d’aboutir à une structure des revenus en « ballon de rugby », en augmentant continuellement les couches moyennes et les revenus les plus faibles. Selon le Plan, la rémunération du travail doit désormais progresser au même rythme que la productivité et la croissance économique.
  3. Investissement dans le capital humain : Au lieu de se concentrer uniquement sur les infrastructures matérielles, le gouvernement chinois souhaite multiplier les investissements destinés à l’épanouissement des individus et au développement des ressources humaines (avec une priorité donnée à l’éducation et à la protection sociale).
  4. Unification du marché national : Pour lutter contre la baisse des prix destructrice, la Chine veut éliminer le « protectionnisme local » (des administrations régionales) et combattre la « concurrence à outrance » afin de favoriser une compétition basée sur la qualité et des prix « raisonnables ».

Un pari sur la technologie

Cependant, il faut noter que le PCC veut lutter contre la tendance à la baisse des prix en transformant la qualité des forces productives, et pas seulement en soutenant la consommation par la dépense publique. Pour la Chine, il n’y a pas de « surcapacités chinoises » : il y a des industries anciennes trop peu modernisées qui essaient de s’imposer par une guerre des prix, tandis que les nouvelles industries plus qualitatives se développent. Il s’agit donc pour eux de moderniser les vieilles industries en relevant la qualité des produits, tout en créant de nouvelles demandes développant de nouvelles offres.

Certains analystes, comme Asia Times, estiment ainsi que Beijing continue de privilégier l’innovation industrielle et technologique plutôt qu’un véritable rééquilibrage vers la consommation intérieure. Le pari de la Chine est que le développement de forces productives de nouvelle qualité finira par générer les revenus nécessaires pour soutenir la demande intérieure. Le 15e Plan insiste, il est vrai, à la fois sur la consommation et sur l’innovation, comme le montre la lecture du « Rapport sur le plan de développement économique et social » présenté le 5 mars 2026 devant l’Assemblée populaire nationale.

La transition d’une croissance tirée par les exportations vers un modèle soutenu par la consommation reste le défi majeur de la Chine. L’efficacité du 15e Plan sera déterminante pour savoir si le pays peut s’extraire de la spirale déflationniste ou si l’Asie continuera de diverger de la trajectoire inflationniste de l’Europe.

 

https://liberte-actus.fr/economie-et-industrie/economie/article/inflation-en-europe-deflation-en-asie

 

 

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