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Blog d'actualité politique

L'imprévoyance structurelle français

Publié le 27 Juillet 2026 par Vendémiaire in France-Politique - société

L'imprévoyance structurelle français

27.07.2026 

Par Yann

La France brûle, littéralement. Ainsi finit le second quinquennat de Macron dans le brasier d'un feu de forêt. C'est en un sens assez représentatif de tout ce qu'auront produit le macronisme et l'extrême centre au pouvoir en France depuis des décennies. Car il ne faut pas forcer le trait, Emmanuel Macron n'est que l'aboutissement d'une dérive qui date des années Giscard en réalité, c'est-à-dire depuis plus de 50 ans maintenant. Macron dont le premier quinquennat fut marqué par les gilets jaunes et l'incendie de Notre-Dame finit donc maintenant par un incendie géant dans la région de Bordeaux. Est-ce une fatalité ? Le produit d’une malchance malencontreuse contre le petit génie de la haute finance tel qu'il fut présenté en 2017 ? Évidemment que tout ceci n'est pas le fruit du hasard, pas plus que les crises à répétition que nous ne connaissons, pas plus que l'explosion des prix de l'électricité ou la désindustrialisation accélérée. Notre effondrement est le produit direct des politiques menées depuis 50 ans que ce soit sur la prévention des incendies, sur les politiques de santé, l'éducation ou sur les politiques économiques catastrophiques, résultat des chimères européennes.

 

Si chacun de ces problèmes a des origines propres qui en eux même ne sont pas directement le fait de nos dirigeants politiques, ils sont par contre le fruit d'une imprévoyance et d'une irresponsabilité massive de nos institutions dirigeantes. Tout le monde connaît le proverbe, gouverner c'est prévoir. Or dans tous les domaines, absolument tous, il n'y a plus aucune prévoyance ou vision. Notre pays est dirigé par des communicants qui pensent que gouverner c'est parler et distribuer des chèques. Alors on va se rassurer en se disant qu'il n'y a pas que la France qui est dans ce cas et c'est malheureusement vrai. Tout l'occident semble frappé d'une incurie spectaculaire à son sommet à commencer par le chef de l'Empire les USA. Si la France n'entretient pas convenablement ses forêts, qu'elle sous-investit dans ses services publics en général que dire des USA qui relancent une guerre contre l'Iran alors que leur stock d'hydrocarbure est au plus bas ?

 

Voyez donc l'Allemagne qui a construit tout un système de production énergétique sur des fadaises pseudoécolos à base d'éoliennes et de panneaux solaires, et qui s'effondre sans le gaz russe. Au passage, ce n'est pas notre sujet, mais le prix du gaz explose à nouveau et nous avons le marché de l'électricité européen qui s'emballe encore une fois. On n'a toujours pas agi contre ce système absurde pour la France qui indexe le prix de l'électricité sur celui du gaz alors que nous produisons notre électricité avec des centrales nucléaires. Là encore une absence totale d'action rationnelle de l'état qui aurait dû rompre avec ce système absurde depuis longtemps. Mais Macron préfère endetter l'état à subventionner une énergie au prix absurde pour la France plutôt que de remettre en question son totem européen. On a là encore une démonstration d'un phénomène idéologique de décisions arbitraire au plus haut niveau de l'état. Rappelons que rien n'oblige la France à participer au marché européen de l'électricité en pratique.

 

L'origine de nos problèmes

 

Alors à quoi tiennent ces décisions absurdes ou ce manque de prévoyance à tous les niveaux ? Il y a probablement comme souvent dans le monde réel une collection importante de facteurs explicatifs. La première explication c'est que la France n'est plus méritocratique. Les réseaux de relation personnels aujourd'hui comptent infiniment plus du niveau de compétence dont vous faites preuve. C'est un argument qui revient souvent surtout lorsque l'on compare avec la Chine. Une chine qui n'est pas du tout démocratique, mais qui est bien méritocratique, un héritage qui ne vient pas seulement du communisme, mais de la grande tradition confucéenne du pays. Rappelons que les examens permettaient dans l'ancien empire de renouveler les élites en réduisant la mécanique de l'endogamie sociale que produisait naturellement l'héritage sur plusieurs générations. Si la France fut par moment méritocratique, elle le fut dans l'immédiat après-guerre, ce ne fut pas tant l'école que les conflits qui permirent ces moments méritocratiques.

 

Dans sa longue durée, notre pays a toujours un problème d'endogamie sociale très forte au plus haut niveau de l'état. Il est certain que cette absence de méritocratie réelle en particulier dans les hautes sphères décisionnelles joue un rôle non négligeable dans la situation actuelle du pays. D'autant que le système des grandes écoles est véritablement devenu un système endogamique qui se partage les postes de la haute fonction publique. À cela s'ajoute la mauvaise habitude française de parachuter de jeunes diplômés sans expériences dans les hautes fonctions alors qu'ils devraient d'abord faire leurs preuves sur le terrain avant ça. Cet argument de la qualité des élites est à mon sens une explication qui a du poids, surtout lorsque l'on regarde la composition de nos dirigeants depuis quelques années. C'est devenu caricatural sous Macron.

 

Le second facteur c'est bien évidemment Emmanuel Todd qui nous l'apporte, l'effondrement des croyances collectives. Ce point est d'ailleurs sans doute lié au précédent. On est d'autant moins performant sur le plan intellectuel et pratique que l'on a peu d'attrait réel pour la fonction qu'on occupe. Président ou ministre, c'est devenu un job comme les autres, qui sert à faire des relations pour favoriser sa carrière. C'est à mettre en parallèle avec l'explosion du niveau de corruption au sein des fonctions politiques. On se sert plutôt que de servir. Et ce comportement est lié en partie à l'effondrement des croyances, qu'elles soient nationales ou religieuses. Mentir, tricher, se servir dans les caisses, tout est permis si vous n'avez pas le minimum de croyance dans l'intérêt de la probité et du service public et national. Il faut ressortir Montesquieu lorsqu'il décrivait si bien la fin des républiques  Pour l'intelligence des quatre premiers livres de cet ouvrage, il faut observer que ce que j'appelle la vertu dans la république est l'amour de la patrie, c'est-à-dire l'amour de l'égalité...Lorsque cette vertu cesse, l'ambition entre dans les cœurs qui peuvent la recevoir, et l'avarice entre dans tous. Les désirs changent d’objets : ce qu'on aimait, on ne l'aime plus ; on était libre avec les lois, on veut être libre contre elles. Chaque citoyen est comme un esclave échappé de la maison de son maître ; ce qui était maxime, on l'appelle rigueur ; ce qui était règle, on l'appelle gêne ; ce qui y était attention, on l'appelle crainte. C'est la frugalité qui y est l'avarice, et non pas le désir d'avoir. Autrefois le bien des particuliers faisait le trésor public ; mais pour lors le trésor public devient le patrimoine des particuliers. La république est une dépouille ; et sa force n'est plus que le pouvoir de quelques citoyens et la licence de tous. » Comment ne pas voir le lien avec la situation que nous observons aujourd'hui en France et en occident ?

 

Le dernier facteur, dont j'ai souvent parlé, est lié à la communication moderne. L'image, la vidéo et le son ont donné à l'apparence au rapide et à l'éphémère toute la place dans les politiques publiques. Le passage d'une civilisation de l'écrit à une civilisation de l'image est sans doute l'un des changements les plus importants du vingtième siècle. C'est particulièrement vrai dans des systèmes politiques qui sont basés sur le vote de représentants, je peine à parler de démocratie. Dans ces systèmes la communication moderne a totalement cassé le système politique pour favoriser les individus capables de mensonge et de flagornerie. La communication moderne favorise mécaniquement les professionnels du marketing et les adeptes du sophisme dans tous les domaines, et c'est particulièrement vrai pour la politique. C'est ainsi que nous sommes passé d'un De Gaulle à un Giscard, puis à un Chirac, pour finir avec un Macron. La chute est grande, mais elle a suivi en quelque sorte l'importance prise par la communication moderne dans le « choix » de nos représentants.

 

À cela s'ajoutent bien évidemment les ingérences des puissances d'argent dans un système qui bien évidemment cumule les arrangements entre puissants pour contrôler les élections dites libres dans notre pays. Lorsque l'on prend ces trois fondamentaux ensemble, on comprend tout de suite dans quelle impasse nous sommes et à quel point il va être difficile d'en sortir. D'autant que le monde a changé et que nous ne sommes plus en 1789. Renverser un régime défaillant est aujourd'hui beaucoup plus difficile, l'état ayant des moyens autrement plus violents que celui des vieilles monarchies du 18e siècle. Des moyens que l'état dégénéré français ne cesse d'amplifier d'ailleurs puisque s'il fait montre de peu d'intérêt pour les problèmes de ceux qui le font vivre, il sait par contre très bien comment accroître sa capacité à paralyser de façon préventive les éventuels dangers pour lui-même. Il n'y a plus d'argent pour l'école, la santé ou les incendies, mais par contre l'état dépense beaucoup pour sa police et de plus en plus pour son armée. Ce qui démontre que, bien que dirigés par des imbéciles, ces derniers ont compris qu'ils pourraient très mal finir si par malheur le peuple français demandait enfin justice contre ses bourreaux d'en haut.

 

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