par Hervé Poly
Publié le 21 août 2026
Membre des BRICS depuis 2024, l’Éthiopie poursuit l’une des plus ambitieuses campagnes de reboisement au monde. Derrière l’objectif de près de 50 milliards d’arbres plantés se dessine une stratégie bien plus vaste, celle de restaurer les terres dégradées, de renforcer la sécurité alimentaire, de développer l’économie rurale et d’affirmer le rôle de la deuxième nation la plus peuplée d’Afrique comme puissance du continent.
Profitant de la saison des pluies, l’Éthiopie accélère le déploiement de son programme Green Legacy (« Héritage vert »), lancé en 2019 à l’initiative du Premier ministre Abiy Ahmed.
Le « Green Legacy », un pilier du développement éthiopien
Cette année, Addis-Abeba ambitionne de franchir le seuil symbolique des 50 milliards d’arbres plantés, un chiffre qui ferait de cette campagne l’une des plus importantes jamais conduites par un État. Mais le gouvernement insiste désormais moins sur le nombre de jeunes plants mis en terre que sur leur pérennité. Les espèces retenues sont sélectionnées pour leur adaptation aux différents écosystèmes du pays, leur résistance à la sécheresse et leur capacité à limiter l’érosion des sols, un enjeu majeur dans plusieurs régions éthiopiennes confrontées aux effets du changement climatique.
Les collectivités locales et les administrations régionales assurent le suivi des plantations afin d’améliorer leur taux de survie, que les autorités estiment aujourd’hui supérieur à 80 %. L’objectif est de restaurer durablement les paysages dégradés tout en protégeant les ressources en eau et les infrastructures contre les conséquences des inondations et de l’érosion. Cette politique environnementale s’inscrit dans une vision beaucoup plus large du développement national. Pour Addis-Abeba, le reboisement constitue un investissement productif destiné à renforcer la résilience économique du pays autant que son patrimoine naturel.
Les BRICS et la montée en puissance d’un modèle africain
L’originalité du programme réside dans son articulation entre écologie et développement économique. Aux côtés des essences forestières indigènes, l’Éthiopie plante massivement des avocatiers, des manguiers, des papayers et des caféiers, intégrant pleinement l’agroforesterie à sa stratégie agricole. Cette approche poursuit plusieurs objectifs simultanément : améliorer la fertilité des sols, accroître les revenus des exploitations, renforcer la sécurité alimentaire, alimenter les industries agroalimentaires locales et créer des millions d’emplois dans les pépinières, les plantations et les activités de transformation.
Depuis son entrée au sein des BRICS, l’Éthiopie entend également démontrer que les pays émergents peuvent élaborer leurs propres politiques de développement durable, fondées sur leurs priorités économiques et sociales. Contrairement à une vision qui oppose parfois croissance et protection de l’environnement, Addis-Abeba fait le choix d’intégrer les deux dimensions dans une même stratégie de souveraineté.
Cette ambition dépasse d’ailleurs les frontières nationales. L’Éthiopie fournit plusieurs millions de jeunes plants à des pays voisins, renforçant ainsi la coopération environnementale en Afrique de l’Est et affirmant son rôle de puissance régionale.
Au sein des BRICS, où les questions de sécurité alimentaire, de lutte contre la désertification et d’adaptation au changement climatique prennent une importance croissante, Green Legacy apparaît comme l’une des politiques les plus emblématiques du continent africain. Plus qu’une campagne de reboisement, elle traduit la volonté d’un État de faire de la restauration des écosystèmes un levier de croissance, d’indépendance économique et d’influence régionale.
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