Casimir Vodjo Kpenou
Publié le 2 août 2026
Les prévisionnistes annoncent un renforcement du phénomène climatique El Niño dans les prochains mois. Les inondations en Afrique de l’Est et la sécheresse en Afrique australe pourraient se prolonger jusqu’au début de l’année 2027. Face à cette menace, l’on se demande si le continent dispose des moyens pour anticiper, cette fois, l’ampleur du choc à venir ?
El Niño est un phénomène climatique naturel provoqué par un réchauffement périodique des eaux de surface de l’océan Pacifique. Bien qu’il ne soit pas directement lié au changement climatique, les scientifiques estiment que ce dernier peut accentuer ses conséquences.
Ses effets varient fortement selon les régions. En Afrique de l’Est, notamment en Somalie, au Kenya, en Éthiopie ou en Tanzanie, El Niño est généralement synonyme de pluies diluviennes, de crues soudaines, de glissements de terrain et d’inondations qui détruisent les habitations et perturbent les services essentiels.
À l’inverse, l’Afrique australe, qui englobe notamment la Zambie, le Zimbabwe, le Malawi, la Namibie, le Botswana, le Mozambique et l’Afrique du Sud, est confrontée à une baisse importante des précipitations. Les sécheresses prolongées entraînent l’assèchement des cours d’eau, la perte des récoltes, la disparition des pâturages et une aggravation de l’insécurité alimentaire.
Des vies déjà bouleversées
Sur le terrain, les témoignages recueillis par l’ONU auprès des populations concernées donnent la mesure du problème. En Zambie, l’agricultrice Esnart Chongani raconte que la sécheresse de 2024 a détruit la récolte de maïs de sa famille, au point, dit-elle, de n’avoir jamais connu une situation aussi grave.
Au Malawi, Martha Kalumbi a vu sa famille privée de ressources après l’échec des récoltes ; son bébé a dû être hospitalisé pour malnutrition, une épreuve qu’elle décrit comme terrifiante. En Somalie, Asha Mohamed, mère de neuf enfants, a dû fuir son foyer après les inondations de 2023, se retrouvant incapable d’acheter des médicaments pour ses enfants tombés malades.
Au-delà de la faim, les inondations contaminent les réserves d’eau, favorisent la propagation du choléra et d’autres maladies hydriques, tandis que les eaux stagnantes deviennent des foyers de reproduction pour les moustiques, avec à la clé une recrudescence du paludisme.
L’anticipation, arme principale de la réponse humanitaire
Face à ce risque désormais bien identifié, les organisations humanitaires misent sur la capacité à prévoir El Niño plusieurs mois à l’avance. Entre 2023 et 2025, les financements consacrés à ce que l’on appelle « l’action anticipée » ont permis de venir en aide à plus de trois millions de personnes en Afrique australe et 5,5 millions en Afrique orientale, avec des aides débloquées avant la survenue des catastrophes plutôt qu’après.
À Madagascar, les familles ayant reçu à l’avance des transferts d’argent et des semences résistantes à la sécheresse ont connu une alimentation nettement meilleure que celles qui n’en avaient pas bénéficié. En Zambie, le gouvernement et ses partenaires internationaux investissent également dans des infrastructures de surveillance météorologique plus performantes, afin de détecter les risques le plus tôt possible.
Sur le plan international, la FAO et le Programme alimentaire mondial (PAM) ont lancé un appel conjoint destiné à venir en aide à 8,8 millions de personnes réparties dans 22 pays particulièrement exposés, à travers des aides en espèces, un soutien à une agriculture résistante aux inondations et à la sécheresse, ainsi que des mesures de protection du cheptel.
Une course contre la montre encore incertaine
Si les outils de prévision existent et si les mécanismes d’action anticipée ont fait leurs preuves ces dernières années, leur déploiement dépend directement des financements mobilisés à temps par la communauté internationale. « Le choix est simple, soit nous attendons que la catastrophe survienne, soit nous investissons dans la résilience », a déclaré le chef des secours d’urgence de l’ONU, Tom Fletcher.
Alors qu’El Niño menace de s’installer durablement jusqu’en 2027, cette capacité à transformer l’anticipation climatique en action concrète pourrait bien déterminer si l’Afrique orientale et australe traverseront cette nouvelle crise dans de meilleures conditions que les précédentes, ou si l’histoire, une fois de plus, se répétera.
Vodjo Kpenou Casimir est un journaliste béninois basé à Cotonou, titulaire d'une licence en journalisme de l'Institut Universitaire Panafricain de Porto-Novo (2019). Il a forgé son expérience dans des rédactions web africaines. Engagé dans la lutte contre la désinformation, il est membre actif de l'African Fact-Checking Alliance et contributeur au réseau Wikipédia pour l'Afrique francophone.
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