Criss Bailly
Publié le 7 août 2026
Le gouvernement guinéen a déposé le 27 juillet une demande de restitution portant sur les restes de l’Almamy Bocar Biro Barry et de trois de ses proches, conservés au musée de l’Homme à Paris. Cent trente ans après Porédaka, le dernier souverain du Fouta-Djalon pourrait retrouver une sépulture. Paris dispose désormais d’un cadre juridique pour répondre.
Le ministre guinéen de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, l’a annoncé le 6 août sur RFI : la Guinée a saisi officiellement la France le 27 juillet pour obtenir le retour du crâne de l’Almamy Bocar Biro Barry. La requête concerne également ceux de trois de ses proches, son père, son frère et son chef de guerre.
La démarche prolonge une première demande, formulée à la mi-juillet, portant sur les objets personnels de Samory Touré, parmi lesquels son Coran et son chasse-mouche. C’est à cette occasion que Conakry a sollicité des recherches sur les restes du dernier Almamy.
Fin juillet, la partie française a répondu car les crânes se trouvent dans les réserves du musée de l’Homme, à Paris.
Porédaka, novembre 1896
Treizième Almamy du Fouta-Djalon, chef politique et religieux d’un État théocratique fondé en 1725, Bocar Biro refuse les traités que lui présentent les émissaires français. Une colonne coloniale prend Timbo, la capitale, le 3 novembre 1896. Dix jours plus tard, dans la plaine de Bomba, près de Porédaka, l’artillerie française écrase ses quelque huit cents hommes, appuyée par des chefs foutaniens ralliés.
Sur ce qui suit, les sources divergent. Les travaux universitaires situent la mort de l’Almamy le jour même de la bataille. La tradition orale recueillie à Botorë, dans la sous-préfecture de Niagara, raconte qu’il échappe à la déroute, marche plusieurs jours pieds nus, fait ses ablutions au bord d’un marigot et remet ses talismans à un sofa de Samory Touré avant d’être abattu le 18 novembre. Les notables du village s’opposent alors à la mutilation du corps. Il est inhumé, puis exhumé et décapité par les vainqueurs, sa tête portée au commandant de Beeckman à Timbo. Le crâne prend ensuite la route de la métropole, comme trophée.
Le précédent malgache
Le dossier guinéen s’ouvre sur un terrain déjà défriché. Le 26 août 2025, au ministère français de la Culture, la France a remis à Madagascar trois crânes sakalava, dont celui attribué au roi Toera, décapité en 1897 lors du massacre d’Ambiky. Cinq ans plus tôt, une vingtaine de crânes avaient été rendus à l’Algérie.
La restitution malgache comporte cependant un enseignement moins commode. Malgré les analyses ADN et la confrontation des sources écrites à la tradition orale, le Muséum national d’histoire naturelle n’a pu établir avec certitude l’identité du crâne attribué à Toera. Deux des trois restes ont été identifiés sans difficulté comme sakalava mais le troisième reste présumé. Le comité scientifique mis en place à Conakry se heurtera vraisemblablement à la même limite.
Une inhumation, pas une vitrine
Les autorités guinéennes ont écarté toute exposition muséale après le rapatriement. Mohamed Amirou Conté, directeur général du Musée national de Guinée et membre du comité scientifique, invoque les traditions funéraires car les restes humains s’enterrent. Des obsèques nationales sont prévues. Le lieu d’inhumation n’est pas arrêté, entre Conakry et Timbo, l’ancienne capitale du Fouta théocratique. Bocar Biro repose aujourd’hui à Botorë, où son mausolée souffre d’un long abandon.
Ce que prévoit le droit français
La loi n° 2023-1251 du 26 décembre 2023 a instauré, au sein du code du patrimoine, une dérogation au principe d’inaliénabilité des collections publiques. Un État étranger peut demander la restitution de restes humains, à condition qu’ils soient destinés à retrouver une fonction funéraire. La procédure suppose un travail d’identification scientifique conduit avec les institutions françaises, puis une décision par décret. Dans le cas malgache, le décret a été signé le 2 avril 2025, près de trois ans après le dépôt de la demande.
Conakry table sur un délai d’un à deux ans. Le calendrier dépendra du rythme des travaux d’identification et de la réponse française, qui n’a pas encore été rendue publique.
Criss Bailly est un journaliste collaborant avec afrik.com, où il couvre une large palette de sujets allant de la politique à la culture, en passant par la santé et la société. Ses articles abordent des thématiques variées, telles que la responsabilité sociétale des entreprises en Afrique, la situation épidémiologique du Covid-19 au Gabon, ou encore des enquêtes sur des scandales internationaux impliquant des figures publiques. Il met également en lumière des figures marquantes du continent, comme l’écrivain Serge Bilé ou la chanteuse Dobet Gnahoré, à travers des interviews et des analyses approfondies. Son travail reflète un engagement à décrypter les dynamiques africaines contemporaines, tout en donnant une voix aux acteurs influents du continent.
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