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Blog d'actualité politique

Les structures économiques de la Chine, harmonie et développement

Publié le 7 Août 2026 par Vendémiaire in Asie - Chine

Les structures économiques de la Chine, harmonie et développement

Franck est rentré hier de Chine, et, au vu de ce qu'il a emmagasiné nous allons avoir pas mal de réflexions qui porteront sur deux points essentiels: 1- nous sommes loin de comprendre ce qu'est la Chine et la nature de son modèle de croissance ce qui est traité ci-dessous. 2- nous devons nous mêmes réfléchir dans un tel contexte à ce que signifie le socialisme et nos capacités à dépasser la simple référence à une nécessaire ré-industrialisation. Tout à fait d'accord avec Franck et cela correspond d'ailleurs à l'exigence d'une ré-interprétation du passé de l'expérience socialiste ses exploits et ses échecs parce qu'il est évident qu'il y a dans le socialisme une force prométhéenne que l'on nous a appris à souestimer. (danielle Bleitrach)

Publié par FRANCK MARSAL

le 

Article original pour le blog

Comme cela était souligné dans un article récemment publié sur Histoire&Société, le développement commercial international de la Chine a commencé par des industries de main d'oeuvre, le textile notamment. Cétait "des millions d'ouvriers et ouvrières chinois avec des machines à coudre". Il est vrai que, autant que sa souveraineté, la Chine doit son développement économique d'abord aux travailleurs, ouvriers, paysans, techniciens, ingénieurs ...

Aujourd'hui, la Chine a consédérablement changé, mais elle n'a pas abandonné ses premières industries et appuie toujours son développement sur ses travailleurs.

Petit aperçu des structures économiques de la Chine et des principes de leur développement :

L'économie chinoise est développée de manière multisectorielle, avec des formes diverses d'organisation économique et sociale. La Chine compte encore un nombre considérable d'agriculteurs, 169 millions de population active agricole (secteur primaire) en 2023. Ce nombre a beaucoup baissé (il était de 360 millions en 2000), mais c'est encore 22 % de la population active. Dans les villes, on constate une vivacité étonnante du petit commerce (petits magasins, restaurants, ateliers de réparations ...). Les services publics sont largement dôtés en emplois : dans les villes, d'immenses parcs avec de conséquentes brigades de jardiniers pour les entretenir, du personnel dans les trains, dans les stations de métro, à chaque coin de rue ou presque des toilettes publiques gratuites, avec là aussi l'entretien et la propreté assurés, dans les grandes artères, des agents de circulation. Il en résulte d'ailleurs un sentiment très agréable de sécurité bienveillante et attentive.

L'industrie présente la même diversité de structure et la même apparente quantité d'emplois. Prenons deux exemples : Au nord de Guangzhou, se trouve la ville de Huadu Shiling, qui est la capitale de la production d'articles en cuir. C'est une activité essentiellement de petite industrie que la Chine a su porter à un haut niveau. Peut-être la différence avec l'occident est que la Chine n'a pas considéré avec mépris l'industrie de main d'oeuvre. Celle-ci aussi doit se développer et se moderniser, en alliant développement des outils et développement des savoirs-faire, non seulement techniques mais aussi commerciaux et conceptuels. L'occident, comme chacun sait, a choisi de séparer la conception et le marketing d'un côté, considéré comme "activité à forte valeur ajoutée", de la fabrication elle-même, considéré comme une tâche sans valeur ajoutée, avec le seul objectif d'en réduire le coût en la délocalisant. La Chine n'a pas suivi ce chemin. A partir d'un premier atelier de transformation du cuir créé dans cette ville en 1978, on trouve aujourd'hui plus de 250 000 travailleurs, plus de 60 mille commerciaux réunis dans plus de 17 000 entreprises, pour une production de divers articles, dont par exemple 700 millions de sac à mains et produits de maroquinerie exportés dans 142 pays. Pour atteindre ce niveau de développement, une vaste infrastructure de commerce et de production a été créée qui supporte l'ensemble des petites industries : centre de recherche, centre de test des produits, facilitation des procédures douanières, marchés spécialisés, centre juridique de protection des droits de marques et de propriété intellectuelle. L'ensemble de la chaine de production a été modernisée de manière intégrée et avec une vision d'ensemble.

A l'opposé de cette petite industrie, la Chine a développé en quelques années une industrie automobile hors normes, la première mondiale avec une spécialité et une avance considérable pour les véhicules électriques qui donne des sueurs froides aux constructeurs des autres pays. C'est une industrie de très haut niveau technologique, incluant principalement la chimie de pointe (pour les batteries), la métallurgie (pour la structure et la caisse de la voiture) et l'electronique de pointe (tant en électronique de puissance pour la motorisation qu'en micro-électronique avancée et IA pour le pilotage de l'ensemble du système, avec la perspective de voitures autonomes. Il faut également des réseaux de services (maintenance et recharge des véhicules) de haut niveau (avec notamment une grande puissance pour les charges rapides). La Chine a produit en 2025 plus de 34 millions de véhicules, 3 fois plus que les USA et plus du tiers de la production mondiale (96 millions). Elle a également produit plus de 2 millions de camions lourds, et cela représente plus de la moitié de la production mondiale. On parle ici d'un secteur représentant probablement en Chine entre 5 et 10 millions d'emplois. La Chine compte plusieurs dizaines de constructeurs automobiles). BYD, le plus gros d'entre eux emploie à lui seul plus de 900 000 personnes, et a produit en 2025 environ 4 millions de véhicules. En 2023, BYD a ouvert la plus grosse usine d'automobiles mondiales à Zhengzhou. Cette usine intégrée (production de la plupart des composants de la voiture, dont les batteries sur le même site) a une superficiée de plus de 1000 hectares (10 km², soit trois fois la taille de l'usine Tesla de Berlin et presque la taille de la ville de San Francisco ou 1/10ème de celle de Paris). Elle employait à son ouverture en 2023 plus de 60 000 travailleurs, avec l'objectif de produire près de 2 millions de voitures par an.

Enfin, la Chine compte également un secteur public performant et efficace de grande taille : les chemins de fer chinois, par exemple, gèrent l'ensemble des infrastructures et des circulations ferroviaires de ce pays gigantesque. Près de 2 millions d'employés de China Railways gèrent l'exploitation de 160 000 km de lignes, dont 50 000 km de lignes à grande vitesse, le transport de 16 000 milliards de voyageurs-kilomètres, de 30 000 milliards de tonnes-kilomètres de fret et construisent annuellement plusieurs milliers de km de nouvelles lignes.

Dans le mouvement général et permanent, la société elle-même doit s'adapter. Cela repose notamment sur l'éducation nationale, qui forme à un haut niveau les nouvelles générations mais aussi sur un programme général de formation continue des travailleurs très ambitieux. Chaque employeur contribue à un fond collectif et de vastes programmes de formations sont développés, comme le programme "la compétence éclaire l'avenir", qui prévoit d'offrir entre 2025 et 2027 plus de 30 millions de formations sur les secteurs de pointe. Afin d'encourager la participation la plus large des travailleurs, des primes incitatives (jusqu'à 260 €) récompensent les travailleurs qui ont obtenus des certifications. Au premier semestre 2026, 1,2 milliards de yuans de primes ont été versées.

Ce tableau très sommaire des différentes structures d'emploi en Chine permet d'écarter la plupart des préconisations économiques habituelles en Occident :

La Chine n'oppose pas les secteurs économiques entre eux, ni le secteur public au secteur privé, ni la grande industrie au petit commerce ou au petit artisanat, ni la haute technologie aux industries dites "de main d'oeuvre". Au contraire, tous ces secteurs, toutes ces formes d'emploi forment un tissu économique global complémentaire, bénéficiant tous de l'appui de l'état et des subdivisions administratives pour leur développement. Le développement économique ne consiste pas à abandonner des secteurs considérés comme "à faible valeur ajoutée" pour se concentrer sur des secteurs supposés "à forte valeur ajoutée". Il consiste à développer qualitativement et quantitativement la valeur ajoutée de chaque secteur.

Chacun de ces secteurs participe à l'effort de modernisation constant, intégre en fonction de ses besoins ou de ses spécificités les nouvelles technologies, contribue au développement général, à l'accroissement des capacités productives, à l'accroissement du revenu global et à la réalisation des objectifs du plan. La modernisation permet à chaque secteur de trouver des conditions adaptées de développement. Il n'est donc pas indispensable ni préférable de "détruire" pour "créer", il est aussi possible et même préférable de transformer et de moderniser.

La Chine n'oppose pas davantage l'emploi qualifié à l'emploi non qualifié. Chacun a une place et contribue à l'activité générale et doit pouvoir tirer parti de la modernisation et des évolutions, avec la possibilité de plus en plus ouverte soit de rester dans son secteur, soit de changer d'activité afin de pouvoir améliorer sa situation.

L'état et les structures sociales ont dans ce schéma un rôle central : au travers de la planification, piloter et accompagner ces transformations rapides de l'économie et de la production afin de garantir à la fois l'évolution rapide et les équilibres.

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