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Blog d'actualité politique

N’oublions jamais cet été de chaos, ne pardonnons pas aux responsables

Publié le 31 Août 2026 par Vendémiaire in Ecologie-Climat, France-Politique - société

- © Cécile Guillard / Reporterre

- © Cécile Guillard / Reporterre

Par Amélie Mougey

31 août 2026

Les pires heures de l’été 2026 semblent derrière nous. Mais alors que les canicules, sécheresses et incendies s’éloignent, il ne faut oublier ni ces manifestations du changement climatique, ni leurs responsables, prévient la directrice de la rédaction de Reporterre dans cet éditorial.

Les températures ont baissé, la pluie est revenue, les flammes des incendies se sont calmées. Sur les chaînes d’information, les panaches de fumée, les sols craquelés, les hôpitaux bondés ont rendu l’antenne. La menace d’une énième canicule généralisée s’éloigne à mesure que la rentrée des classes approche. À l’heure où s’égrainent les bilans chiffrés d’un été de chaos — au moins 7 500 morts en excès liés aux canicules en France, plus de 300 morts par noyade, 25 000 sinistres causés par les incendies, qui ont généré 500 millions d’euros de dégâts —, un retour à la normale s’esquisse.

Il n’en est rien. Ce que nous venons de vivre n’est pas une parenthèse désagréable. Les personnes mortes dans des HLM sans volets, les nourrissons hospitalisés pour déshydratation, les animaux pris au piège par les flammes, les poissons morts par milliers dans les cours d’eau à sec, les arbres calcinés ou jaunis par la sécheresse et les récoltes perdues ne sont pas des faits divers.

Cet été, l’Europe n’a pas eu le luxe du déni. Elle a vécu dans sa chair les manifestations du péril climatique qui touchent une grande partie du monde et auxquelles le Népal fait face, de manière encore plus dramatique, aujourd’hui. Après l’été brûlant, place désormais aux tornades, orages, crues et glissements de terrain.

Faux débats et diversion

Cet été, alors que l’évidence était sous nos yeux, les tentatives de diversion, souvent grossières, se sont multipliées. La chasse aux pyromanes, le refrain sur la climatisation, les attaques contre les écologistes : ces faux débats ont saturé l’espace médiatique. Outils d’une stratégie bien huilée de maintien du statu quo, ils sont une insulte à la gravité de ce que nous vivons. Le sujet n’est pas là. Il n’est pas non plus de savoir « comment gérer notre écoanxiété » ainsi que nous y a invités, en plein mois de juillet alors que tout brûlait, une campagne de communication du gouvernement.

Cet été, bien sûr, nous avons eu peur. Pour nous, pour nos proches, pour la suite... Mais cette peur n’est pas une faiblesse individuelle, une difficulté à gérer nos émotions. C’est une alerte, un réflexe de survie qu’il serait dangereux de mettre en sourdine sitôt les pelouses reverdies. Cette peur est politique, puisque la canicule, les incendies et la sécheresse le sont.

Dans un pays où les services publics s’étiolent après des années d’attaques, les périls climatiques affectent les plus vulnérables et exacerbent les inégalités. L’enjeu n’est donc pas de sauver sa peau, de s’équiper, de s’adapter, puis de passer à autre chose en attendant l’été suivant. On peut toujours acheter des ventilateurs, climatiser, déménager : nous gagnerons quelques années, quelques degrés.

Mais nous devons nous rendre à l’évidence : face au chaos climatique, il n’y a pas de refuge. Ni en Bretagne, ni ailleurs. Quand les températures s’envolent, l’énergie nucléaire devient impilotable, les trains s’arrêtent et les transformateurs explosent. Rappelant, s’il le fallait, notre vulnérabilité : on ne s’adaptera pas dans un monde à +4 °C.

« L’autocongratulation d’Emmanuel Macron ne trompe personne »

Le moment est donc venu de tout repenser. De désigner les coupables, de les empêcher de poursuivre leur business as usual et de les faire payer. De rappeler qu’atténuer l’ampleur du désastre est toujours possible. Que cet enchaînement de canicules débuté en mai, que ces centaines de milliers de personnes déplacées par l’incendie en Gironde, que cette sécheresse dont l’agriculture pourrait ne pas se relever... sont le fruit de décennies de politiques climaticides.

L’autocongratulation d’Emmanuel Macron, satisfait d’avoir mené « un très gros travail » en matière de lutte contre le changement climatique, ne trompe personne. Pas plus que le ton goguenard d’un Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, qui ne se sent « aucune responsabilité », se félicite « d’apporter des solutions » et, dans sa grande bonté, offre le carburant aux pompiers.

Enrayer la terrible machine

Rien de tout cela ne nous fait oublier que TotalEnergies, comme ExxonMobil avant lui, a mené un intense lobbying depuis plus d’un demi-siècle pour maintenir et décupler les activités à l’origine de ce que nous avons vécu cet été. Ce sont ces décennies de propagande et de fabrique du doute qui leur permettent, aujourd’hui encore, d’afficher des profits hors normes. Car le lien entre combustion des énergies fossiles et réchauffement climatique est connu depuis près d’un siècle. Les effets dévastateurs de nos économies capitalistes ne sont plus à prouver. Et pourtant, on s’acharne à construire des autoroutes et l’on annonce bétonner des terres agricoles pour de nouveaux parcs d’attractions.

Qu’attendons-nous pour faire cesser ces destructions ? À Reporterre, nous savons que les luttes peuvent être victorieuses, que des alternatives existent, qu’agir collectivement permet de tromper la peur et le découragement, et que des grains de sable, pourvu qu’ils soient nombreux, peuvent enrayer la terrible machine capitaliste.

Alors, tandis que dirigeants et capitaines d’industrie s’enfonceront dans le déni pour maintenir un ordre social qui les préserve des ravages qu’ils ont eux-mêmes créés, des centaines de milliers de personnes pourraient bien rivaliser d’imagination pour ne plus les laisser nous nuire en toute impunité.

 

Lire aussi : Des étés toujours plus chauds : visualisez l’explosion des températures depuis 40 ans

 

                                            

https://reporterre.net/Apres-cet-ete-de-chaos-la-colere-ne-doit-pas-retomber

 

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