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Blog d'actualité politique

Que cherche Netanyahou ?

Publié le 13 Août 2026 par Vendémiaire in Moyen Orient-Asie Mineure

Que cherche Netanyahou ?

Publié le 12 août 2026

Le premier ministre israélien a sèchement refusé la feuille de route en quinze points visant à faire avancer le plan de paix pour la bande de Gaza. Sur le terrain libanais, l’armée israélienne poursuit ses opérations et l’accord de cessez-le-feu est mourant. 

Pendant une dizaine de jours, le 1er ministre israélien n’a pas dit un mot à son sujet. Et puis finalement, le 9 août, il a dit « non »« Non » au plan en quinze points présenté par le Conseil de paix, organisme créé par Trump pour faire appliquer son plan pour la bande de Gaza.

Adopté en grande pompe à Charm el-Cheikh le 13 octobre 2025 et adoubé par le Conseil de sécurité de l’ONU le 17 novembre 2025 sous le nom de résolution 2803, ce plan n’est toujours pas appliqué. Même l’application de la première phase piétine.

« Non », donc, à la dernière tentative en date de sortir de l’ornière et de passer à une deuxième phase pour le moins fantomatique. Le Conseil de paix annonçait pourtant avec fierté et soulagement la mise au point de cette feuille de route, la décrivant comme une « avancée historique » après « des mois de négociations intensives et de bonne foi ».

« Le Conseil de paix et les pays médiateurs, à savoir l’Égypte, le Qatar, la Turquie et les États-Unis, sont heureux d’annoncer aujourd’hui que le Hamas a accepté une feuille de route détaillée pour la mise en œuvre des prochaines phases du cessez-le-feu à Gaza », se félicitait le Conseil de paix. L’administration Trump s’exclamait, force majuscules à l’appui, qu’allait advenir « une étape monumentale vers une PAIX et une SÉCURITÉ durables ». Les chancelleries et nombre de médias occidentaux embrayent.

Tous insistent alors sur l’acceptation par le Hamas des modalités de son désarmement, comme si le seul obstacle au plan Trump résidait là. « Un processus d’inventaire et de stockage des armes lourdes, des sites de production militaire, des dépôts d’armes et des tunnels sera lancé après l’achèvement des obligations restantes au titre du Protocole de Charm el-Cheikh, l’entrée du Comité national et le déploiement de la Force internationale de stabilisation », processus « lié au retrait progressif d’Israël des zones qu’il contrôle à Gaza et à l’inventaire des armes détenues par les milices armées », lit-on dans la version préliminaire publiée le 31 juillet.

 

Diplomatie sans lendemain

Le texte précise également le sort des fonctionnaires et policiers de la bande de Gaza, qui – après examen – pourront intégrer l’administration palestinienne ou toucheront des indemnités ou leurs droits à la retraite. Les milices supplétives d’Israël devront elles aussi rendre leurs armes et ne seront pas intégrées dans les « appareils de sécurité ».

Enfin, précise le point 13, « les forces israéliennes achèveront leur retrait progressif de la bande de Gaza selon un calendrier convenu, comme le prévoit la section 8 du plan, qui inclut l’engagement de ne contraindre personne à quitter la bande de Gaza ».

Comme souvent dans la région, plans de paix et accords de toutes sortes, l’espoir est douché par des frappes meurtrières à peine l’encre sèche. Dans la journée du 1er août et lors de la nuit qui suit, des bombardements israéliens tuent seize personnes et détruisent deux entrepôts de médicaments. Tel-Aviv semble bien décidé à poursuivre une politique décrite par le bureau des affaires humanitaires (dans son bulletin hebdomadaire daté du 7 août) en ces termes :

« Des frappes aériennes quotidiennes, des bombardements, des tirs d’armes à feu et des tirs navals ont été signalés, principalement à l’ouest de la ligne de déploiement convenue, connue sous le nom de “ligne jaune”, où la quasi-totalité de la population, soit 2,1 millions de personnes, reste concentrée sur moins de la moitié de la bande de Gaza, dans des conditions de surpeuplement extrême. »

Nickolay Mladenov, le diplomate bulgare qui préside le Conseil de paix, habituellement peu enclin à réprimander Tel-Aviv, laisse éclater sa colère le 2 août :

 « Mon équipe et moi-même travaillons sans relâche avec les parties, les médiateurs et les partenaires régionaux, afin d’apaiser les tensions et de créer les conditions nécessaires à la mise en œuvre intégrale du plan du président. Parvenir à une paix durable est difficile, mais cela reste possible si chacun met tout en œuvre ».

Il se montre bien plus conciliant après une rencontre avec le 1er ministre israélien Nétanyahou. Revenant sur les termes de la feuille de route, comme le souligne le chercheur Hugh Lovatt, Mladenov assure qu’Israël n’a pas à se retirer avant que le Hamas remette l’ensemble de son arsenal. Il tord la réalité du terrain, en prétendant que l’armée israélienne n’est pas déployée au-delà de la « ligne jaune », tracée par les Israéliens et qui ampute déjà le territoire palestinien de 53 % de sa superficie, et ce alors que les militaires israéliens eux-mêmes reconnaissent occuper plus de 60 % de l’enclave.

 

Raisons électorales

 

La feuille de route du Conseil de paix ressemble déjà à ses aînées : une initiative diplomatique sans lendemain. Car les concessions du Conseil de paix ne servent à rien. Dans une déclaration préliminaire au conseil des ministres du 9 août, Nétanyahou y répond d’un refus catégorique :

« Israël n’accepte pas le document en quinze points. Les Forces de défense israéliennes ne procéderont à aucun retrait tant que le Hamas n’aura pas été véritablement désarmé, et elles continueront à neutraliser les menaces qui pèsent sur nos forces et nos citoyens. »

Ce faisant, il s’oppose frontalement à son allié Trump. Qui ne réagit pas à l’enterrement brutal de ce qu’il célébrait quelques jours avant. Le 1er ministre israélien prend aussi à témoin ses électeurs, alors que les législatives approchent.

« Nétanyahou est confronté à un problème électoral : il n’est pas en tête dans les sondages et il fait l’objet de critiques au sein du Likoud, que certains de ses poids lourds ont quitté, décrypte pour Mediapart l’analyste politique israélien Menachem Klein. Il doit donc affirmer sa position d’extrême droite et regagner sa base électorale. Pour cela, il doit montrer qu’il soutient les objectifs de guerre, à savoir l’élimination totale du Hamas, et donc s’opposer à Trump. »

L’analyse de l’ancien professeur de sciences politiques à l’université Bar-Ilan et ancien négociateur sur la question de Jérusalem est partagée en Israël. « Nétanyahou craint que le fait d’accepter sans résistance les cadres proposés par Trump à Gaza et au Liban risque d’éroder le soutien de sa base, et de pousser les électeurs du Likoud vers des partis encore plus à droite »écrit le chroniqueur Joshua Leifer dans le quotidien Haaretz.

Il rajoute : « Les partenaires de coalition de Nétanyahou – le Parti sioniste religieux de Bezalel Smotrich et Force juive d’Itamar Ben Gvir – ont appelé à la réoccupation de Gaza, à sa recolonisation et à l’expulsion des Palestiniens qui y vivent. De même, les franges extrêmes du mouvement des colons font pression pour occuper et coloniser le sud du Liban et la Syrie. »

Au Liban se joue en effet le même théâtre d’ombres que dans la bande de Gaza : négociation d’un accord dont on se félicite avec force enthousiasme quand il est signé, mais le glaive continue son œuvre sur le terrain comme si de rien n’était.

L’armée israélienne poursuit ses opérations militaires de destructions sans l’ombre d’une volonté de se retirer. Comme si l’accord de cessez-le-feu du 3 juin 2026 n’existait pas. Sans même un froncement de sourcil de Marco Rubio, le secrétaire d’État états-unien tout acquis à Israël, ni une exclamation en majuscule de Trump. Et on en vient à négocier l’application de l’application de l’accord comme pour la bande de Gaza.

 

Pari libanais

 

La trêve conclue à Washington le 3 juin sous le parrainage des États-Unis prévoyait, outre l’arrêt complet des tirs du Hezbollah et l’évacuation de ses combattants de la zone au sud du fleuve Litani, le retrait progressif de l’armée israélienne des parties du territoire libanais qu’elle occupe, avec la création de « zones pilotes » où devait se déployer l’armée libanaise.

Le protocole d’accord a été si peu respecté et les morts, dues à des frappes israéliennes dans leur immense majorité, ont été tellement nombreuses, qu’un nouveau cessez-le-feu a été négocié le 19 juin. Sans effet notable. Ces dernières semaines, les journaux libanais égrainent chaque jour les destructions et attaques de l’armée israélienne.

 

Sources : Médiapart

 

 

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