30 septembre 2026
20 % d’effectifs en moins à Voltalia, 73 postes supprimés à Valorem... Alors que les plans sociaux se multiplient dans le secteur des énergies renouvelables, une manifestation se tenait à Paris pour tirer la sonnette d’alarme.
Ce n’est plus une ombre nuageuse, c’est une éclipse totale. Le 29 septembre, les travailleurs du secteur des énergies renouvelables tiraient une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur la situation de leur filière. À Paris, ils étaient près de 150 devant les portes du colloque du Syndicat des énergies renouvelables (SER) pour attirer l’attention sur la vingtaine de plans sociaux déjà annoncés cette année.
Ainsi, le groupe allemand RWE, qui avait déjà supprimé une quarantaine de postes en France en 2025, envisage de se séparer de plus de la moitié des 208 postes restants. Et ce n’est pas le seul : 73 postes chez Valorem, pionnier des renouvelables en France, une cinquantaine de postes sur 400 à Urbasolar tandis que Voltalia, filiale du groupe Mulliez (Auchan) va rogner 20 % de ses effectifs.
Et les plans sociaux ne sont que la partie visible de la casse sociale en cours. Car dans toutes les entreprises du secteur de l’éolien terrestre ou du solaire, on évoque des départs volontaires, des non-remplacements. La conséquence d’une réduction délibérée de toutes les aides publiques aux renouvelables, y compris au prix de l’emploi. Et si le secteur du solaire en est la première victime, toutes les branches sont concernées : éolien terrestre, biogaz, bois-énergie.
« C’est une aberration de détruire de l’emploi dans une filière dont on sait qu’elle a un avenir »
Pour Anne Debregeas, porte-parole de la fédération Sud-Énergie, c’est une « aberration de détruire de l’emploi dans une filière dont on sait qu’elle a un avenir ». Elle est venue le 29 septembre pour « visibiliser un plan social à l’échelle d’un secteur ». À ses côtés, Fabrice Coudour, secrétaire général de la puissante fédération de l’énergie de la CGT (FNME-CGT) assure « se tenir aux côtés des salariés touchés dans cette lutte ». Pour lui, « le coût de la transition énergétique ne doit pas être social ».
Plusieurs parlementaires LFI avaient fait le déplacement pour marquer leur soutien mais également le député du Rhône Jean-Luc Fugit, l’un des rares macronistes à maintenir son appui aux renouvelables. Plus original, les représentants des organisations patronales du secteur sont venus saluer les salariés : France Renouvelables et le Syndicat des énergies renouvelables. « On ne peut qu’être solidaire de ce combat », assure Jules Nyssen, son président, qui déplore que les renouvelables soient aujourd’hui « désignées comme un ennemi économique » quand bien même le secteur aurait rapporté près de 2,7 milliards de retombées diverses dans les collectivités.
La revendication première du secteur c’est d’avoir enfin une visibilité à long terme. Sauf que l’hypothèse désormais dans toutes les têtes est celle de l’absence totale de soutien public aux renouvelables en 2027, qui aboutirait à un moratoire de fait et menacerait une large part des 80 000 emplois directs. Même EDF Power Solutions, la filiale du groupe français dédiée aux renouvelables, se restructure déjà en cédant toutes ses activités en Amérique du Nord à un fonds d’investissement étasunien.
Baisses de financements tout azimut
En France, « le marché est paralysé » constate Laurent Smagghe, secrétaire du CSE d’EDF-PS. « On a des réductions de coût partout et des contrats qui s’arrêtent avec les prestataires. » La crise commence à s’étendre aux plus petites structures comme Énergies partagées, qui pour l’instant n’a pas été jusqu’à licencier, mais les salariés sentent bien que « l’instabilité politique impacte d’abord les acteurs les plus vertueux », déplore Cécile Gueguen, responsable du plaidoyer.
Difficile de créer une dynamique coopérative et locale quand on ne sait même pas si l’on pourra financer un seul poste de coordination durablement. Surtout que ces structures pâtissent aussi des autres baisses de financements tout azimut, dans les collectivités, le secteur associatif et les agences de l’État comme l’Agence de la transition écologique (Ademe). Cette dernière pourrait être amputée d’encore 30 % dans le nouveau budget, après d’importantes réductions les années précédentes.
Pour Léo Mariasine, venu soutenir la mobilisation au nom du collectif Agences en lutte qui prévoit à son tour une assemblée générale lundi 7 octobre, « non seulement on n’investit pas assez dans la transition écologique, mais on détruit désormais des emplois à la fois dans l’atténuation et dans l’adaptation ». Comme une politique écologique à qui on aurait coupé les deux jambes.
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