De gauche à droite : Philippe Folliot, Daniel Gremillet, Sylviane Noël, Dominique Estrosi Sassone, François Bonhomme, Kristina Pluchet et Bruno Retailleau. - © Reporterre
23 septembre 2026
Dimanche 27 septembre, la moitié du Sénat sera renouvelée par les grands électeurs qui choisiront de prolonger ou non le mandat de plusieurs sénateurs, dont certains mènent une offensive anti-écologique. Portraits.
Depuis sa loi, qui a voulu réautoriser l’acétamipride et a réussi à faciliter la vie aux fermes-usines et aux mégabassines, le sénateur Laurent Duplomb est passé à la postérité. En pointe pour la promotion d’une agriculture industrielle qui fait fi des pollutions, de la biodiversité et du climat, il donne désormais le la sur ces questions à la chambre haute. Dans son sillage, les sénateurs de droite Vincent Louault, Franck Menonville et Pierre Cuypers ont aussi bataillé pour le retour des pesticides néonicotinoïdes, ou pour une moindre protection des zones humides.
Lors des élections sénatoriales de dimanche 27 septembre, les sièges de ce quatuor ne sont pas remis en jeu, le Sénat étant renouvelé par moitié. Mais ils ne sont pas seuls à mener l’offensive anti-écologique. Les grands électeurs pourront choisir — ou pas — de renouveler le mandat d’autres parlementaires. Ces derniers ont peut-être moins fait la une des médias, mais ont eux aussi fait leur part contre les éoliennes et la « figure pouponne » de Greta Thunberg, pour le béton et le nucléaire.
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Daniel Gremillet, sénateur LR des Vosges, 73 ans
À l’instar de Laurent Duplomb, il est aussi membre des Républicains (LR) et agriculteur. L’éleveur est entré en politique par le syndicalisme : d’abord aux Jeunes agriculteurs, puis son aînée, la FNSEA — le syndicat productiviste —, ce qui lui a permis de devenir président de la chambre d’agriculture des Vosges de 1989 à 2014.
Pour Daniel Gremillet, l’atome doit être massivement relancé
Mais c’est dans le domaine de l’énergie que ce sénateur des Vosges en poste depuis 2014 s’est illustré. Damant le pion au gouvernement, en retard sur sa programmation pluriannuelle de l’énergie, il a concocté la sienne et l’a déposée sous forme de proposition de loi. Au menu : une relance massive de l’atome pour « maintenir la part du nucléaire dans la production d’électricité à plus de 60 % à l’horizon 2030 et un mix de production d’électricité majoritairement nucléaire à l’horizon 2050 ». Une façon de limiter, en regard, le développement des énergies renouvelables. Au point qu’à l’Assemblée, ses collègues de droite et d’extrême droite se sont faufilés par cette porte ouverte pour intégrer au texte un moratoire sur le développement de l’éolien et le photovoltaïque.
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Le texte a finalement échoué dans les couloirs du Parlement et le gouvernement a publié sa propre programmation. Mais le parlementaire de 73 ans aura réussi à peser : ce décret pousse le nucléaire et invite l’éolien terrestre à s’équiper en turbines plus puissantes avant d’implanter de nouveaux mâts.
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Dominique Estrosi Sassone, sénatrice LR des Alpes-Maritimes, 67 ans
La Niçoise occupe depuis 2023 le poste de choix de présidente de la commission des affaires économiques du Sénat. À ce titre, elle a la main sur l’agenda et son avis compte fortement au moment des votes de ses collègues sur les différents textes de loi. Elle a donc été un relai de poids pour toutes les mesures anti-écolos portées par sa majorité.
Sur l’énergie, elle s’est impliquée aux côtés de Daniel Gremillet et sa loi puisqu’elle en est coautrice avec un autre membre de poids de LR, Bruno Retailleau.
Dominique Estrosi Sassone est un soutien indéfectible de Laurent Duplomb
Sur les questions agricoles, elle a été un soutien indéfectible de Laurent Duplomb. Elle se montre sensible aux propositions de la FNSEA et, déjà en 2023, elle reprenait leur demande que « l’eau agricole pour produire l’alimentation [soit] prioritaire au même niveau que pour la gestion de la biodiversité ». Une mesure similaire à celle finalement adoptée cet été dans la loi d’urgence agricole, sorte de loi Duplomb bis qui a réintroduit des pesticides, multiplié par deux les objectifs de stockage d’eau et facilité les tirs de loups. Cette dernière mesure a été ardemment défendue par la sénatrice, élue d’un département pastoral.
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Philippe Folliot, sénateur centriste du Tarn, 63 ans
Député du Tarn depuis 2002, sénateur depuis 2020, c’est sa défense constante et véhémente de l’autoroute A69 entre Toulouse et Castres qui lui vaut sa présence dans notre palmarès. Il affirme même être celui qui a relancé le projet en 2003 et qualifie les opposants de « bobos toulousains qui prennent en otage tout un territoire ».
Pour Philippe Folliot, les opposants à l’A69 sont des « bobos toulousains qui prennent en otage tout un territoire »
Cet engagement s’est traduit lors de son mandat au Sénat par le dépôt d’une proposition de loi, avec sa collègue centriste Marie-Lise Housseau, visant à relancer le chantier de l’A69. Le texte avait été déposé le 18 mars 2025, moins d’un mois après la décision du tribunal administratif de Toulouse (Haute-Garonne) qui avait annulé le projet et suspendu les travaux, estimant « qu’au vu des bénéfices très limités [...], il n’est pas possible de déroger aux règles de protection de l’environnement ». Une décision insupportable pour le sénateur, qui a voulu contourner la décision judiciaire via la loi. Finalement, le chantier a pu reprendre sans ce coup de pouce et les arrêtés ont été validés par la justice. « C’est une question d’équité territoriale » et le projet a le « soutien de la quasi-totalité des élus et acteurs économiques et sociaux du territoire », soutient-il auprès de Reporterre.
En réponse à nos questions, il souligne avoir travaillé sur la restauration de la « nature » et la protection des espaces maritimes. Mais il a aussi défendu la simplification des règles pour les retenues collinaires via la loi d’urgence agricole. Pour résumer sa position : « L’écologie ne peut pas être une politique dogmatique et punitive qui se construit contre les territoires ruraux. »
Dans un tout autre registre, M. Folliot est aussi spécialiste des questions de défense. Selon Le Canard enchaîné, il aurait utilisé ce statut pour aider sa compagne chinoise dans des démêlés judiciaires et financiers ayant fait gagner à cette dernière 250 millions d’euros. L’élu de 63 ans réfute des « accusations mensongères ».
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François Bonhomme, sénateur LR du Tarn-et-Garonne, 57 ans
Le sénateur LR du Tarn-et-Garonne François Bonhomme aime lancer des anathèmes contre les défenseurs de l’environnement depuis le Palais du Luxembourg. Celui qui a été maire de Caussade de 2008 à 2016 y a défendu bec et ongle l’autoroute A69, en soutenant la proposition de loi pour relancer ce chantier écocide. Selon l’élu, ce texte est une réponse « à ceux qui tentent de faire échouer ce projet pour des raisons purement idéologiques ». C’est-à-dire les associations « qui s’autoproclament écologistes et sont trop subventionnées par les collectivités publiques » et qui, selon lui, « légitiment l’action violente de militants extrémistes, au nom de ce qu’ils appellent la désobéissance civile, qui n’est que l’autre nom du mépris de la majorité silencieuse ».
Pour François Bonhomme, les opposants à l’A69 sont des « militants extrémistes »
L’élu s’est indigné de la venue sur l’A69 de la militante suédoise Greta Thunberg, « réussite marketing à la figure pouponne de la lutte pour le climat, pur produit des adultes consentants et jamais assez repentants à son égard ». Il s’interroge sur les chefs d’État qui « se couvrent la tête de cendres devant cette jeune adolescente, gourou médiatique qui fait la leçon à tout le monde ». Et de finir, appuyé par les rires de ses collègues Les Républicains, Horizons et centristes, par décrire le « spectacle affligeant » d’adultes qui « se prosterne[nt] devant la version la plus gnangnan de la propagande et de l’infantilisme climatique ».
Le sénateur a encore sorti sa langue de sa poche quand Anne Le Strat, ex-cadre du parti Les Écologistes, a été nommée directrice générale déléguée de l’Office français de la biodiversité (OFB) et chargée de la mobilisation de la société. L’élu a alors interpellé la ministre de la Transition écologique pour dénoncer le 29 avril « une militante déguisée en haute fonctionnaire […], une doctrinaire de la décroissance » qui « considère chaque agriculteur comme un délinquant en puissance ». Et d’inciter à d’autres nominations similaires selon lui : « Ne vous privez pas de nommer Greta Thunberg au ministère des Transports ou Assa Traoré [sœur d’Adama Traoré et militante antiraciste et contre les violences policières] à l’Intérieur. »
L’homme de 57 ans a voté contre l’inscription de l’IVG dans la Constitution et contre les zones à faibles émissions. Pour soulager les enfants et les enseignants touchés par les canicules, il s’est déclaré en faveur de la climatisation des écoles.
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Kristina Pluchet, sénatrice LR de l’Eure, 53 ans
Dès son élection en 2020, la sénatrice de l’Eure Kristina Pluchet avait annoncé la couleur : cette betteravière de métier souhaite se battre contre les « lobbies verts » qui « ne savent pas ce que c’est que le métier d’agriculteur ». Elle l’assure : « On nous accuse de polluer. Mais ils ne comprennent pas que les agriculteurs aiment leur terre profondément et la respectent. »
La sénatrice considère les éoliennes comme un « leurre écologique ». Le 8 décembre 2025, elle a présenté un amendement — rejeté depuis —pour interrompre la création de nouveaux dispositifs d’aides publics à l’éolien et au photovoltaïque. « Si l’Espagne a plongé dans le noir en 2025, c’est parce que, beaucoup le savent, elle a saturé son réseau d’énergies intermittentes », a-t-elle affirmé.
Pour Kristina Pluchet, la loi Duplomb a été démontée « sous l’influence des lobbies écologauchistes »
Pourtant, la panne qui a affecté l’Espagne a pour origine une combinaison de facteurs, dont le phénomène a été l’inefficacité du contrôle de la tension au sein du système électrique, notamment la marge très réduite entre le niveau de fonctionnement normal et le seuil de déclenchement automatique de sécurité.
Cosignataire de la loi Duplomb, Kristina Pluchet a dénoncé le « démontage méthodique de la proposition de loi Duplomb à l’Assemblée nationale, sous l’influence des lobbies écologauchistes ». Une position en adéquation avec sa défense des néonicotinoïdes dans l’enrobage des semences betteravières en 2020. Elle s’est par ailleurs opposée aux zones à faibles émissions.
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Sylviane Noël, sénatrice LR de Haute-Savoie, 48 ans
Sylviane Noël, sénatrice de Haute-Savoie, est aussi rapporteuse en 2025 d’une proposition de loi visant à assouplir les interdictions de location des passoires thermiques. Le texte, adopté en première lecture, prévoyait que les logements classés G par leur diagnostic de performance énergétique (DPE) ne soient pas tous interdits à la location, notamment les baux en cours.
À plusieurs reprises, elle a pris la défense d’associations financées par le milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin. À commencer par le Canon français, ces banquets populaires qui promeuvent une vision souveraine de la France et dont des participants ont défilé en avril dans les rues de Caen (Calvados) en faisant des saluts nazis et en proférant des insultes racistes.
Sylviane Noël a plusieurs fois pris la défense d’associations financées par Pierre-Édouard Stérin
En décembre 2025, face à la demande d’annulation du maire écologiste d’Annecy (Haute-Savoie) de l’un de ces banquets qui devait se tenir en Savoie, Sylviane Noël avait dénoncé un supposé « terrorisme intellectuel » venu d’« une partie de la gauche ». Sur X, elle fait aussi la promotion de plusieurs organisations proches de l’extrême droite, telles que Les Plus belles fêtes de France, SOS Calvaires ou encore SOS Éducation, une association anti-avortement.
Habituée des colonnes du JDD, de Boulevard Voltaire et de France Soir, Sylvaine Noël assumait en 2021 dans Le Point : « Rendre obligatoire l’administration de vaccins génétiques, dont la phase expérimentale est toujours en cours, est politiquement imprudent et moralement condamnable. »
En 2022, elle a déposé une proposition de loi pour abroger l’obligation vaccinale des soignants et des pompiers, relativisant au passage l’efficacité du vaccin contre le Covid-19 qui, selon elle, « ne protège ni de la contamination ni de la transmission du virus ».
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Bruno Retailleau, sénateur LR de Vendée, 65 ans
En matière d’écologie, le sénateur et candidat à l’élection présidentielle Bruno Retailleau s’oppose aux énergies renouvelables, au principe de précaution et à l’écologie politique. Pour freiner le dérèglement climatique, le sénateur de Vendée prône essentiellement les mégabassines, le nucléaire et le technosolutionnisme.
Pour Bruno Retailleau, l’écologie est « punitive »
Au beau milieu de l’été dévastateur qu’a connu la France, celui-ci publiait un texte dans les colonnes de La Tribune du dimanche appelant à « adapter la France plutôt que punir ». Il accuse le pays d’avoir « sous-traité » la transition énergétique « aux idéologues de l’écologie punitive » qui selon lui « empêchent contre ceux qui innovent ».
Sans aller jusqu’à nier la réalité du dérèglement climatique, Bruno Retailleau emprunte dans sa tribune des arguments éculés par les climatosceptiques en affirmant que « depuis le Big Bang », la planète « en a vu d’autres ». Autrement dit, que la Terre aurait connu des périodes plus froides et plus chaudes, omettant au passage l’accélération du changement climatique en cours.
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