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Blog d'actualité politique

« L’art du deal » de Trump bute sur la résistance du Canada

Publié le 8 Septembre 2026 par Vendémiaire in Amérique du Nord

Drapeau canadien à Ottawa. © Jason Hafso

Drapeau canadien à Ottawa. © Jason Hafso

Le chroniqueur conservateur Andrew Coyne a poussé la critique plus loin encore, estimant que le Canada n’aurait probablement jamais dû négocier avec cette administration. Dans une chronique publiée le 24 août, il écrit que le gouvernement Carney présentait la rupture des pourparlers comme la conséquence de modifications de dernière minute apportées à la position américaine. Or, selon lui, l’accord évoqué publiquement avant ce revirement était déjà, en soi, inacceptable. Pour Coyne, se retirer de la table des négociations constituait la partie la plus simple. Le véritable test, désormais, sera de tenir cette position dans la durée.

Les commentateurs, qu’ils soient conservateurs ou libéraux, affirment que Trump ne veut pas d’accord ; il veut vassaliser le Canada. C’est une vision plus couramment défendue à gauche, mais qui trouve ses racines dans la posture anti-libre-échange du Parti libéral et de nombreux « Red Tories » des années 1980. Il ne s’agit pas d’anti-américanisme, mais de la résurgence d’un développementalisme national latent, c’est-à-dire une préférence pour la valorisation des ressources nationales et une stratégie industrielle démocratique profitant à toutes les régions de ce vaste pays.

Trump ne veut pas d’accord ; il veut vassaliser le Canada.

En revanche, les lobbys patronaux, les think tanks de droite et les grandes entreprises canadiennes restent obsédés par la sauvegarde de l’accord États-Unis-Mexique-Canada (qui a succédé à l’ALENA signé en 1994, ndlr) et proposent un nouveau « grand compromis » avec Trump, prévoyant des droits de préemption sur les minerais et les ressources énergétiques « stratégiques », une augmentation considérable des marchés publics militaires et l’adhésion à la « doctrine Donroe ». Paradoxalement, c’est ce que préfère le premier ministre de l’Ontario Doug Ford, mais il n’est pas prêt à en payer le prix en sacrifiant le secteur automobile de sa province. Les attaques très médiatisées de Ford contre Trump lui sont politiquement profitables, mais son objectif ultime est d’attirer les investissements américains vers des projets d’infrastructure minière et liés aux énergies fossiles, aussi louches que néfastes pour l’environnement.

Carney a tendance à n’écouter presque que les lobbyistes du monde des affaires. Plusieurs PDG et gestionnaires financiers occupent des postes clés au sein de son gouvernement, ce qui rend son refus de la dernière offre de Trump d’autant plus surprenant. Les banques canadiennes, elles, ont accueilli l’échec des négociations avec une désinvolture certaine. Portées par la flambée des cours du pétrole et de l’or, ainsi que par des perspectives de croissance particulièrement favorables, elles n’ont guère de raisons de s’inquiéter dans l’immédiat. Un optimisme qui pourrait toutefois tourner en tragédie si la bulle américaine de l’intelligence artificielle venait à éclater. Mais pour l’heure, c’est l’euphorie qui domine dans le monde de la finance.

Une opportunité pour bâtir une stratégie industrielle démocratique

La gauche canadienne, qui s’est longtemps opposée au libre-échange et à un rapprochement avec les États-Unis, trouve désormais un terrain d’entente avec un large consensus multipartite selon lequel le Canada doit tourner la page sur les relations économiques que le pays a connues ces quarante dernières années : celles d’une intégration toujours plus poussée. Le gouvernement de Justin Trudeau avait dans un premier temps présenté l’intégration comme un atout, alors même qu’il tentait de négocier avec Trump pour obtenir un traitement de faveur. Lorsqu’il est apparu clairement que l’objectif de Trump était de plonger ses voisins du Nord et du Sud dans une misère économique, Trudeau a sagement adopté une position plus ferme.

C’est alors qu’est arrivé Carney, et avec lui une année perdue, marquée par une politique d’apaisement et des tensions économiques. Le Canada est donc revenu à la case départ, mais dans un environnement potentiellement plus propice à l’expérimentation économique. Carney n’est pas progressiste. Ses convictions démocratiques sont discutables. Il dirige son cabinet et son gouvernement selon une approche verticale, a une confiance absolue en sa propre intelligence et en ses intuitions stratégiques, et fait fi des critiques formulées par les populations autochtones, les syndicats et les défenseurs de l’environnement à l’encontre de son programme de grands projets.

Malgré tous ses discours sur une rupture de l’ordre international fondé sur des règles, le Premier ministre n’hésiterait pas à se réfugier dans la « forteresse nord-américaine » si les conditions lui convenaient.

Malgré tous ses discours sur une rupture de l’ordre international fondé sur des règles, le Premier ministre n’hésiterait pas à se réfugier dans la « forteresse nord-américaine » si les conditions lui convenaient. « Soyons tout à fait clairs : un Canada fort contribuera à rendre à l’Amérique sa grandeur », a déclaré Carney en mai devant l’Economic Club of New York. Il continue d’affirmer qu’un accord satisfaisant avec Trump est possible.

Pour l’instant, le pays entier s’accorde pourtant à penser l’inverse. Malgré l’opposition des premiers ministres des deux principales provinces productrices de pétrole de l’Ouest canadien – l’Alberta, et le Saskatchewan – des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent, toutes tendances politiques confondues, pour demander que le Canada commence à taxer ses exportations énergétiques vers les États-Unis plutôt que de les offrir à Washington pour assurer sa domination énergétique. En d’autres termes, les conditions sont réunies pour une stratégie industrielle démocratique et des alternatives économiques au libre-échange.

Article de notre partenaire Jacobin, traduit par Alexandra Knez et édité par William Bouchardon.

 

https://lvsl.fr/lart-du-deal-de-trump-bute-sur-la-resistance-du-canada/

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