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Un « super El Niño » dévastateur arrive : pourquoi l’Europe devrait être épargnée

Publié le 11 Septembre 2026 par Vendémiaire in Ecologie-Climat, International, Europe

Des rizières asséchées à cause d'El Niño, à Java, fin août 2026. - © Donal Husni / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Des rizières asséchées à cause d'El Niño, à Java, fin août 2026. - © Donal Husni / NurPhoto / NurPhoto via AFP

11 septembre 2026

 

Le phénomène El Niño n’influe normalement pas sur la météo en Europe. Mais son intensité attendue cette année est telle que, conjuguée avec le changement climatique, des scientifiques craignent des conséquences inédites.

Le phénomène climatique El Niño est de retour. Il devrait atteindre une « très forte intensité » avant de parvenir à son apogée vers la fin de l’année, d’après l’Organisation météorologique mondiale. Ce « super El Niño » pourrait même être le plus intense jamais enregistré, selon les experts de l’organisme onusien.

De quoi entraîner des répercussions dramatiques jusqu’en Europe ? Normalement, le continent échappe aux conséquences de cet événement qui touche l’océan Pacifique équatorial. Mais l’intensité de celui qui se forme actuellement est telle qu’il a suscité les spéculations les plus alarmistes.

Le Met Office, le service météorologique britannique, estimait ainsi le 21 août que l’influence d’El Niño augmentait les chances d’avoir des conditions plus humides et plus tempétueuses en Europe de l’Ouest cet automne et cet hiver. Sans plus de précision. Dans la foulée, début septembre, la secrétaire d’État à l’environnement du Royaume-Uni, Angela Eagle, appelait ses compatriotes à faire des réserves de nourriture, en prévision de possibles catastrophes hivernales.

Tuons le suspens d’emblée : les scientifiques démentent largement cette hypothèse d’une influence majeure d’El Niño sur l’Europe. Les craintes exprimées dans une certaine confusion soulignent toutefois un problème réel : El Niño est un phénomène très complexe, encore entouré de nombreuses incertitudes. On fait le point en quatre questions.

1 - Comment El Niño perturbe la météo mondiale ?

Commençons par rappeler dans les grandes lignes ce qu’est El Niño. En temps normal, dans l’immense océan Pacifique, des vents — les alizées — soufflent de l’est vers l’ouest. Ce faisant, ils permettent aux eaux plus froides des profondeurs de remonter à la surface à l’est — au large de l’Amérique du Sud. Tant que les eaux restent plus chaudes à l’ouest — au large de l’Asie du Sud-Est —, cet écart de température est de nature à renforcer les vents : le système s’auto-entretient.

Parfois, cependant, ces vents faiblissent. Cela interrompt les remontées d’eaux froides à l’est. La différence de température s’amenuise, cela cesse de nourrir les vents qui faiblissent encore davantage : la machine s’enraye et le Pacifique, ainsi que l’atmosphère qui le surplombe, se réchauffent. C’est El Niño : un phénomène tout à fait naturel qui survient tous les 2 à 7 ans.

© Louise Allain / Reporterre

© Louise Allain / Reporterre

© Louise Allain / Reporterre

© Louise Allain / Reporterre

Ces épisodes ont des conséquences à l’échelle planétaire : ils favorisent des conditions plus sèches en Australie, Indonésie et Amazonie, des perturbations de la mousson en Inde, et des conditions plus humides sur la côte ouest de l’Amérique du Sud, la Corne de l’Afrique et dans l’ouest et le sud-ouest des États-Unis. Avec des risques accrus de sécheresses, incendies et inondations, entre autres, selon les régions.

Comment le réchauffement du Pacifique perturbe-t-il le climat jusqu’en Inde et en Afrique ? Via ce que les scientifiques appellent les « téléconnexions atmosphériques ». En clair, l’anomalie de chaleur de l’océan modifie la circulation atmosphérique qui, en se déplaçant, va à son tour perturber d’autres régions du globe.

« Contrairement à l’océan, l’atmosphère ne rencontre aucune limite physique, explique Françoise Vimeux, climatologue à l’Institut de recherche pour le développement. Une anomalie de température dans la ceinture tropicale aura, via l’atmosphère, un impact sur toute la ceinture tropicale autour du globe, et jusqu’à des latitudes plus ou moins élevées selon les circonstances. »

2 - Pourquoi est-ce plus compliqué pour l’Europe ?

L’Europe n’est pas comprise dans la ceinture tropicale, mais ces téléconnexions atmosphériques peuvent tout de même atteindre le vieux continent en passant par deux chemins possibles. Soit via le Pacifique nord et l’Amérique du Nord, en perturbant ensuite le courant-jet qui traverse l’Atlantique et apporte des tempêtes sur l’Europe. Soit en arrivant par l’Atlantique tropical et l’Afrique et en remontant ensuite sur l’Europe par la stratosphère.

« Mais c’est une influence très indirecte et il existe de nombreux autres phénomènes qui jouent un rôle beaucoup plus important sur la météo européenne », souligne Éric Guilyardi, climatologue au laboratoire Locean de l’institut Pierre-Simon Laplace et spécialiste d’El Niño.

« On manque de données pour avoir des statistiques robustes. Mais si l’on regarde sur la dizaine de derniers El Niño qui ont été bien observés, seuls 4 % de la variabilité des précipitations en Europe serait, en moyenne, attribuable à El Niño. La couverture neigeuse de l’Eurasie, la température de surface de l’Atlantique ou la sécheresse du bassin méditerranéen sont des facteurs beaucoup plus importants », dit-il.

« Il n’y a pas de lien systématique entre El Niño et le climat européen »

Cette légère influence d’El Niño — qui se traduit par une petite augmentation des pluies hivernales — ne peut même pas être corrélée à l’intensité du phénomène. Historiquement, certains super El Niño ont pu avoir des conséquences mesurables en Europe alors que d’autres tout aussi puissants n’en ont eu aucune.

« Il n’y a pas deux El Niño identiques. Les effets peuvent dépendre de l’intensité du réchauffement dans le Pacifique, de son calendrier, de sa géographie… Tout ce que l’on peut dire, c’est qu’il n’y a pas de lien systématique entre El Niño et le climat européen », dit Françoise Vimeux.

3 - Un El Niño d’une intensité inédite peut-il menacer davantage l’Europe ?

L’épisode El Niño 2026-2027 s’annonce d’une intensité potentiellement inédite. Cela peut-il rebattre les cartes ? Étant donné la complexité déjà évoquée du phénomène, la première des réponses à apporter est : on ne sait pas.

Mais certaines hypothèses sont sur la table. « Est-ce qu’au-delà d’une certaine intensité, El Niño peut modifier les interactions entre le bassin pacifique et le bassin atlantique, via les téléconnexions atmosphériques ? On ne sait aujourd’hui pas répondre à cette question », dit Françoise Vimeux.

Autre possibilité : que l’influence sur l’Europe d’El Niño devienne plus importante, à intensité constante, si le changement climatique modifie les règles du jeu. « Est-ce que dans un climat plus chaud, les téléconnexions atmosphériques auront changé, de telle sorte qu’El Niño aurait plus d’impact sur l’Europe ? Ce n’est pas impossible mais, encore une fois, il n’y a aujourd’hui aucun consensus de la communauté scientifique sur ces questions », dit la chercheuse.

4 - Le changement climatique va-t-il intensifier El Niño ?

C’est ce que suggèrent certaines études récentes, dont une publiée en août dans la revue Science. Les chercheurs, après avoir analysé la modification des coraux aux Galapagos provoquée par les variations de température de l’eau au fil des siècles, y assurent qu’El Niño est devenu près de 40 % plus puissant depuis quarante ans que lors des 1 000 dernières années.

« Mais les conclusions de cette étude reposent sur des hypothèses encore disputées », commente Éric Guilyardi. Il est notamment possible que ces coraux aient enregistré des changements locaux plutôt qu’un changement global d’El Niño, explique-t-il.

« Il se passe quelque chose que l’on ne comprend pas encore »

Certaines études de modélisation suggèrent également une hausse de la fréquence des El Niño intenses, mais on manque de recul pour en tirer des conclusions. Pour avoir des El Niño extrêmes, il faut que les vents faiblissent, et que le gradient de température de l’eau entre l’ouest et l’est diminue fortement. Cela peut se produire plus facilement si l’est se réchauffe en moyenne plus vite que l’ouest, ce que montrent les scénarios climatiques.

Problème : on observe l’inverse de ce que nous disent ces scénarios. L’est du Pacifique, au large de l’Amérique, se refroidit. « Les observations montrent un refroidissement depuis quarante ans, c’est un signal robuste. Il se passe quelque chose que l’on ne comprend pas encore », dit le climatologue.

Les scientifiques sont donc encore très prudents lorsqu’il s’agit d’évoquer le devenir d’El Niño. Seules certitudes : l’épisode actuel du phénomène sera extrêmement intense et aura probablement de très fortes conséquences dans le monde, même s’il n’en a pas en Europe. Et même si El Niño n’évoluait pas à l’avenir, il se déploiera dans un climat réchauffé qui, lui, provoquera des pluies extrêmesde plus en plus intenses. Superposées à El Niño, les conséquences d’un climat plus chaud risquent d’être, quoi qu’il en soit, de plus en plus dramatiques.

 

source :

https://reporterre.net/Un-super-El-Nino-devastateur-arrive-pourquoi-l-Europe-devrait-etre-epargnee

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