Dans le sillage des mobilisations d’ampleur des lycéens français, la contestation gagne la Belgique francophone où la jeunesse exprime une colère profonde. Face à des réformes budgétaires contestées, notamment la hausse spectaculaire du minerval – les droits d’inscription dans l’enseignement supérieur – et le relèvement du temps d’enseignement des professeurs, les élèves et étudiants multiplient les actions.
En réponse, les autorités opposent une fermeté sécuritaire inédite, symbolisée par l’interdiction des rassemblements de plus de trois personnes à Liège, épicentre de la révolte.
Déclenché le 1er octobre dans la foulée des événements en France, le mouvement lycéen belge s’est rapidement diffusé à partir de la ville de Liège vers d’autres agglomérations telles que Mons, Charleroi et Bruxelles. Bien que plusieurs représentants d’élèves rappellent la spécificité des revendications locales, la dynamique de blocage et de rassemblement résonne à travers l’ensemble de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Sur le terrain, les manifestations ont donné lieu à des tensions entre les jeunes et les forces de l’ordre, accompagnées d’incendies de poubelles et de jets de projectiles. En réaction, la police a déployé d’importants moyens de dispersion comprenant des gaz lacrymogènes ainsi que des canons à eau.
Face à cette détérioration du climat social, les autorités ont choisi la voie de l’autoritarisme. À Liège, le bourgmestre socialiste Willy Demeyer a pris une ordonnance de police interdisant tout rassemblement de plus de trois personnes sur la voie publique et dans les lieux publics, sur l’ensemble du territoire communal, à compter du jeudi 8 octobre à 6 heures et jusqu’au 16 octobre, sauf levée anticipée ou prolongation. Cette mesure drastique, motivée par la sécurité publique selon la municipalité, a été vivement dénoncée par de nombreux contestataires qui y voient une entrave directe au droit de manifester. De son côté, le ministre fédéral de l’Intérieur Bernard Quintin (MR) a condamné « des faits d’une extrême gravité » et prévenu que les auteurs identifiés devraient répondre de leurs actes devant la justice. Depuis le début du mouvement, le 1er octobre, la police liégeoise a procédé à 194 arrestations – 158 administratives et 36 judiciaires –, dont 114 concernent des mineurs.
À mesure que le mouvement s’étend et se structure, les revendications des lycéens et des étudiants se multiplient et ciblent de plus en plus directement les choix budgétaires du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. La mesure la plus décriée concerne la réforme de l’enseignement supérieur et le dégel du minerval. Après quinze années de blocage tarifaire, le montant plein du droit d’inscription annuel passe de 835 euros à 1 194 euros, une hausse qui touche près de 60 % des étudiants. L’impact s’avère particulièrement lourd pour les étudiants inscrits en hautes écoles – l’enseignement supérieur non universitaire –, où les droits d’inscription démarraient jusqu’ici à 175 euros. Si la majorité MR-Les Engagés défend cette augmentation au nom de la soutenabilité financière du système éducatif, les syndicats étudiants et les partis d’opposition comme le PTB dénoncent une logique d’élitisation qui pénalise les couches moyennes.
À cette hausse des frais d’inscription s’ajoutent des réformes majeures dans le secondaire. Adopté le 5 juin dans le cadre d’un plan d’économies de 500 millions d’euros d’ici 2029, le décret-programme fixe la charge horaire des enseignants des trois dernières années du secondaire à 22 périodes de cours face aux élèves, contre 20 auparavant, et ce sans compensation salariale. Les lycéens soulignent que cette surcharge de travail réduit le temps consacré par leurs professeurs au suivi individuel et aux projets extrascolaires.
Outre la Belgique, la contestation trouve un écho en Italie, où des élèves ont lancé des assemblées et des actions dans plusieurs établissements en signe de solidarité avec leurs voisins français. Motivée par la mobilisation hexagonale, la jeunesse européenne commence à se rassembler autour de mots d’ordre communs, tels que la paix et le financement des services publics.
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