17 octobre 2026
par Paolo Hamidouche
La crise énergétique européenne n’est pas terminée. Les prix du gaz restent obstinément élevés sur tout le continent alors que les Européens affrontent un long hiver.
Face à une crise énergétique découlant de la dépendance persistante de l’Europe au gaz naturel liquéfié importé, dans un contexte de volatilité géopolitique mondiale continue, les dirigeants européens s’efforcent de diversifier le mix énergétique du bloc. Si cela se traduit par une expansion rapide des capacités en énergies renouvelables, cela marque également un retour significatif vers le combustible fossile le plus polluant au monde : le charbon.
Plus tôt cette année, lorsque les États-Unis et Israël ont lancé une offensive contre l’Iran — provoquant ainsi une perturbation d’un cinquième des échanges mondiaux de pétrole et de gaz —, l’Europe a pris conscience qu’elle s’était laissé entraîner, presque sans s’en rendre compte, dans une nouvelle crise énergétique : la troisième en seulement quatre ans. «Nous avions juré de tirer des leçons du passé. Nous avions promis que les choses changeraient, et pourtant nous y revoilà», a récemment déclaré (sous couvert d’anonymat) un diplomate européen «très frustré», cité par la BBC.
«Au lieu de se concentrer sur des plans à long terme pourtant indispensables — pour rendre l’Europe plus compétitive dans ce monde de plus en plus instable —, les Premiers ministres et présidents [européens] paniquent désormais face aux prix [de l’énergie], craignent la colère des électeurs et se démènent pour trouver des solutions à court terme», a poursuivi la source. «C’est exactement comme lors de la crise qui a suivi l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. Le conflit est différent, mais les divisions européennes et les dilemmes énergétiques restent les mêmes. Nous ne pouvons pas continuer à tourner en rond ainsi. Il faut que les choses changent».
Aujourd’hui, six mois après le déclenchement de la guerre en Iran et la fermeture initiale du détroit d’Ormuz, l’Europe subit toujours les répercussions de la situation, les prix du gaz restant extrêmement élevés. Ce mois-ci encore, les cours du gaz ont atteint leur plus haut niveau depuis trois ans, dépassant la barre des 80 euros (90,98 dollars) le mégawattheure.
Les prix sont si élevés que, pour la première fois depuis des années, l’électricité produite à partir de charbon est devenue moins chère que celle produite à partir de gaz en Europe. Cette situation a incité de nombreux pays européens — et tout particulièrement l’Allemagne, première économie de l’Union européenne — à se tourner de nouveau vers le charbon. Qui plus est, les experts estiment, de manière préoccupante, que cette tendance se poursuivra dans les années à venir.
«Le charbon devrait rester moins cher que le gaz pour la production d’électricité tout au long de l’année prochaine et potentiellement jusqu’en mars 2028», a rapporté Reuters plus tôt cette semaine, citant Marta Wroniszewska, analyste chez Veyt. «Les prix du gaz à long terme indiquent que les opérateurs de marché s’attendent à ce que les contraintes d’approvisionnement persistent».
Toutefois, le potentiel de croissance du charbon en Europe se heurte à des limites notables. Des années de politiques visant à réduire progressivement puis à abandonner le charbon ont laissé le continent avec un nombre de centrales au charbon bien inférieur à ce qu’il était auparavant. En 1990, l’Union européenne tirait plus d’un tiers de sa production d’électricité du charbon. En 2025, cette part était tombée à seulement 9,2%, selon les données d’Eurostat. Ainsi, si les centrales au charbon encore en activité en Europe bénéficieront d’une manne financière grâce aux prix actuels du gaz, le potentiel de rebond du charbon dans la région plafonne.
En dehors de l’Europe, en revanche, la situation est différente. À l’échelle mondiale, le charbon reste la principale source de production d’électricité. Et tandis que l’Europe démantèle ses capacités au charbon, de nombreuses économies émergentes continuent de développer les leurs, avec une croissance particulièrement marquée aux Philippines, en Indonésie et dans d’autres pays d’Asie en plein essor. Ce n’est pas un hasard si cette région a également été la plus durement touchée par la fermeture du détroit d’Ormuz.
Bien que le charbon soit bon marché, abondant et considéré comme un levier essentiel du développement économique des pays pauvres, la prolongation constante de son hégémonie entraîne des conséquences négatives qui l’emportent largement sur les avantages. Le charbon est le principal moteur du réchauffement climatique, responsable d’environ 40% de toutes les émissions de gaz à effet de serre. Toutefois, tout n’est pas négatif : le retour en force du charbon s’accompagne d’une augmentation majeure des ressources en énergie propre à l’échelle mondiale. Les énergies renouvelables sont de plus en plus adoptées pour leur rôle dans un avenir garantissant une meilleure sécurité énergétique, et sont perçues comme un rempart essentiel face à la prochaine crise énergétique mondiale. Contrairement au gaz naturel, au pétrole et au charbon, «l’énergie éolienne et solaire ne peut faire l’objet d’un embargo, d’un blocus ou d’une coupure imposée par une puissance étrangère», écrivait plus tôt cette année David Frykman, associé gérant du fonds de capital-risque Norrsken, basé à Stockholm, dans une tribune pour Fortune. «Chaque térawatt-heure de production nationale d’énergie renouvelable est un térawatt-heure qu’aucun adversaire ne peut transformer en arme».
source : Paolo Hamidouche
https://reseauinternational.net/leurope-revient-au-charbon-alors-que-les-prix-du-gaz-explosent/
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