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Blog d'actualité politique

Blocages des lycées : la jeunesse percute la campagne présidentielle

Publié le 6 Octobre 2026 par Vendémiaire in France-Politique - société

© Norbu Gyachung

© Norbu Gyachung

Le mouvement va-t-il s’élargir ?

La vague de blocages de lycées de 2026 peut-elle espérer rééditer ces victoires ? S’il est encore trop tôt pour le dire, la réponse dépendra de sa capacité à s’élargir. Après les lycées, la prochaine étape pourrait être les universités, certaines ayant déjà commencé à être bloquées. Les étudiants partagent en effet des motifs de colère communs avec les lycéens, comme la vétusté de bâtiments et un manque de places les empêchant d’étudier dans des conditions convenables. La dépense moyenne par étudiant est en baisse continue depuis 2010 et toutes les universités françaises ont voté des budgets en déficit cette année.

Les mêmes logiques d’inégalités et de privatisation touchent aussi l’enseignement supérieur.

Les mêmes logiques d’inégalités et de privatisation touchent aussi l’enseignement supérieur. Face au manque de places dans les facultés publiques, 26 % des étudiants ont fait le choix de l’enseignement supérieur privé en 2022, un chiffre qui augmente chaque année. Entre 2012 et 2022, le nombre d’étudiants dans l’enseignement supérieur privé a ainsi augmenté de 63 %, contre seulement 3 % dans le public. Allant de l’excellence aux pires arnaques, le marché universitaire privé a en tout cas en commun de demander des droits d’inscription souvent conséquents. Or, la vie étudiante coûte de plus en plus cher et la précarité étudiante est en forte hausse ces dernières années, avec par exemple 23 % des étudiants ayant déjà renoncé à se nourrir pour des raisons financières. Le budget 2027 ne devrait rien arranger puisqu’il prévoit le gel de l’aide personnalisée au logement (APL), une prestation sociale sous conditions de ressources qui aide à payer son loyer. Toujours à la recherche d’économies supplémentaires, le gouvernement voulait rendre payant l’accès aux BTS (brevet de technicien supérieur, études professionnalisantes de deux ans, ndlr) et aux classes préparatoires pour les non-boursiers à partir de l’année prochaine. La colère des lycéens l’a finalement conduit à écarter cette piste.

Outre les étudiants, les lycéens pourraient aussi être rejoints par leurs enseignants, dont un certain nombre a déjà fait grève le 29 septembre pour dénoncer le gel de leur salaire depuis des années. Leurs revendications étant souvent communes, cette convergence est assez évidente. Elle pourrait se matérialiser le mardi 6 octobre, date fixée par différents syndicats de salariés et organisations de jeunesse comme l’Union étudiante et l’Union syndicale lycéenne, pour organiser de grands blocages des lycées et universités et pour aller manifester dans toute la France. La journée sera sans doute décisive pour l’avenir du mouvement.

Un mouvement qui percute la campagne présidentielle

Outre les syndicats et organisations de jeunesse, un autre acteur appelle les lycéens et les étudiants à se mobiliser massivement : la France insoumise (LFI). Le parti de gauche radicale dirigé par Jean-Luc Mélenchon s’est très rapidement fait le relais des demandes des lycéens dans la sphère politique. Certains de ses représentants les plus médiatisés ont été particulièrement bien accueillis par les jeunes sur les blocages, comme le député Louis Boyard, lui-même ancien syndicaliste lycéen. Beaucoup d’élus insoumis se sont rendus auprès des lycéens dès le début du mouvement pour les encourager à bloquer leurs établissements, mais aussi pour essayer de désamorcer des situations de tension avec les forces de l’ordre. Une présence qui a engendré de nombreuses critiques sur les plateaux de télévision, où LFI a été accusée de provoquer le chaos et rendue responsable des dégradations commises dans plusieurs villes. Le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko a ainsi été accusé d’allumer un feu de poubelle, alors qu’il essayait au contraire de l’éteindre.

Comme à chaque mouvement social, la question des violences a très vite dominé la couverture médiatique. Une analyse des journaux télévisés de France 2 sur quatre jours montre ainsi que 75 % du temps consacré aux mobilisations lycéennes était dédié aux violences et 12 % aux accusations envers LFI, contre seulement 8 % consacrés aux revendications du mouvement. Si la plupart de ces violences se limitent à des feux de poubelle et à des tirs de feux d’artifice, certaines scènes ont été impressionnantes, comme l’incendie de l’entrée d’un lycée à Nantes. Comme à chaque mobilisation sociale, l’écrasante majorité des participants est évidemment pacifique et les organisations syndicales et politiques qui soutiennent le mouvement appellent toutes à la retenue. Mais sur les plateaux de télévision, LFI est très vite désignée comme responsable des violences et des débordements. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a même accusé « LFI et ses proxys de l’ultragauche » d’être à l’origine du mouvement, s’appuyant sur une note des services de renseignement immédiatement diffusée à tous les médias. Une thèse que la France insoumise a qualifiée de « complotisme » et « d’infantilisation des lycéens », dans le cadre d’une « stratégie du pourrissement et de la provocation ». La stratégie du gouvernement semble en partie fonctionner : 55 % des Français interrogés par un récent sondage estiment que le mouvement est instrumentalisé par LFI. Mais un autre panel indique que 62 % des Français considèrent le mouvement des lycéens comme justifié.

La mobilisation des lycéens a surpris l’ensemble de la classe politique et fait ressurgir au premier plan le mal-être de la jeunesse dans une campagne présidentielle qui en parlait très peu.

Face à une opinion soutenant majoritairement les jeunes et sans marge de manœuvre budgétaire, le gouvernement a décidé de miser sur la répression. À l’exception du mouvement des agriculteurs, c’est la même technique qu’Emmanuel Macron applique à toutes les contestations sociales : réprimer pour terroriser les participants et surfer sur les violences pour rendre le mouvement impopulaire. Plus de 5 000 lycéens ont été interpellés en seulement une semaine, un niveau inédit. Les violences policières ont aussi été importantes, avec par exemple un tir de grenade pratiquement à bout portant dans le visage d’un jeune de 14 ans dans le Val-d’Oise. Cette stratégie est risquée : en cas de drame – par exemple la mort d’un adolescent à la suite d’une opération policière –, la colère pourrait se retourner contre la police et le gouvernement. C’est ce qui s’est passé en 1986 avec l’affaire Malik Oussekine, du nom d’un étudiant de 22 ans tué par des policiers dans le cadre de la contestation de la réforme Devaquet, qui prévoyait justement la sélection à l’entrée de l’université. Deux jours après ce décès, la réforme est retirée.

La mobilisation des lycéens aura en tout cas surpris l’ensemble de la classe politique et a fait ressurgir au premier plan le mal-être de la jeunesse dans une campagne présidentielle qui en parlait très peu jusque-là. Sans vraie réponse à apporter, le Rassemblement national, la droite traditionnelle et le bloc macroniste parient sur l’épuisement du mouvement, espérant passer rapidement à une autre séquence. Marine Le Pen en a également profité pour critiquer les moyens trop importants qui seraient attribués aux banlieues – et donc aux populations d’origine immigrée qui y vivent – par rapport à « la France des oubliés » des campagnes. Les chiffres démentent pourtant cette thèse, avec un sous-investissement moyen de 30 % par élève en Seine-Saint-Denis par rapport au reste du pays, même si les campagnes françaises font elles aussi l’objet d’un abandon par l’État. Pour LFI, l’émergence de ce mouvement social est une occasion de mettre en avant certains points de son programme, comme l’abrogation de Parcoursup et la hausse des moyens de l’Éducation nationale.

Si le mouvement s’étend et parvient à obtenir des concessions, Jean-Luc Mélenchon pourra en faire un argument de campagne, en arguant que la stratégie de mobilisation tous azimuts qu’il défend donne des résultats. Le candidat à l’élection présidentielle espère aussi que ce soutien lui permettra de convaincre les jeunes d’aller voter en sa faveur. Particulièrement populaire auprès de la jeunesse, il paie en effet le prix de la forte abstention de cette classe d’âge. À l’inverse, si le mouvement dégénère et se laisse dominer par les violences, LFI risque d’en être tenue pour responsable. Ce mouvement social, possiblement bientôt rejoint par un appel à relancer les gilets jaunes le 17 octobre pour protester contre la hausse des prix, témoigne en tout cas de l’atmosphère générale de la France à l’aube d’une élection décisive. La tension est omniprésente et le macronisme finissant de plus en plus dépassé par les événements et rejeté par les citoyens. Une très forte polarisation s’installe entre un camp de gauche dominé par la France insoumise qui entend s’appuyer sur les luttes sociales et un bloc de droite radicale dominé par le Rassemblement national qui multiplie les propositions martiales pour ramener « l’ordre » dans le pays, sans proposer de vraies réponses aux racines sociales de la colère.

 

https://lvsl.fr/blocages-des-lycees-la-jeunesse-percute-la-campagne-presidentielle/

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