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Blog d'actualité politique

En Guadeloupe, les lycéens dénoncent des classes surchauffées et les coupures d’eau

Publié le 15 Octobre 2026 par Vendémiaire in France-Politique - société

Blocus pacifique avec mur d'expression au lycée Yves-Leborgne à Sainte-Anne, en Guadeloupe, le 8 octobre 2026. - © Sandrine Gueymard / Reporterre

Blocus pacifique avec mur d'expression au lycée Yves-Leborgne à Sainte-Anne, en Guadeloupe, le 8 octobre 2026. - © Sandrine Gueymard / Reporterre

14 octobre 2026 à 17h16 Mis à jour le 15 octobre 2026 à 15h30

Alors que la répression policière contre la mobilisation des lycéens se poursuit, les élèves de Guadeloupe ne se découragent pas. Parents et professeurs soutiennent leur blocage dans l’espoir de limiter les violences des forces de l’ordre.

Les Abymes (Guadeloupe), reportage

Malgré les 29°C déjà affichés par le thermomètre, mardi 13 octobre, et les gouttes de sueur qui perlent sur son front, Andréa, 16 ans, reste stoïque. Sur la pancarte qu’elle tient au-dessus de sa tête, on peut lire : « Trop jeunes pour être entendus, assez grands pour être réprimés. »

Andréa fait partie des élèves du lycée de Baimbridge, aux Abymes, bien décidés à rester mobilisés. « La police nous a bien fait comprendre mardi et mercredi dernier, qu’on ne devait pas manifester. On s’est pris du gaz lacrymogène », témoigne-t-elle. Près d’elle, son père, Bertrand, venu pour la première fois la soutenir : « Je ne veux pas que ma fille soit en danger alors que ses revendications sont justes. »

Des élèves du lycée Yves-Leborgne à Sainte-Anne, en Guadeloupe se sont également mobilisés. © Sandrine Gueymard / Reporterre

Des élèves du lycée Yves-Leborgne à Sainte-Anne, en Guadeloupe se sont également mobilisés. © Sandrine Gueymard / Reporterre

La violente répression du mouvement lycéen n’empêche pas l’élève ainsi que ses camarades de continuer à dénoncer les conditions dans lesquelles ils étudient, à commencer par la chaleur dans les salles. Même dans cette cité scolaire, pourtant rénovée entièrement en 2015, les problèmes d’isolation du bâtiment se font sentir : «  On a des ventilateurs dans les salles, mais ils ne fonctionnent pas toujours. Une telle chaleur dans des classes surchargées à plus de 30, c’est insupportable », regrette Andréa.

Une atmosphère d’autant plus difficile à supporter que la Guadeloupe connaît des températures plus élevées que les normales de saison ces derniers mois. Selon la tendance mensuelle de Météo-France, l’anomalie de chaleur pourrait atteindre 1 degré de plus d’ici au début du mois de novembre.

Écoles vétustes

Les plaintes autour de l’état des bâtiments scolaires en Guadeloupe ne datent pas de la mobilisation en cours. Déjà en 2025, les syndicats d’enseignants du second degré dénonçaient des problèmes dans « la gestion de la chaleur dans les établissements ».

Un communiqué rappelle : « En dehors de rares opérations d’isolation dans quelques collèges, aucune politique globale n’a été mise en place pour adapter les bâtiments au réchauffement climatique. Dans les salles de classe, les températures deviennent invivables, nuisant gravement aux conditions d’apprentissage et de travail. »

Pour le recteur de la région académique de Guadeloupe, Gabriele Fioni, les collectivités locales ont face à elles « un immense chantier de rénovations lourdes des bâtiments. 50 % des contributions des jeunes [sur la plateforme de consultation ouverte par le gouvernement] portent sur le bâti. Nous avons perdu 21 000 jeunes en dix ans et nous devrions en perdre encore 13 000 dans les années à venir. Il faut se saisir de la baisse du nombre d’élèves pour améliorer les capacités d’accueil. Plutôt que d’avoir plein de collèges et lycées un peu partout en mauvais état, il vaudrait mieux en avoir moins, mais aux normes et bien entretenus ».

Près de 70 % de la population est concernée par les coupures d’eau, et les établissements scolaires n’échappent pas à la règle

Et lorsque ce n’est pas le bâti qui pêche, ce sont les problèmes d’alimentation en eau, récurrents en Guadeloupe, dont les jeunes font les frais. « Ce n’est pas normal de ne pas avoir d’eau ! Au moment où je vous parle, l’eau a été partiellement coupée dans le bâtiment », s’insurge Maéssane.

Dans le département, selon un rapport de la Cour des comptes, publié en 2023, sur la gestion quantitative de l’eau, le niveau de fuites sur le réseau est estimé à 60,4 % en moyenne et peut atteindre 80 % sur certaines communes du territoire. Près de 70 % de la population est concernée par les coupures d’eau, et les établissements scolaires n’échappent pas à la règle.

Des professeurs mobilisés

À quelques mètres de Baimbridge, au lycée polyvalent Jardin d’Essai, Théo, élève de terminale, nous raconte aussi qu’il n’ a pas d’eau dans son établissement « depuis un petit moment. Nous avons aussi beaucoup de coupures d’électricité et de réseau, or, je suis dans une filière NSI (numérique et sciences informatiques). J’ai besoin d’électricité et d’internet pour travailler ».

Devant son lycée, les élèves s’affairent à installer des pancartes et banderoles sous le regard bienveillant de leurs professeurs : « C’est la première fois que l’on vient en nombre. Nous partageons les revendications de nos élèves », nous dit Jonathan, professeur d’histoire-géographie.

Lire aussi : « Trop jeunes pour se faire écouter, assez grands pour se faire violenter » : les lycéens face à la répression policière

Un présence censée aider à limiter les risques de débordements éventuels en laissant les élèves libres de bloquer ou d’aller en cours : « La mobilisation a démarré le 5 octobre chez nous et tous les jours, la police a balancé des bombes lacrymogènes sur les jeunes. Certains ont été blessés. D’autres arrêtés. Cette situation est insupportable. C’est honteux ! », s’insurge Delphine, professeure de sciences de la vie et de la terre.

 

https://reporterre.net/En-Guadeloupe-les-lyceens-denoncent-des-classes-surchauffees-et-les-coupures-d-eau

 

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