6 octobre 2026
40 °C lors du bac, « hyper froid » l’hiver, inégalités entre lycées... Le 6 octobre, des milliers de personnes se sont retrouvées à Paris dans le cadre du mouvement social des lycéens. Parmi leurs revendications, la rénovation thermique de leur établissement.
Paris, reportage
La scène, vue place de la République à Paris, a quelque chose de vertigineux : un groupe d’adolescents hauts comme trois pommes mange des bonbons devant une rangée de camions de CRS. Autour d’eux, de nombreux jeunes arborent plusieurs pancartes : « Notre avenir n’est pas une option », « Le monde est à nous » ou encore « L’éducation est un droit, pas un privilège ». Nous sommes le mardi 6 octobre et, à l’appel de l’Union étudiante et de l’Union syndicale lycéenne, 100 000 personnes (selon les organisateurs) se sont donné rendez-vous pour une manifestation également soutenue par des syndicats et les partis de gauche.
Depuis trois semaines et un premier blocage dans un lycée d’un quartier populaire de Créteil (Val-de-Marne), les lycéens se mobilisent pour réclamer des conditions d’études décentes. Manque d’enseignants, classes surchargées, locaux délabrés, bâtiments passoires thermiques… Des problèmes multiples et un manque de moyens qui ont été particulièrement exacerbés cet été avec les vagues de chaleur.
Plus de 5 000 personnes (dont 87 % de mineurs) ont été interpellées et 215 élèves blessés. © Cha Gonzalez / Reporterre
« Dans mon lycée, on a déjà dû faire cours dehors tellement les températures étaient élevées dans la salle ! C’est impossible de bien travailler dans de telles conditions », explique Magisse, 17 ans, scolarisée dans un établissement populaire du 13e arrondissement. Pour la jeune fille aux longues tresses noires, il est ainsi évident « qu’il faudra voter en 2027 pour des partis beaucoup plus écolos » que le gouvernement actuel.
Même discours du côté de Marguerite, 18 ans : « On a passé le bac de français sous 40 °C, c’était infernal. Mon lycée est en mauvais état : il y a des fenêtres qui ne ferment pas, et d’autres qui ne s’ouvrent pas, donc l’été on crève de chaud et l’hiver c’est l’inverse, on a hyper froid. Cela arrive aussi que l’on passe des journées sans eau courante. »
Environ 100 000 personnes ont manifesté à Paris selon les organisateurs, 56 000 d’après le gouvernement. © Cha Gonzalez / Reporterre
« 5 CRS pour 1 élève »
Cette lycéenne dans le 20e arrondissement tient à bout de bras une affiche disant « 1 prof pour 35 élèves, 5 CRS pour 1 élève ». Une référence à la répression policière importante touchant la mobilisation : depuis le début du mouvement, en parallèle des 650 blessés côté forces de police, plus de 5 000 personnes (dont 87 % de mineurs) ont été interpellées et 215 élèves blessés, dont un adolescent de 15 ans qui a eu la main arrachée par une grenade le 5 octobre à Lens (Pas-de-Calais).
Marguerite, lycéenne dans le 20e arrondissement : « On a passé le bac de français sous 40 °C, c’était infernal. » © Cha Gonzalez / Reporterre
« L’État ferait mieux de nous écouter au lieu de nous rabaisser. On est là pour nos droits et notre futur. Et encore, moi, je suis à Paris, pas en Seine-Saint-Denis par exemple, où les élèves sont beaucoup plus défavorisés, affirme-t-elle. On mérite tous et toutes de la considération : on va continuer à se battre. »
Paul, lycéen à Aubervilliers : « On a l’impression d’être mis dans des ghettos pour les Noirs et les Arabes. » © Cha Gonzalez / Reporterre
Paul et Mohamed, tous deux lycéens à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), pointent eux aussi la différence de traitement entre les établissements huppés et ceux des quartiers populaires. « On est complètement délaissés, on a l’impression d’être mis dans des ghettos pour les Noirs et les Arabes », dit le premier, appareil sur les dents et lunettes de ski sur les yeux. Puis il décrit l’état de son lycée : « Pas de portes dans les toilettes, pas d’infirmière, pas de psy, pas de chauffage dans les classes. »
« Rhume en hiver, malaise en été »
Mel, qui a eu le bac il y a quelques mois, a elle aussi confectionné une affiche faisant référence aux passoires thermiques. « Rhume en hiver, malaise en été, quand comptez-vous rénover ? » peut-on lire. Comme de nombreux étudiants, elle a souhaité être présente « en soutien aux lycéens » — outre les quelque 400 à 500 lycées qui étaient fermés le 5 octobre partout en France en raison des blocus, 30 universités étaient bloquées dans le pays le 1er octobre selon l’Union étudiante.
C’est aussi le cas de Soundous, 18 ans, qui étudie à Paris 8 : « Les lycéens, c’était nous l’année dernière : moi aussi j’ai connu le manque de profs et les cours dans des salles surchauffées. Et puis, on est dans le même panier : à la fac, il n’y a pas non plus beaucoup de moyens, alors que l’égalité des chances est censée être un droit. »
Toujours sur la place de la République, alors que la manifestation s’apprête à s’élancer, de nombreuses personnes — dont des adultes venus en solidarité « faire barrage de leurs corps » par rapport à la police — acclament des jeunes qui sont montés sur la statue. L’ambiance est joyeuse et politique : entre deux « Siamo tutti antifascisti » (« Nous sommes tous antifascistes ») et « La jeunesse emmerde le Front national », les lycéens hurlent « Macron démission ». L’un d’eux porte une pancarte toute simple : « L’avenir, c’est nous. »
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