par Rastignac
Le président américain Donald Trump a annoncé vendredi qu’à l’issue d’une discussion «très fructueuse» qu’il avait eue avec Vladimir Poutine, la Russie avait accepté de livrer immédiatement plus de 300 000 tonnes de diesel sur les marchés américain et mondial.
Dans un message sur X, le département américain du Trésor a parallèlement annoncé autoriser l’importation de diesel ruse jusqu’au 7 avril de l’an prochain, alors que le secteur pétrolier russe est visé par des sanctions américaines depuis l’invasion de l’Ukraine par les forces russes en février 2022. Selon Donald Trump, la Russie s’est engagée à livrer 3 millions de tonnes de diesel dans un court laps de temps. La Russie fournirait 500 000 tonnes supplémentaires en novembre, puis encore un million de tonnes «immédiatement après», a déclaré Donald Trump, précisant que d’autres livraisons suivraient «en fonction de l’état de leurs raffineries», endommagées par les attaques ukrainiennes.
Cette soudaine — et audacieuse — indignation met en lumière une contradiction aussi grotesque qu’embarrassante : pourquoi ce qui serait moralement inadmissible pour les Européens deviendrait-il économiquement raisonnable pour les Américains ?
Il faut croire que Zelensky n’a toujours pas compris une règle élémentaire de la géopolitique : les intérêts nationaux passent avant les sermons internationaux. Quant à ses leçons de morale, elles gagneraient en crédibilité si son pays, et notamment les cercles proches du pouvoir, n’étaient pas régulièrement éclaboussés par des affaires de corruption.
Après avoir consciencieusement sacrifié une partie de ses approvisionnements énergétiques, fragilisé ses industries, renchéri les coûts de production et demandé à ses populations de se serrer la ceinture au nom de la vertu antirusse, voilà que son grand protecteur américain redécouvre les mérites du pragmatisme pétrolier !
Washington discute avec Moscou, ajuste sa politique énergétique et défend ses consommateurs, sans se soucier le moins du monde des rodomontades de Macron et de ses alliés.
Il fallait donc sanctionner la Russie jusqu’à l’asphyxie, quitte à se tirer une balle dans le pied. Mais lorsque le prix du carburant menace les intérêts américains, les grands principes deviennent soudain négociables. Quelle admirable souplesse morale !
Personne n’est obligé d’approuver l’intervention militaire russe en Ukraine pour constater que les sanctions économiques ne sont ni des commandements divins ni des dogmes intangibles. Ce sont des instruments de pression dont il faudrait, de temps à autre, avoir l’audace de mesurer les résultats et surtout les dégâts collatéraux.
Or, après des années de sanctions, la Russie n’a pas capitulé, la guerre continue et les Européens ont supporté des coûts considérables. Bruno Lemaire nous promettait de mettre Moscou à genoux ; on a surtout appris aux Français à faire des génuflexions devant leur facture énergétique !
Les États-Unis, eux, démontrent qu’ils savent adapter leurs instruments de pression lorsque leurs intérêts économiques mais surtout électoraux l’exigent.
Mais alors, pourquoi la France et l’Europe devraient-elles s’interdire d’en faire autant ? Pourquoi nos agriculteurs, nos transporteurs, nos industriels et nos automobilistes devraient-ils considérer comme un devoir patriotique de payer leur énergie plus cher, sans jamais demander quel résultat concret justifie ces sacrifices ?
Rappelons donc à notre Jupiter décadent et à Jean-Noël Barrot, son ministricule des Affaires étrangères, que la diplomatie n’est pas un concours de vertu et que gouverner ne consiste pas à faire payer aux peuples le prix de la bonne conscience de leurs dirigeants.
La France voulait mettre la Russie au ban du commerce international. Et voilà que Washington, selon les arrangements énergétiques évoqués, retrouve le chemin de Moscou dès lors qu’il s’agit de soulager ses propres consommateurs.
Car le pétrole russe possède désormais une propriété miraculeuse : il serait criminel lorsqu’il sert les intérêts européens, mais redeviendrait parfaitement fréquentable lorsqu’il contribue à préserver le pouvoir d’achat américain.
Il suffisait d’y penser : le même baril qui finance prétendument la guerre lorsqu’il arrive en Europe contribuerait à sauver le consommateur lorsqu’il arrive aux États-Unis !
Décidément, les sanctions européennes ressemblent de plus en plus à une mauvaise plaisanterie dont les Français paient la facture pendant que les Américains encaissent les bénéfices.
Et dans cette farce géopolitique, l’Europe tient le rôle du cocu magnifique : elle paie, elle obéit et, suprême humiliation, elle est obligée d’applaudir si elle ne veut pas subir la colère de son «ami» Donald !
source : Médias Presse Info
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