Alain Paucard, notamment auteur d’une Supplique à Gorbatchev pour la réhabilitation de Staline, est assurément un adepte assumé de la beauté éprouvée. “A chaque fois que je passe devant la Tour Montparnasse, j’ai envie de vomir.” Cette parole résume à elle seule le motif des assassinats d’architectes disons très conceptuels (dont le mode opératoire très cruel vient de films classiques) auquel Jacques Lefrançois se livre dans la capitale.
Si Lefrançois, vrai cinéphile, assassine ces architectes du moderne, c’est qu’il ne supporte tout simplement pas leur “mentalité qui est de faire le laid quand on peut faire le Beau.” Ce Beau qui “devient de plus en plus difficile, selon lui, parce qu’on brise le moule, parce qu’on rompt les attaches qui nous relient au passé (...) parce que dans les époques passées, on vivait près de la nature et que la nature imite l’art.”
Cette inversion n’est pas une coquetterie mais une conception de l’art comme transmission. Le remède choisi est ici, pour le moins, un peu expéditif. Mais le tueur argumente : « Occire un critique d’art ? C’est intéressant. Avant l’exécution, j’aimerais entendre ses justifications, ce qu’il trouve de si bien dans un tas de sable surmonté d’un tabouret ? Dans de la caillasse étalée, même « dans un certain ordre » ? Dans un alignement de téléviseurs diffusant interminablement une mire ? »
Assurément, lire Paucard est une rencontre avec le sourire, le rire, l’érudition la plus pointue, la culture la plus étendue à tous les registres, donc la plus solide, et enfin il s’agit forcément d’un appel à la réflexion tant il est vrai que, d’accord ou non avec l’auteur, celui-ci ose poser les bonnes questions.
Valère Staraselski
Tirez sur l’architecte !, Alain Paucard. Auda Isarn. Lys Noir. p 91, 12 euros.
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