En 2010, nos hôpitaux se sont largement mobilisés contre la réforme des retraites. Le système hospitalier est la cible d'un démantèlement, pudiquement baptisé "restructuration" par l'AP-HP, sans précédent dans l'histoire de la République, et notre hôpital, Saint-Vincent-de-Paul, en est l'une des victimes.
L'année 2010 s'est donc achevée après avoir vu un mouvement populaire sans précédent depuis 1995. Ce mouvement de grèves et de manifestations, majoritaire, a été méprisé par le gouvernement Sarkozy qui a refusé de l'entendre.
Certaines interrogations concernant le rôle des centrales syndicales restent toujours sans réponse. Notamment, beaucoup de nos concitoyens - et pas seulement les grévistes et les manifestants mais aussi tous ceux qui les soutenaient - ont eu conscience que vers la mi-octobre il était possible de bloquer le pays et d'obliger le gouvernement Sarkozy à faire machine arrière quant à la réforme des retraites. Mais les centrales syndicales n'ont pas osé franchir le pas, quelles que soient les raisons qui les ont motivées. Ces interrogations qui subsistent sur le rôle des centrales sont légitimes, mais l'heure n'est pas à une division souhaitée par les ennemis de la Nation. Bien au contraire, il est plus que jamais nécessaire de resserrer les rangs face à l'offensive accrue de la droite contre les travailleurs.
Cette nécessaire unité ne doit pas se faire pour autant à n'importe quel prix. Certains, en effet, pourrait être tentés d'utiliser cette nécessité pour remettre en cause des valeurs fondamentales du combat syndical et politique, c'est-à-dire du combat progressiste et/ou révolutionnaire. Aussi, tout en veillant à maintenir entre nous l'indispensable débat d'idées, nous devons être très vigilants et notamment refuser d'abandonner, au nom d'une union de circonstance, les valeurs qui ont fait et font la force de notre syndicat, la CGT.
Souvenons-nous que le rassemblement, qui fait partie de nos idéaux, ne doit jamais se transformer en ramassis…
Pour faire face à l'offensive des forces réactionnaires qui tirent les ficelles de la finance mondiale, particulièrement actives dans notre pays, nous devons nous unir sans jamais nous renier.
2010 a vu se creuser encore plus l'écart entre les pauvres et les riches, a vu augmenter considérablement le nombre de nos concitoyens qui vivent sous le seuil de pauvreté, a vu s'appauvrir un peu plus des classes moyennes en constante régression. En d'autres termes, encore plus de gens très pauvres, moins de gens qui s'en sortent à peu près mais de plus en plus mal, et une toute petite proportion de gens qui continuent à s'enrichir toujours plus en appauvrissant les autres. Ce sont ces riches, regroupés dans une "aristocratie républicaine", que défend Sarkozy. Et c'est pour eux que sont faites les réformes qui nous dépouillent toujours plus de nos droits et de nos moyens de subsistance.
Bien que conscients de la gravité de la situation, de la dégradation constante tant en matière politique qu'en matière de conditions de travail, et de conditions de vie en général, beaucoup de nos concitoyens ont tendance à baisser les bras, lassés par des politiciens corrompus plus soucieux de leurs carrières personnelles que de l'intérêt général, plus préoccupés de se faire une place dans l'Europe capitaliste que de défendre les valeurs de la République, plus attachés à accroître les privilèges financiers de quelques-uns qu'à promouvoir la justice sociale et économique.
Beaucoup de nos concitoyens sont aussi déconcertés par le flou artistique entretenu par ceux qui se réclament de la gauche tout en défendant une politique libérale, c'est-à-dire capitaliste. C'est le cas évidemment du PS, qui n'en finit pas, à travers des déclarations et des contre-déclarations, de louvoyer entre les écueils de ses contradictions, par exemple en affirmant un jour défendre les 35h pour mieux les remettre en cause le lendemain. La confusion se renforce par la mise en avant sur le plan médiatique d'écrits qui, sous couvert d'un humanisme idéaliste et œcuménique - et tout en développant une rhétorique de soutien à un libéralisme "soft" et de rejet des organisations de travailleurs – essaient de canaliser l'exaspération, et souvent la colère des citoyens en appelant à "l'indignation" (terme essentiellement moral) plutôt qu'à la révolte (terme potentiellement dangereux pour l'establishment politique). Certains camarades saluent sa référence au programme du CNR, ce qui est certes fort louable, à condition de ne pas oublier toutefois que le CNR était composé d'un large éventail politique qui allait des royalistes à l'extrême gauche. S'en réclamer n'implique donc pas nécessairement que l'on se situe dans une mouvance politique proche du PCF. Preuve en est que pour Hessel l'avenir est dans Strauss-Kahn, le directeur du FMI : c'est tout dire…
Je le dis depuis longtemps, et je le redis aujourd'hui : les choses seront beaucoup plus claires pour les uns et les autres si l'on considère que le PS, qui défend une politique libérale, n'est pas à la droite de la gauche, mais bien à la gauche de la droite.
Si d'ici 2012 la gauche, et particulièrement le PCF, ne parvient pas à retrouver ses bases idéologiques et à établir clairement un projet de société crédible [qui ne soit surtout pas un simple "aménagement" de la société actuelle, établi au nom d'un pseudo-réalisme masquant en réalité un manque de détermination dans la volonté d'un changement radical de société], la gauche risque d'être définitivement réduite dans le champ politique, et ce pour de nombreuses années, à un simple courant d'opinion. Sans oublier qu'elle laissera alors le champ libre à une extrême droite à l'affût…
Les années qui viennent seront certainement très difficiles pour les travailleurs. Fort de son succès tactique lors des mouvements de 2010, le gouvernement va renforcer son offensive contre les citoyens. En effet, il ne peut analyser le refus des centrales de porter la lutte sociale jusqu'à la paralysie du pays que comme la possibilité pour lui d'aller encore plus loin dans l'appauvrissement d'une grande partie de la population, la destruction systématique des services publics sous couvert de privatisation, la redéfinition des règles et des conditions de travail toujours plus défavorables aux "petits et aux sans grade", la promulgation de lois liberticides, l'assujettissement croissant des citoyens et de la Nation à des diktats imposés par le grand capital, etc. Ce gouvernement le fera d'autant plus volontiers qu'il n'est partisan et ne défendra farouchement qu'une seule liberté : celle de piller les richesses humaines et économiques de notre pays.
Mais ce même gouvernement, quoi qu'il en dise et quoi qu'en rendent compte les médias à sa botte, ne peut ignorer pour autant l'ampleur du mouvement de 2010 et le rejet de sa politique par une majorité des citoyens. Malgré leur reculade devant une grève générale, les syndicats ont montré leur capacité de mobilisation, et particulièrement notre syndicat CGT. Autant dire que la problématique actuelle du gouvernement - mais aussi pour celui d'après 2012 quel qu'il soit - la question se pose de savoir jusqu'où il peut aller trop loin...
A nous de lui faire savoir qu'il a déjà dépassé les limites. A nous de l'obliger à reculer, de l'empêcher de continuer son hold-up économique et social. Car ne nous leurrons pas : à moins d'un soulèvement populaire massif, le gouvernement Sarkozy continuera ses méfaits jusqu'aux élections de 2012.
Sauf imprévu, l'année qui vient verra la disparition de notre hôpital Saint-Vincent-de-Paul. C'est un crève-cœur pour beaucoup d'entre nous, qui ont connu un système de soins dans lequel primaient la santé et le bien-être des patients, le sentiment aussi d'appartenir à une communauté, soignants, administratifs, PO, etc., tous investis dans le désir de faire leur travail au mieux. La disparition de Saint-Vincent-de-Paul sonne aussi le glas de cette vision de la politique de Santé publique, humaine et s'insérant dans le cadre du service public. C'est désormais une Santé soumise à une logique comptable froide et sans états d'âme qui nous est imposée, avec son cortège de drames humains, tant pour les patients que pour les personnels.
La CGT sera de tous les combats, n'en doutez pas.
Bernard Giusti
Secrétaire Général du syndicat CGT de l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul
CGT Saint-Vincent-de-Paul 01 40 48 81 98 – 06 76 78 13 76
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