Bon, d’abord, « sans illusions » ne veut pas dire baisser les bras et se retirer dans sa tour d’ivoire.
Et « considérations » prend toute la mesure du peu d’importance de ce propos individuel, un parmi des milliers et des milliers consacrés aux mêmes thèmes.
Ceci dit, venons en au propos de ce jour.
Chacun de son côté, des amis, dont je connais et respecte les divers militantismes, m’envoient la pétition « Pour une dynamique populaire du Front de Gauche » [1], qu’ils viennent de signer avec enthousiasme.
De quoi s’agit-il ? Le Front de Gauche, on le sait, est une alliance électorale entre le Parti communiste français, le Parti de gauche et la Gauche unitaire (issue d'une scission du NPA). Avec cette pétition, il s’agit de modifier profondément la nature de ce cartel de partis : sans pour autant créer une nouvelle organisation politique en son sein, les signataires demandent au FdG la création d’un cadre permettant d’accueillir à titre individuel ceux qui se reconnaissent dans une dynamique qui leur apparaît évidente :
« C'est pourquoi, membres ou non de partis ou d'autres organisations démocratiques, nous souhaitons aller au-delà d'un soutien au Front de gauche pour en devenir pleinement parties prenantes. Nous avons des idées, de l'énergie, des liens avec des milliers de femmes et d'hommes dans notre pays. Rassemblons nos forces avec pour projet de construire et de gagner ensemble. En nous engageant personnellement, nous pouvons donner naissance à une véritable dynamique politique et citoyenne. Les responsabilités des partis constitutifs du Front de gauche sont essentielles. L'une d'elles, à notre sens, est de faire en sorte que soit créé le cadre qui nous permettra de nous lancer dans la bataille. Un cadre auquel il sera possible d'adhérer directement sans autre condition que de partager les objectifs fondamentaux du Front de gauche. Un cadre dans lequel nous pourrons faire valoir nos idées et démultiplier sur tout le territoire des milliers d'initiatives citoyennes de rassemblement pour faire vivre un nouvel espoir à gauche et l'enraciner. »
Je retrouve sur la liste des premiers signataires des noms dont le passé témoigne tellement d’un engagement honnête et courageux, que je ne les soupçonnerais pas aujourd’hui, qu’ils soient (comme je le suis depuis longtemps, orphelins d’un parti, ou qu’ils y militent encore [2]) de vouloir défendre une nouvelle chapelle, de porter de nouveaux enjeux de pouvoir, bien que l’on ne puisse pas contourner la question.
Je comprends, je sais, pour l’éprouver moi-même, qu’ils n’en peuvent plus de l’impuissance actuelle de la gauche dite de gouvernement, qu’ils souffrent de l’avoir vue si souvent s’engager dans des impasses, qu’ils ne voudraient pas galvauder les chances actuelles de peser sur l’orientation de la social-démocratie. C’est dire que les remarques qui suivent ne sont en rien une critique facile, et encore moins un défaussement, bien que je ne signe pas cette pétition.
Sans être collectionneur des listes de signataires des pétitions passées, (et Dieu sait qu’il y en a eu, et Dieu sait que j’en ai signé), je retrouve dans la liste des premières centaines de signataires bien des noms déjà rencontrés lors des précédentes tentatives de rassemblement de la Gauche de la Gauche, et notamment celles de 2006-2007.
Une fois de plus, ces citoyens ne veulent pas être des supporters plus ou moins médiatiques, au plan national ou au plan local, mais des acteurs. Par là même, leur demande suscite deux questions incontournables, questions que leurs posent des dizaines de blogs, et questions auxquelles, pour l’heure, ils ne répondent pas :
- Dans le rassemblement pour le changement, la diversité des individus et de leurs engagements, leur désir d’autonomie individuelle transcendent la logique de l’organisation des partis. Mais comment la somme de leurs visions et de leurs aspirations peut-elle contribuer à l’élaboration d’un programme commun ?
- Or chacun comprend, ou devrait comprendre, que ce n’est pas le rassemblement en soi qui, au-delà des convaincus, au-delà des partisans du FdG, peut vraiment mobiliser dans le « pays profond », dans le monde du travail, mais c’est bien le programme, ce sont bien les perspectives concrètes proposées par les partis et par leurs dirigeants.
J’ai si souvent entendu mon père me parler du Front populaire et du rôle dans son échec de l’absence de comités d’union à la base, j’ai si longtemps été formé dans mon ancien militantisme communiste à l’idée que l’Union au sommet ne serait que mots sans l’Union à la base, et, comme beaucoup, j’ai si souvent eu l’occasion de constater combien les dirigeants, grands et petits, abandonnaient facilement ce principe haut proclamé, que je me pose aujourd’hui, comme tant d’autres, la question de ce que pourrait être, de la base au sommet, et non pas du sommet à la base, une véritable union populaire dans la dynamique du FdG.
Voilà un défi historique auquel, tout en maintenant l’indispensable notion de « PARTI », cohérent, porteur de valeurs et de perspectives collectives, les partis du FdG devraient répondre, sans attendre que la pression des événements, souvent imprévisibles mais toujours fruits des nécessités, ne vienne placer un peuple désarmé et des dirigeants désorientés devant une situation sur laquelle ils n’auraient pas prise, ou si peu…
René Merle
[1] http://dynamique-frontdegauche.fr/.
[2] Et je pense en particulier aux quelques communistes historiques qui, en 2007, s’étaient adressés à la direction de leur parti pour dire, avec souffrance, combien la candidature de Marie-George Buffet leur apparaissait une impasse.