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Blog d'actualité politique

Les origines de la construction européenne

Publié le 7 Juillet 2026 par Vendémiaire in Europe

Les origines de la construction européenne

7 juillet 2026

 

par Régis Chamagne

«Voilà maintenant trente-cinq ans que le traité de Rome a été signé et que d’Acte unique en règlements, de règlements en directives, de directives en jurisprudence, la construction européenne se fait sans les peuples, qu’elle se fait en catimini, dans le secret des cabinets, dans la pénombre des commissions, dans le clair-obscur des cours de justice. Voilà trente-cinq ans que toute une oligarchie d’experts, de juges, de fonctionnaires, de gouvernants prend, au nom des peuples, sans en avoir reçu mandat des décisions dont une formidable conspiration du silence dissimule les enjeux et minimise les conséquences». ~ Philippe Seguin

Parfois, on peut lire ou entendre : «L’Europe est une belle idée qui a mal tournée».

C’EST FAUX !

Dès le début, la construction européenne a été une entreprise totalitaire dont l’idée centrale est la suivante : un groupe de spécialistes non élus chargé de produire les lois et de les faire respecter ; c’est la confrérie des protecteurs de la loi. Cette idée a été exprimée pour la première fois par le juriste nazi Walter Hallstein en 1939. Cette confrérie porte un nom aujourd’hui : la Commission européenne. Il faut ajouter que tout cela s’est fait sous la tutelle des États-Unis qui ont recyclé Walter Hallstein à l’instar de nombreux autres nazis.

Après les deux guerres mondiales qui saignèrent l’Europe et dans les moments qui suivirent la seconde, l’aspiration à la paix, à une Europe de la paix, dominait les esprits et les cœurs. L’idée d’une construction européenne qui préserverait la paix en Europe s’est alors diffusée largement. La coopération et le partage plutôt que la guerre en quelque sorte. Cette propagande a servi à masquer ce projet d’essence totalitaire.

Le processus d’intégration des nations au sein d’une Europe fédérale et supranationale se mit en place progressivement, d’abord par le traité de Paris qui établit la CECA (Communauté économique du charbon et de l’acier) signé le 18 avril 1951, puis par le traité de Rome créant la CEE (Communauté économique européenne) et la CEEA (Communauté européenne de l’énergie atomique), ou Euratom, le 25 mars 1955. Ces deux traités furent signés par les gouvernements de six pays : l’Allemagne de l’Ouest, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Belgique et la France, puis ratifiés par les parlements de ces pays sans qu’aucun peuple n’eût été consulté. Le roman supranational européiste nous raconte que les opinions publiques y étaient favorables, mais en l’absence de consultation effective des peuples, nul ne peut l’affirmer.

Quoi qu’il en soit, il est certain que la propagande en faveur d’une Europe supranationale a fonctionné correctement jusqu’en 2005. Les éléments de propagande ont évolué, depuis «aimons-nous les uns les autres» à une promesse de paix, de prospérité, de progrès pour tous, de plein emploi, de protection sociale, etc. Soixante-quatorze ans plus tard, chacun peut constater que le résultat est exactement l’inverse des promesses.

Aujourd’hui, parmi les arguments les plus souvent cités en faveur de l’Union européenne, il y a cette idée que l’union fait la force, que la France seule ne pèserait rien dans le monde globalisé, et surtout que l’Europe serait un contrepoids à la puissance américaine. Si tel était le cas, les États-Unis lutté contre cette entreprise visant à lui disputer sa position dominante dans le monde occidental. Au lieu de cela, ils la soutiennent depuis le début. Ainsi, le général Dwight Eisenhower, à l’époque commandant en chef de l’OTAN en Europe, déclarait à Paris Match n° 136 du 27 octobre 1951, quelques mois seulement après la signature du traité de Paris établissant la CECA: «Rien ne pourrait nous être plus agréable que d’apprendre que les États d’Europe occidentale ont décidé de réunir dans une ville d’Europe — disons à Luxembourg — des délégués responsables avec le mandat de rédiger l’acte constitutionnel de l’Europe […]. L’Europe fonctionnerait comme fédération. […] Aucune décision ne pourrait mieux nous aider dans la tâche que nous poursuivons». Plus tard, quand la Grèce a menacé de sortir de la zone euro, le président des États-Unis de l’époque, Barack Obama, s’est démené, en faisant pression sur la chancelière allemande et le premier ministre grec. De même, il s’est déplacé en pure perte au moment du référendum sur le Brexit, pour faire campagne en faveur du maintien de la Grande-Bretagne dans l’UE. Cet argument de contrepoids aux États-Unis est une vaste blague.

En outre, le général De Gaulle avait son idée sur la question, idée qu’il exprima au cours de la conférence de presse du 15 mai 1962 : «Je voudrais parler plus spécialement de l’objection de l’intégration. On nous l’oppose en nous disant “fondons ensemble, les six États, dans quelque chose de supranational, dans une entité supranationale et ainsi tout sera très simple et très pratique”. Cette entité nationale, on ne la propose pas parce qu’elle n’existe pas. Il n’y a pas de fédérateur aujourd’hui, en Europe, qui ait la force, le crédit et l’attrait suffisant. Alors on se rabat sur une espèce d’hybride, et on dit “et bien tout au moins que les six États acceptent, s’engagent à se soumettre à ce qui sera décidé par une certaine majorité”. En même temps on dit «il y a déjà six parlements européens, six parlements nationaux plus exactement, une assemblée parlementaire européenne ; il y a même une assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe qui il est vrai est antérieure à la conception des six et qui me dit-on se meurt au bord où elle fut laissée. Et bien malgré tout cela, élisons un parlement de plus que nous qualifierons d’européen, qui fera la loi aux six États”. Ce sont des idées qui peuvent peut-être charmer quelques esprits, mais je ne vois pas du tout comment on pourrait les réaliser pratiquement quand bien même on aurait six signatures au bas d’un papier. Y a-t-il une France ? Y a-t-il une Allemagne ? Y a-t-il une Italie ? Y a-t-il une Hollande ? Y a-t-il une Belgique ? Y a-t-il un Luxembourg qui soit prêt à faire, sur une question importante pour eux au point de vue national et au point de vue international, ce qui leur paraîtrait mauvais parce que ça leur serait commandé par d’autres ? Est-ce que le peuple français, le peuple allemand, le peuple italien, le peuple hollandais, le peuple belge, le peuple luxembourgeois sont prêts à se soumettre à des lois que voteraient des députés étrangers dès lors que ces lois iraient à l’encontre de leur volonté profonde ? Mais ce n’est pas vrai. Il n’y a pas moyen à l’heure qu’il est de faire en sorte qu’une majorité puisse contraindre une majorité étrangère, puisse contraindre des nations récalcitrantes. Il est vrai que dans cette Europe, intégrée comme on dit, il n’y aurait peut-être pas de politique du tout, ça simplifierait beaucoup les choses. Et puis, en effet, dès lors qu’il n’y aurait pas de France, pas d’Europe, qu’il n’y aurait plus de politique, faute qu’on puisse en imposer une à chacun des six États, on s’abstiendrait d’en faire. Mais alors, peut-être, tout ce monde se mettrait à la suite de quelqu’un du dehors et qui lui en aurait une. Il y aurait peut-être un fédérateur, mais il ne serait pas européen et ce ne serait pas l’Europe intégrée. Ce serait tout autre chose de beaucoup plus large et de beaucoup plus étendu, avec je le répète UN FÉDÉRATEUR !»

L’Union européenne : un projet libéral sous tutelle américaine

Ce que le général De Gaulle avait sous-entendu en parlant d’un fédérateur extérieur à l’Europe et qui aurait une politique pour l’Europe, Geir Lundestad, un fervent promoteur de la construction européenne et du lien transatlantique, l’écrit dans un livre intitulé EUROPAMÉRIQUE — États-Unis et Europe de l’Ouest de 1945 à nos jours et désigne le fédérateur.

Précisons donc que Geir Lundestad fut directeur de l’institut Nobel jusqu’à fin 2014. Après des études universitaires en Norvège et au Danemark, il passa plusieurs années aux États-Unis, en tant que chercheur à l’université Harvard entre 1978 et 1979 puis en 1983, et au Woodrow Wilson International Center for Scholars à Washington en 1988 et 1989. C’est l’année suivante, en 1990, qu’il devint le directeur de l’institut Nobel. J’ai donc pris mes sources chez l’ennemi pour ne pas risquer d’être accusé de complotisme.

Dans un chapitre intitulé Les raisons d’une intégration européenne favorisée par les États-Unis, il écrit : «Ensuite, si les États-Unis soutiennent une Europe de l’Ouest intégrée, celle-ci ne doit pas devenir une Europe indépendante au sens de cette “troisième force” si souvent évoquée, notamment par la gauche européenne. Dans la perspective américaine, l’Europe intégrée a toujours sa place dans un contexte atlantique au sens large». Et plus loin «Avec le plan Marshall, les États-Unis se posent en ardents défenseurs de l’intégration européenne. Cette intégration doit être aussi vaste que possible en raison de ses objectifs : contenir l’Union soviétique et le communisme ; intégrer les régions occidentales de l’Allemagne au sein d’une Europe de l’Ouest revitalisée, plus particulièrement en ce qui concerne la France».

Ensuite, dans un chapitre intitulé Les raisons du soutien américain à l’intégration européenne, Geir Lundestad précise les motivations du soutien américain : «la promotion du modèle américain (un système fédéral, la démocratie politique et des marché libres et ouverts), le développement d’une Europe plus rationnelle et plus efficace qui allégerait le fardeau américain et l’endiguement de l’Union soviétique et de l’Allemagne». Plus loin, dans un chapitre sur l’économie, il précise : «Les objectifs économiques des États-Unis sont assez clairement définis : renforcement du multilatéralisme économique et, notamment, promotion d’échanges plus libres. […] Le présupposé est alors le même qu’autrefois pour la Grande-Bretagne : en tant que première puissance économique mondiale, ils bénéficient d’avantages considérables dans le cadre d’un régime de libre échange». Ce régime de libre échange est pensé dès le départ comme outil de conquête et de domination économique, c’est-à-dire asymétrique, ainsi que le note l’auteur : «Les États-Unis insistent généralement beaucoup plus sur le retrait des barrières commerciales des autres pays que sur le démantèlement de leur propre système de tarifs douaniers, encore relativement élevés».

Il faut bien comprendre que le concept de libre échange est, du point de vue américain, l’outil technique de leur domination économique sur le monde, adossé au dollar, outil de domination monétaire, et combiné avec la puissance militaire, outil de leur domination globale. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Dès 1812, alors que les États-Unis ne comptaient que treize États et une population de 6,5 millions de colons blancs, Andrew Jackson, qui n’était pas encore président, déclarait : «Nous allons nous prévaloir de notre droit au libre-échange et ouvrir le marché aux produits de notre sol afin d’égaler les exploits de Rome». C’est dire si cette idée est prégnante dans la politique américaine depuis toujours.

Cette stratégie de conquête économique intégra dès le départ, comme il se doit, une dimension idéologique : «La tâche de l’administration en général, et du département d’État en particulier, est d’inciter les différents pays à ouvrir leurs frontières afin de diffuser la culture américaine aussi librement que possible dans le monde». écrit encore Geir Lundestad, et plus loin : «Une fois l’ouverture rendue possible par les diplomates, films, musique et littérature se diffusent rapidement dans la plupart des pays d’Europe de l’Ouest». Geir Lundestad a raison de parler de supériorité idéologique plutôt que culturelle. Il s’agit en effet du volet culturel d’une stratégie de puissance économique et non du rayonnement naturel d’un modèle de civilisation. En effet, le rayonnement culturel est intrinsèquement lié à chaque nation : chaque corps rayonne naturellement selon ses propres fréquences alors qu’ici nous avons affaire à un mode d’action qui s’appuie sur une logique économique (la puissance) plutôt que sur une logique culturelle (le rayonnement naturel).

Au final, Geir Lundestad nous présente l’intégration européenne sous tutelle américaine comme un bienfait. Il défend l’idée que ce sont surtout les pays européens qui ont appelé les Américains à assumer leur hégémonie sur l’Europe, ce qu’il nomme «un empire par invitation» et que les généreux Américains ont construit un «empire» sur un mode nouveau, amical et humaniste. Nonobstant ses opinions personnelles relatives aux stratégies menées de part et d’autre de l’Atlantique, ses propos ne laissent aucun doute quant à la volonté américaine de promouvoir une Europe supranationale. Il oublie de préciser que la plus grande partie des dirigeants ou responsables influents des pays d’Europe étaient à l’époque des agents d’influence américains, financés par eux.

Ainsi la construction européenne relève d’un plan de domination des États-Unis sur les pays d’Europe. Les étapes successives de ce plan ont été mises en œuvre sans l’accord des citoyens des différents pays d’Europe, à l’exception de quelques cas où d’ailleurs, quand les peuples votaient «mal», on les faisait voter de nouveau (cas de l’Irlande pour le TCE) ou on les contournait par d’autres moyens institutionnels (cas de la France et des Pays-Bas pour le TCE). On voit bien, ainsi que Philippe Seguin l’avait exprimé à l’Assemblée nationale, que tout le processus de construction européenne n’a rien de démocratique.

Paul Craig Roberts, sous-secrétaire du Trésor américain dans les années 1980, s’exprimant sur la chaîne YouTube «NOUVEAU MONDE french» le 31 juillet 2025, à propos de la relation UE/USA dit ceci : «Les pays européens ont renoncé à la notion de souveraineté nationale depuis des décennies, ils associent la souveraineté nationale fondée sur l’ethnie à l’Allemagne nazie, et donc, ils voient cette idée comme une menace, un danger. Cela a donc été facile pour la CIA de les rassembler dans l’Union européenne […] La France du Général de Gaulle était le dernier bastion de l’indépendance européenne : il a refusé d’entrer dans l’OTAN, il a refusé de suivre la politique financière américaine, il exigeait de l’or en échange des dollars qu’il détenait sous forme d’obligations du Trésor dans la banque centrale française […] Tous les Européens ont été des marionnettes américaines, vraiment, depuis la fin de la seconde guerre mondiale…» Des marionnettes ridicules, pitoyables, qui se couchent, ou pire, quand le locataire de la Maison Blanche fait mine de se désintéresser de l’Europe, comme c’est le cas actuellement.

Et ce n’est pas tout, malheureusement. En plus de la mécanique d’asservissement des peuples d’Europe aux ambitions étasuniennes, les fondamentaux idéologiques de cette construction puisent dans des cloaques aux fumets nauséabonds.

Les origines idéologiques nazies de l’Union européenne

Walter Hallstein fut le premier président de la Commission européenne. Il signa le traité de Rome aux côtés du chancelier Konrad Adenauer. Mais avant d’en arriver là, il avait eu un parcours professionnel et politique intéressant et souvent méconnu, ce que nous révèlent les quatre coauteurs du livre Les racines nazies de «l’Union européenne de Bruxelles».

Le chapitre consacré à Hallstein débute ainsi : «Walter Hallstein fut un éminent juriste impliqué dans la planification légale et administrative d’une Europe d’après-guerre placée sous le contrôle des Nazis et de leurs alliés de l’industrie, le cartel du pétrole et des médicaments IG Farben».

Walter Hallstein eut donc une carrière de juriste, et en début de carrière, il reçut une formation spéciale au Kaiser Wilhem Institute à Berlin, institut privé largement financé par le cartel IG Farben. Après l’accession des Nazis au pouvoir, il adhéra aux deux associations fondées pour accompagner juridiquement la future conquête de l’Europe par l’Allemagne nazie, c’est-à-dire pour imposer les lois nazies aux futurs pays démocratiques soumis : l’Association des Juristes Allemands Nationaux-Socialistes [Bund Nationalsozialistischer Deutscher Juristen (BNSDJ)] et l’Association nazie des «Protecteurs de la Loi» [Rechtswahrer], un des piliers du régime, de sinistre mémoire.

Fervent défenseur des lois raciales de Nuremberg, il se vit récompensé le 18 mai 1936 en étant nommé au poste de doyen de la faculté de droit et d’économie de Rostock. Plus tard, après la rencontre entre Hitler et Mussolini le 9 mai 1938, un groupe de travail fut constitué. «Le but principal de ce groupe était de créer la base juridique nécessaire pour le règne de la coalition des fascistes et d’IG Farben sur l’Europe, afin que celui-ci prenne effet une fois que l’Allemagne et l’Italie auraient subjugué le reste du continent. Les thèmes prioritaires qui furent discutés étaient “la protection de la propriété intellectuelle” [à savoir, l’extension des brevets, et tout particulièrement ceux du cartel d’IG Farben à travers toute l’Europe] et “la protection de la race” [le mot de code pour fixer la race aryenne en tant que la maîtresse du monde]», écrivent les coauteurs. Walter Hallstein, stratège juridique et politique, tint une place de choix dans ce groupe de travail.

Le 23 janvier 1939, à Rostock, Walter Hallstein, alors doyen de la faculté, donna un discours devant le ban et l’arrière-ban de la ville et en présence du ministre d’État le Dr. Scharf. Ce «discours de la conquête» traitait de la restructuration juridique de l’Europe, doux euphémisme pour signifier, dans une pure novlangue orwellienne, comment les futurs pays conquis allaient devoir se soumettre aux lois nazies et fascistes.

Extraits : «La caractéristique la plus remarquable de l’État du droit d’aujourd’hui sera éternellement la politique totale de la loi. Ceci signifie une révolution d’une taille et d’une profondeur sans précédent des systèmes juridiques archaïques, et ce jusque dans leurs moindres recoins». Il faut comprendre que la politique totale de la loi sera la mise en place de la dictature dans les pays annexés et que les systèmes juridiques archaïques sont les systèmes démocratiques de ces pays. Et plus loin : «La création du Reich de l’Allemagne élargie est un fait politique, une “loi du Führer” de dimension historique ; une de ces lois qui changent le paysage de l’Histoire et comblent un vieux désir du peuple ; un événement économique aux conséquences tout simplement inimaginables ; un événement d’une importance exceptionnelle du point de vue de l’histoire du droit». Et de préciser : «La tâche ne consiste plus simplement à rénover une vieille maison délabrée, mais de construire un nouveau bâtiment pour une famille élargie sur un territoire agrandi». L’Allemagne élargie, le territoire agrandi signifient l’Europe sous direction allemande. Le peuple dont il est question est le peuple aryen.

On trouve dans ce discours les idées maîtresses qui allaient structurer les différents traités européens, depuis celui qui établit la CECA jusqu’au traité de Lisbonne. En particulier cette confrérie des «protecteurs de la loi», un groupe de spécialistes chargés de produire les lois et de les faire respecter, en dehors de tout processus démocratique. Extraits du discours : «Selon une loi de la Nature qui est innée dans la profession du “Protecteur de la loi”, ce dernier doit finalement être l’architecte responsable de la loi». Et plus loin «La création de la loi nouvelle est seulement la tâche des législateurs, et le rôle du juge se limite à l’intégration — le fait de “présenter” — des “faits de la vie” en vertu des faits qui ont été déterminés par la loi». C’est quasiment la définition d’un régime totalitaire chimiquement pur. Logiquement, on retrouve cette idée essentielle de la construction européenne dès le traité de la CECA, dans son article 9, les gardiens de la loi se nommant «Haute autorité». Puis en 1957, Hallstein incorpora de nouveau ce principe dans le traité de Rome, principe repris dans l’article 17 du TUE donnant à la Commission le monopole de l’initiative législative et le pouvoir de vérifier l’application des lois européennes en dehors de tout contrôle démocratique, en plus d’être l’organe exécutif de l’UE.

En 1944, Walter Hallstein, officier administratif dans la Wehrmacht, fut fait prisonnier par les alliés pendant la bataille de Cherbourg et détenu dans un camp aux États-Unis. Après un trou noir de quatre ans dans sa biographie, on le vit resurgir en 1948 en tant que vice-recteur de l’université de Francfort et professeur associé à l’université de Georgetown. On peut supposer qu’il fut recyclé par les Américains, à l’instar de Werner von Braun dans un autre domaine, pour servir les intérêts étasuniens sur le continent européen.

À partir de 1950 il fut à la tête de la délégation allemande chargée de négocier les traités européens successifs et de fait il fut l’architecte de la construction européenne. Il élabora la doctrine Hallstein, doctrine contenue dans son discours de la conquête, et le plan Hallstein d’une Europe fédérale, sous-entendu sous domination du Cartel. Et enfin, il fut le premier président de la Commission européenne. Voici ce qu’il a lui-même écrit à propos de la Commission dans son livre intitulé La Communauté européenne : «Chaque action commence avec la Commission ; La Commission est l’élément le plus original de l’organisation de la Communauté, et qui n’a aucun précédent direct dans l’histoire ; Sa fonction est de représenter la Communauté à l’intérieur et à l’extérieur […] ; La Commission est indépendante des gouvernements des États membres […] ; La Commission possède le monopole de l’initiative législative».

On pourrait s’étonner à première vue de ce mariage de la carpe et du lapin, d’un modèle étasunien de libre échange en apparence démocratique avec une idéologie totalitaire d’essence nazie. En fait, si l’on scrute au-delà de ce théâtre d’ombres, si l’on sort de la caverne, cela n’a rien de contradictoire. Naomi Klein le montre à travers les différents exemples historiques qu’elle analyse dans son livre La stratégie du choc. Comment un système politique appelé démocratie, c’est-à-dire le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple pourrait-il être compatible avec un système économique prédateur qui mène logiquement à l’accaparement des richesses par un tout petit nombre et à la mise en esclavage de la multitude ? Et de fait, l’on s’aperçoit que plus le libéralisme économique progresse, plus les libertés des peuples régressent, au point que les habits de la démocratie libérale se déchirent, ne laissant plus que quelques oripeaux, pas même un cache-sexe : LE ROI EST NU.

Le roi est nu et il ne cherche même plus à le cacher. Le 28 janvier 2015, Jean-Claude Junker, président de la Commission européenne, déclara après la victoire du parti Syrisa aux élections en Grèce, dans un entretien au Figaro : «Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens». Plus récemment, l’élection présidentielle en Roumanie fut annulée par la Cour constitutionnelle roumaine, sous la pression de l’UE incarnée pour l’occasion par l’ambassadeur de France sur place, après que le candidat souverainiste Calin Georgescu fut arrivé en tête à l’issue du premier tour. Et Thierry Breton d’enfoncer le clou : «Si ça se produit encore (sous-entendu en Allemagne avant les élections), nous le referons». Et que dire de l’arrestation d’Eugénia Gutsul, dirigeante de Gagaouzie, région autonome du sud de la Moldavie, pour des raisons fallacieuses ? Ils ne se cachent même plus.

En résumé, l’Union européenne est l’outil politique de domination des États-Unis sur les nations d’Europe, fondé sur une idéologie nazie. Et de façon assez exemplaire, presque comique pour ceux qui auraient encore la faculté d’en rire, cette dualité des origines de la construction européenne est parfaitement illustrée par les deux «pères fondateurs» français, Robert Schuman et Jean Monnet : un ancien ministre du maréchal Pétain et un agent d’influence américain !

Régis Chamagne

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