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Blog d'actualité politique

Le "champ" communiste des années 1980 à propos du livre de François Asensi par danielle Bleitrach

Publié le 6 Août 2026 par Vendémiaire in France-Politique - société, Histoire - textes fondamentaux - débats - biograph...

Le "champ" communiste des années 1980 à propos du livre de François Asensi par danielle Bleitrach

François Asensi m'a très gentiment envoyé son livre autobiographique "Et pourtant communiste"... Avec une dédicace dans laquelle il me dit suivre mes écrits avec intérêt. Je l'ai reçu lundi et je l'ai pratiquement achevé tant il est direct et d'une lecture aisée. La description des origines familiales entre l'Espagne et la Seine saint Denis, la manière dont depuis la JC se fabrique un dirigeant communiste élevé dans le sérail tout cela donne de la chair au plaidoyer, mais est disons la loi du genre des biographies militantes. La description du terreau familial qui mène de l'Espagne, républicaine à,la Seine saint denis et de là alimente les camps de concentration, donne à la mise à l'écart l'allure d'un séisme. Nombreux sont ceux qui l'ont vécu ce séisme là, une hécatombe qui a frappé de tous côtés à,la fois. Mais il y a dans ce livre un plus politique qui va bien au-delà d'un traumatisme : à savoir la nécessité d'un bilan politique pour rester communiste. En particulier en ce qui concerne ces années quatre vingt pour l'élucidation desquelles j'ai écris le zugzwang. Et je me suis dit en lisant François Asensi, que, lui et moi, nous étions l'illustration du "champ des communistes " de cette époque là ! Aux deux extrémités. Et que ce n'était sans doute pas un hasard si nous avions aujourd'hui des réflexes si semblables à savoir ne plus vouloir être au parti et dans le même temps continuer à lui manifester une fidélité, qui nous fait repousser l'idée que l'on puisse renier ce qu'on est au point de suivre Mélenchon. Expliquons nous à partir de ce livre...

Publié par Danielle Bleitrach

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Article original pour le blog

 

Le paradoxe c'est que dans ces années quatre vingt nous sommes apparemment lui et moi chacun à un au bout de l'échiquier... Il chosit l'eurocommunisme moi je m'en méfie, il est d'accord avec la destalinisation moi je trouve que ce machin doit être vrai puisque Georges Marchais, est d'accord mais moi cela ne me convainc pas... et tout à l'avenant.. .

Je parle de champ comme je l'ai fait dans le zugzwang en référence à ce concept de Bourdieu qui justement me parait traduire vraiment bien ce qui s'est passé dans les années quatre vingt quand ,le reflux des choix dits néolibéraux, la rigueur patronale, donnait ses coups de boutoir, alors la dimension de classe a paru se transformer en un monde parcellisé atour d'enjeux spécifiques. La société française redevenait ce que Marx appelle le sac de pomme de terre en décrivant les isolats paysans dans lequel chacun est enfermé dans un horizon étroit de chef lieu de canton, avec ses petits grands hommes notables réduits sans cesse à néant par les petites intrigues, rivalités et bassesses. L'Histoire s'est rétirée er n'a laissé sur la grève qu'un cénacle de papoteurs qui n'aidait pas beaucoup à sortir de la boue dans laquelle on s'enlise. Et chaque élection présidentielle nous a lancé un sauveur suprême comme le décrit Marx à propos de la montée au pinacle du coup d'Etat du prince président, fruit de ce rétrécissement, une défaite ouvrière elle même parquée dans ses ghettos...

En ce temps là le pCF s'est rétréci à ses querelles internes dans une gauche sans perspective et organisant la soumission. Les agents qui composent un champ partagent une « croyance dans l'intérêt du jeu », et la valeur que les agents d'un champ peuvent accorder à ses enjeux peuvent paraître incompréhensibles à un observateur extérieur. L'illusion est irréductible aux autres champs : « on ne pourra pas faire courir un philosophe avec des enjeux de géographes ». Un champ est hiérarchisé : les agents qui le composent peuvent occuper des positions dominantes ou dominées. Ils sont en concurrence pour l'obtention de positions rares au sein du champ. Nous sommes passés de ce à quoi notre génération a adhéré la grande Histoire celle que faisaient les masses, celles que les héros du quotidien, les communistes peu à peu ont été repoussés, parqués dans cet enclos.

Pourtant nous étions des communistes et rien n'a jamais pu nous priver de cette identité là : et bizarrement aujourd'hui nous le savons encore , comme François le décrit dans sa famille, dans son quartier on a jamais laissé Doriot venir duper les travailleurs, la confusion d'où qu'elle vienne nous la combattons. Le fait que le dialogue puisse exister chacun à notre manière nous le revendiquons comme faisant partie de notre action. Alors voilà deux points sur lesquels la manière dont tu tires leçon de ra vie et de tes responsabilités me parait le plus productif:

1) tu expliques et commente à maintes reprises y compris à travers ton séjour à l'école des cadres à Moscou de "l'éloignement lent et progressif mais réel dégagement du suivisme à l'égard de l'union sovétique . Et ce jusqu'à la politique de Brejnev sans qu'il y ait le retour complet en arrière. (P.105) . La, périodisation me, convient tout à fait. Cette notation parfaitement exacte, et avec le mérite de la clarté qui baigne tout le livre, est un point sur lequel je plaide pour que nous reprenions notre analyse. Parce qu'il s'agit certes du passé et de ce qui va déboucher sur la fin de l'URSS mais conditionne également le présent de nos combats par rapport au monde multipolaire.

Je sais que des camarades comme François Asensi et d'autres y sont prêts mais est-ce le cas dans l'ensemble du parti je ne le crois pas, le maintien en place des maîtres censeurs qui cachent à peine leurs liens avec ceux qui souhaitent liquider ce parti, en témoigne. Que de temps perdu et il nous en reste si peu!

Ce que tu racontes sur cette question dans ton livre mon camarade, montre il ne s'agit pas d'anecdotes mais bien d'une trame. Elle a le mérite d'être construit avec un rappel des dates et des faits, ce qui devrait faciliter la compréhension des enjeux.

2) Mais le plus fort de ce livre réside dans le chapitre qui suit : la démonstration de ce qu'a été la politique post-soixante-huitarde après le départ de De gaulle à savoir le chapitre intitulé : un département rouge par ses luttes mais fragilisé, puis vidé de ses industries (p. 107) Là aussi, il s'agit d'une trame qui a conditionné ta vie comme celle d'un grand nombre de familles et le pays lui-même.

Là il y a vraiment ce que nous avons en commun; ce "champ communiste"dont nous contemplions l'isolement avec désespoir et dont nous cherchions les clés pour l'élargissement , c'est là le point essentiel qui a structuré non seulement hier mais devrait nous aider à penser l'avenir et la politique immédiate.

La description de ce que vit un secrétaire fédéral de la puissante fédération de Saint Denis qui vit chaque jour de nouveaux plans sociaux et de fait malgré les combats, qui à la fin ne négocient plus qu'un maximum de prime de départ tout cela est confronté au fait que nous n'avons plus de stratégie autre que défensive.

Nous sommes toi et moi totalement d'accord avec ce qui est a été centre denos difficultés y compris aujourd'hui, d'où à la fois notre refus d'adhérer au PCF tel qu'il est et notre soutien à Fabien Roussel qui a moins le mérite du diagnostic, le refus du clientélisme policiticien qui divise toujours plus la classe ouvrière et les couches populaires.

Simplement en ce temps là nous ne nous sommes pas entendus sur la stratégie, je veux bien aller jusqu'à reconnaitre que c'est parce que François avait les mains dans le cambouis et moi j'avais déjà la possibilité de prendre du recul et d'être totalement convaincue que ce qui paraissait être les réformes, le changement, était une adaptation, acceptation. mais à ma décharge je n'ai jamais crains de proposer des choix politiques concrets qui n'ont pas été même discutés comme récemment l'adhésion à un monde multipolaire.

Encore aujourd'hui je ne crois pas qu'il puisse y avoir une stratégie qui puisse s'envisager sans prise en compte de la nouvelle architecture géostratégique qui se met lentement en place dans un développement accéléré des forces productives, au milieu de conflits de plus ou moins grandes intensités.

je crains que ce que François Asensi et d'autres ont vécu positivement à savoir l'éloignement nécessaire du suivisme soviétique soit un obstacle si on en reste là, en le transformant en dogme. Si tout cela n'est pas revu et repensé à la compréhension de ce qu'il faut recréer aujourd'hui pour se mettre en phase avec le monde multipolaire. Si je ne peux qu'appouver le fait que le point d'appui reste la volonté de faire face aux problème (ceux par exemple de la réindustrialisation, de politiques de l'énergie mais aussi du logement, de l'éducation, et...) se situe en france et le socialisme à la française est la perspective on ne peut pas penser cela sans rupture avec l'atlantisme, la réalité de l'UE aujourd'hui et le monde multipolaire. parce que le monde multipolaire lui est entré dans une bataille existentielle et nous avec dans laquelle les conditions de la négociation se durcissent.

A propos de ce livre, je pourrais parler de bien d'autres choses, de la clarté de son propos, et de l'agrément de cette lecture, du nécessaire rappel du contexte, une présentation qui favorise la lecture et la réflexion dans laquelle je retrouve ce que j'ai toujours apprécié dans ce monde prolétarien, familial qu'était le PCF.

Non je voudrais que l'on discute, nous qui nous sommes trouvés pris dans la complexité de cette participation gouvernementale alors qu'étaient approuvés ce qui au Chili ne s'obtenait que sous la torture, qui avons vu des intellectuels jadis communistes nous vanter la crise et qui en avions choisi des revendications à construire une stratégie pas seulement défensive nous nous soyons trouvés opposés et également refoulés alors que nous étions si profondément communistes.

Il est inutile de panser nos plaies, l'essentiel est de comprendre pour agir.

da,nielle Bleitrach

 

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