Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
blog Vendémiaire

Blog d'actualité politique

« La prochaine victime, ça pourrait être moi » : la loi sur le « permis de tuer » inquiète les militants écologistes

Publié le 20 Septembre 2026 par Vendémiaire in France-Politique - société, Ecologie

Des force de police séparent des militants écologistes bloquant l'entrée du siège régional d'AXA près de Nantes, le 14 mai 2025. - © Maylis Rolland / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Des force de police séparent des militants écologistes bloquant l'entrée du siège régional d'AXA près de Nantes, le 14 mai 2025. - © Maylis Rolland / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

19 septembre 2026 à 07h00 Mis à jour le 20 septembre 2026

Contre la loi sur le « permis de tuer », des militants écologistes se joindront aux mobilisations du 20 septembre. Un signe de convergence avec les luttes antiracistes, face à une répression qui s’élargit : « Chacun doit avoir conscience qu’il peut en être victime. »

« C’est terrifiant », soupire Nour, membre d’Action Justice Climat et du réseau Les Impactrices, qui milite pour la justice sociale et l’égalité des genres. Comme d’autres militantes écologistes, elle sera dans la rue dimanche 20 septembre pour dire « non au permis de tuer ». Une mobilisation nationale à l’appel de plusieurs organisations [1] contre la proposition de loi instaurant une présomption d’usage légitime des armes pour les policiers et gendarmes. En dépit d’une pétition qui a reçu plus de 730 000 signatures, le texte a été adopté à l’Assemblée nationale le 7 juillet, avant d’être envoyé pour examen en Commission des lois constitutionnelles.

Lire aussi : Un « permis de tuer » : le gouvernement veut encore faciliter les tirs des policiers

« On nous habitue à accepter les violences policières et, désormais, cela concerne tout le monde », poursuit Nour. La militante de 34 ans constate que cette violence est « introduite et légitimée par la marge, sur les personnes racisées, en exil, des banlieues ou des territoires d’outre-mer, avant de s’élargir vers les Gilets jaunes, les militants écologistes, antifascistes, les syndicalistes… Finalement, chacun doit avoir conscience qu’il peut en être victime ». Elle voit dans cette loi un « nouveau palier franchi dans l’impunité » accordée aux forces de l’État.

« Je suis une femme racisée, visiblement musulmane […] La prochaine victime, ça pourrait être moi »

« C’est déjà difficile de faire reconnaître la culpabilité d’un agent lorsqu’il blesse voire tue, même avec des témoins ou des vidéos à l’appui. Avec cette loi, ça risque de devenir impossible », observe Nour. En 2025, le média Basta ! a recensé 49 décès liés à une intervention des forces de l’État en France. Certains tirs mortels ont fait scandale, comme celui qui a tué Nahel Merzouk, 17 ans, d’une balle à bout portant, en juin 2023 à Nanterre.

« Je suis une femme racisée, visiblement musulmane dans l’espace public, militante écologiste, antiraciste et antifasciste, ajoute Nour. La prochaine victime de cette loi qui légitime une violence déjà à l’œuvre, ça pourrait être moi. »

« J’ai déjà vu un policier sortir son arme dans une manifestation. Est-ce qu’il aurait tiré en se sachant à ce point protégé par la loi ? » interroge Ange, 19 ans. La militante d’Extinction Rebellion a elle aussi vu « la répression monter » dans les mobilisations écologistes, jusqu’à culminer lors de la manifestation de Sainte-Soline (Deux-Sèvres) de mars 2023.

Au vu du « risque supplémentaire » qu’introduit cette loi, Ange, habituée des rassemblements et des actions de désobéissance civile, entend redoubler de prudence dans son engagement. « Je suis racisée, et on sait que le faciès entre en compte, donc je laisserai davantage mes camarades moins à risque prendre les rôles qui impliquent le plus de contact avec la police. »

La mort de Nahel Merzouk a marqué « une convergence de l’écologie et de l’antiracisme »

Aux yeux de Kaméra Vesic, directrice de l’association d’écologie populaire PikPik Environnement, cette loi participe à « l’approfondissement d’un arsenal répressif déployé pour faire peur et brider les contestations ».

Cet été, il y a eu l’adoption de cette proposition de loi par laquelle un policier ayant fait usage de son arme sera a priori considéré comme ayant agi de manière nécessaire et proportionnée. Mais il y a aussi eu l’adoption de la loi Ripost qui prolonge l’usage des caméras algorithmiques et supprime l’obligation d’enregistrement automatique continu de certaines caméras dans les locaux de garde à vue. En cette rentrée chargée en mobilisations sociales et écologistes, « on doit désormais avoir en tête qu’en sortant pour manifester, on risque de finir à l’hôpital », regrette-t-elle.

« En sortant pour manifester, on risque de finir à l’hôpital »

Kaméra Vesic se souvient par exemple d’une manifestation du 1ᵉʳ-Mai, au cours de laquelle son fils de 23 ans a « pris un flashball dans le crâne ». Pour son association, la mort de Nahel Merzouk a marqué « un tournant » vers « une convergence de l’écologie et de l’antiracisme ». « Ça a beaucoup chamboulé les mamans dans l’association, on se dit que ça peut arriver à nos enfants », explique la militante, habitante d’un HLM à Issy-les-Moulineaux.

Elle appelle les militants écologistes, également confrontés de manière croissante aux violences policières, à se joindre à la manifestation du 20 septembre. « C’est maintenant qu’il faut se mobiliser ensemble, car avec ce blanc-seing donné à la violence des forces de l’ordre, toute personne, en particulier si elle manifeste pour une cause, pourrait en être victime. »

 

https://reporterre.net/La-prochaine-victime-ca-pourrait-etre-moi-la-loi-sur-le-permis-de-tuer-inquiete-les

 

Commenter cet article