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Blog d'actualité politique

« 36 °C dehors, 26 °C dans les classes » : ces écoles s’adaptent aux canicules grâce aux low-tech

Publié le 1 Septembre 2026 par Vendémiaire in Ecologie-Climat, France-Politique - société

Des élèves de l’école maternelle de Grabels (Hérault) derrière des toiles en fibre de coco, le 23 juin 2026. - © Gabriel Bouys / AFP

Des élèves de l’école maternelle de Grabels (Hérault) derrière des toiles en fibre de coco, le 23 juin 2026. - © Gabriel Bouys / AFP

Par Lorène Lavocat et David Richard (photographies)

1er septembre 2026

C’est un fait : très peu d’écoles sont adaptées aux vagues de chaleur. Face à l’urgence, certaines communes expérimentent des solutions low-tech et peu chères. Résultat, près de Montpellier : jusqu’à -10 °C de différence dans les classes.

Grabels (Hérault), reportage

Au premier abord, l’école maternelle de Grabels coche toutes les cases de la passoire thermique. Une cour goudronnée, de grandes baies vitrées, et un bâtiment conçu il y a plus de vingt-cinq ans. « On pouvait monter à 33 °C dans les classes », confirme Yann Issard, directeur jeunesse à la mairie. S’il emploie le passé, c’est que de petits aménagements ont radicalement changé la donne cette année.

Brasseurs d’air dans les classes, ombrières dans la cour, aération nocturne… Résultat, lors de la canicule de juin, « quand il faisait 36 °C dehors, on était à 26 °C dans les salles, se réjouit-il. Avec des mesures simples, on peut sacrément améliorer le quotidien des élèves et des enseignants ».

À l’origine de cette transformation, le projet Racine, auquel participe une trentaine d’établissements à travers tout le territoire. « On veut montrer qu’on peut s’adapter aux canicules sans détruire et reconstruire toutes les écoles », résume Guillaume Perrin, directeur des programmes à l’Actee, la fédération d’élus à l’origine du programme. Car il y a urgence : « Près des trois quarts du bâti scolaire sont dépassés face aux chaleurs, alors que nous vivons les années les plus fraîches du reste de nos vies. »

Or les communes n’ont bien souvent ni les moyens ni l’expertise pour se lancer dans des travaux d’ampleur. Résultat, la rénovation des écoles patine. Le 31 août, en pleine rentrée scolaire, le gouvernement a annoncé que 2 500 écoles jugées « vulnérables » bénéficieront ainsi d’un plan d’adaptation accéléré et qu’un plan de gestion des vagues de chaleur sera renforcé d’ici au printemps. En attendant, le projet Racine permet lui, déjà, de faire baisser le thermomètre en déployant des solutions low-tech — simples et peu énergivores.

La cour de récréation s’est parée de toiles en fibre de coco, notamment le long des coursives donnant sur les classes. Ces toiles peuvent être humidifiées si besoin. © David Richard / Reporterre

La cour de récréation s’est parée de toiles en fibre de coco, notamment le long des coursives donnant sur les classes. Ces toiles peuvent être humidifiées si besoin. © David Richard / Reporterre

Ventilateurs de plafond et aération nocturne

Pour ce faire, les villes et villages sélectionnés doivent expérimenter une méthode, en trois axes. Premier pilier, « ne pas faire entrer le soleil, indique Guillaume Perrin, car une fenêtre qui laisse passer le soleil, c’est l’équivalent d’un chauffage qu’on laisse ouvert ». Volets, stores, persiennes… À Grabels, la cour de récréation s’est parée de toiles en fibre de coco, notamment le long des coursives donnant sur les classes.

« Ça fait des rideaux qui créent de l’ombre tout en laissant passer l’air, explique Yann Issard. Et on peut les humidifier pour rafraîchir l’atmosphère. » Ensuite, il s’agit de faire circuler l’air, avec des ventilateurs de plafond. Deux classes ont été équipées chacune de quatre brasseurs d’air. Avec succès : « On a fait baisser la température ressentie de 2 à 4 °C », observe le directeur.

« On a fait baisser la température ressentie de 2 à 4 °C »

Dernier point, et non des moindres : la ventilation nocturne. « Il faut profiter de la nuit pour évacuer la chaleur accumulée dans la journée, explique Guillaume Perrin. Ça paraît simple, mais c’est le plus compliqué à mettre en place. » Par peur des insectes ou des intrusions, nombre de collectivités rechignent en effet à ouvrir les fenêtres la nuit. « On peut mettre des barreaux devant les vitres, mais ça ne plaît pas trop », ajoute-t-il.

Les toiles en fibre de coco permettent aux élèves d’avoir un peu d’ombre. © David Richard / Reporterre

Les toiles en fibre de coco permettent aux élèves d’avoir un peu d’ombre. © David Richard / Reporterre

La commune héraultaise a pour sa part embauché un gardien pendant les semaines de canicule, qui ouvrait les fenêtres et veillait. Et cerise sur le gâteau glacé, dans une des ailes de l’école dotée de fenêtres en hauteur, un imposant destratificateur a été installé, sorte de brasseur d’air XXL qui tourne à l’envers et fait ainsi remonter l’air vers les ouvertures. Ailleurs, « ce sont les élus eux-mêmes ou des retraités qui se sont relayés bénévolement pour ouvrir les fenêtres la nuit », complète Guillaume Perrin.

Yann Issard, directeur jeunesse à la mairie. © David Richard / Reporterre

Yann Issard, directeur jeunesse à la mairie. © David Richard / Reporterre

« Il ne faut pas s’arrêter là »

En parallèle de ces petits chantiers, l’école de Grabels a fait son introspection. Enseignantes, Atsem, élus, parents d’élèves ont réfléchi à toutes les réorganisations possibles. Proposer des repas froids à la cantine, organiser des jeux d’eau l’après-midi, nettoyer les salles quand elles ne sont pas au soleil pour éviter de faire entrer trop de chaleur… « L’adaptation n’est pas que technique, il s’agit aussi de changer les usages », remarque Yann Issard.

Forte de ce succès, la municipalité envisage désormais de déployer les brasseurs d’air, de végétaliser la cour de récréation, d’installer la clim dans la salle de motricité « pour avoir une zone refuge ». Coût total de l’opération : 400 000 euros répartis sur trois ans, pour un établissement accueillant 160 élèves. « Pour nous, c’est bien plus abordable qu’une rénovation d’ampleur », glisse l’employé municipal.

Côté Racine, le projet de recherche-action devrait donner lieu à une thèse, afin de mesurer l’efficacité des différents dispositifs et d’identifier les freins à l’adaptation. « On pense ces solutions comme une première étape, mais la rénovation reste essentielle, surtout l’isolation des bâtiments, insiste Guillaume Perrin. Il ne faut pas s’arrêter là. »

 

Lire aussi : 53 °C sous la verrière de l’école... et des rénovations aux abonnés absents     

 

 

https://reporterre.net/36-oC-dehors-26-oC-dans-les-classes-ces-ecoles-s-adaptent-aux-canicules-grace-aux-low-tech

 

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