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Blog d'actualité politique

Allonger la durée de conservation des médicaments : la bonne idée antigaspi qui irrite les labos

Publié le 14 Septembre 2026 par Vendémiaire in Actualité, France-Politique - société

- © Line Hachem / Reporterre

- © Line Hachem / Reporterre

14 septembre 2026

L’Agence du médicament française a lancé une phase de tests pour déterminer s’il est possible de prolonger la durée de conservation de 73 traitements. Une solution antigaspi : les médicaments sont souvent efficaces même après leur date de péremption.

Et si on continuait de consommer les traitements toujours efficaces et sûrs une fois la date de péremption passée ? L’idée, de bon sens, n’est pas nouvelle, mais encore faut-il que leur stabilité soit prouvée. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a missionné, le 26 août, quatorze laboratoires volontaires qui devront livrer 73 molécules à une batterie de tests. Les résultats sont attendus dans cinq ans et permettront de décider officiellement quels médicaments pourront voir leur date de péremption allongée.

Il y a deux ans, une enquête de l’UFC-Que choisir montrait déjà que 80 % des remèdes considérés comme périmés demeuraient efficaces des années après la date de validité… Même un traitement à base de l’antidouleur le plus consommé en France, le paracétamol, dont la date de péremption affichait 1992 !

Pourquoi ne pas s’y être penché plus tôt alors que le budget consacré à la santé est sans cesse resserré et que les pénuries de produits de santé constituent une barrière aux soins ?

Les laboratoires renvoient la balle à l’État

« On peut fortement supposer que les laboratoires ne souhaitaient pas prolonger les dates de péremption de leurs médicaments pour des raisons économiques. Plus les dates sont courtes, plus on en vend », suggère Yann Mazens, chargé de mission pour France assos santé, qui regroupe plusieurs associations de patients.

Celle-ci s’intéresse à cette solution antigaspi depuis la publication de l’UFC-Que choisir. « Tout ce qui peut permettre de générer des économies est à prendre en compte si cela peut éviter de faire la poche aux patients. Ils doivent de plus en plus débourser sans être remboursés avec les augmentations successives de la franchise médicale… » commente Yann Mazens.

Le lobby des entreprises du médicament, le Leem, soutient qu’« il ne s’agit pas de choix commerciaux ». Les responsables de ce retard à l’allumage se renvoient la balle. « Nous suivons les prérequis demandés par les autorités sanitaires lorsque nous déposons nos demandes d’autorisation de mise sur le marché », explique Laure Lechertier, directrice du développement durable du laboratoire Upsa, qui commercialise notamment du paracétamol. « Il nous est demandé de mener des études de stabilité, d’efficacité et de sûreté pour une durée de trois ans, en l’occurrence. Nous vérifions alors que le médicament conserve sa qualité totale, puis nous pouvons le commercialiser pendant cette durée », précise-t-elle.

« Plus les dates sont courtes, plus on en vend »

La majorité des traitements affichent une date de conservation de deux à trois ans, tandis que moins de 10 % atteignent cinq ans, selon l’ANSM. Questionnée par Reporterre sur le fait de ne pas exiger des laboratoires qu’ils allongent la durée de vie de leurs produits, l’European medicines agency (EMA) indique que « dans des situations de crise, telles que des pénuries critiques de médicaments ou des urgences de santé publique, l’EMA peut demander ou recommander aux laboratoires pharmaceutiques de prolonger la durée de conservation d’un médicament ».

Ce, à condition que la firme pharmaceutique soit en mesure de prouver la qualité du produit sur une plus grande durée — « une demande émanant de l’entreprise et accompagnée de données justificatives appropriées est nécessaire », précise l’EMA. C’est là que le bât blesse : cela exige d’avoir vérifié la conservation des propriétés du traitement dans le temps, et cela engendre des dépenses que les laboratoires n’ont jusqu’alors pas priorisées. Le Leem admet que s’il n’y a pas de données de stabilité disponibles pour allonger la péremption, « leur génération va prendre du temps et coûter de l’argent à l’industriel, pour un résultat incertain ».

En résumé : les médicaments ont souvent une date de péremption de trois ans... parce que leur efficacité n’a été testée que sur cette durée !

8 200 tonnes de médicaments non consommés collectées en 2025

Toujours est-il que quatorze laboratoires ont répondu à l’appel à candidatures baptisé « Longue vie aux médicaments » par l’ANSM dans l’optique d’expérimenter la stabilité de la composition de 73 molécules courantes telles que l’amoxicilline, la lévothyroxine, la mélatonine, le lithium et le paracétamol.

Cet élan à retardement des industriels pharmaceutiques pourrait bien être mis en parallèle avec le fait que le comité en charge de la négociation des prix des produits de santé en France intègre de plus en plus des critères écologiques : le tarif peut ainsi être plus avantageux pour les laboratoires si des efforts, notamment sur le bilan carbone, ont été réalisés.

Car le bilan carbone de la production des médicaments, dont les premières étapes sont bien souvent exportées à l’autre bout de la planète, notamment en Asie, est très lourd. Tout comme l’est celui de la destruction de ceux inutilisés. 8 200 tonnes de médicaments non consommés ont été collectées en 2025, avec un coût pour l’Assurance maladie estimé entre 561 millions et 1,7 milliard d’euros par la Cour des comptes.

Des comprimés stables des années après la date

« Les résultats rapportés par l’UFC confortent l’idée qu’il existe probablement, pour certains médicaments, une marge pour allonger leur durée de conservation », admet l’Agence du médicament.

Assurément, même, selon la docteure en pharmacie et professeure à l’université de Montpellier Sonia Khier. Pour les formes sèches des traitements tels que les gélules et comprimés, « à l’abri de la lumière, de l’eau et de températures extrêmes, il y a peu de raisons pour que le médicament ne reste pas stable et donc efficace. Il ne peut pas se transformer d’un coup en un produit nocif ou en une molécule qui provoquerait de nouveaux effets secondaires », soutient-elle.

Certains d’entre nous s’autorisent déjà à se servir dans l’armoire à pharmacie, sans se préoccuper vraiment que les dates soient passées. Que risque-t-on ? Pas de réponse générale à cette question, car tout dépend du type de remèdes et de leur forme, prévient Sonia Khier. « Certains se conservent au frigo, d’autres à température ambiante. La plupart du temps, la durée d’utilisation des traitements sous forme liquide est plus courte car avec les solutions aqueuses, le développement de bactéries ou de microorganismes est possible », distingue la pharmacienne montpelliéraine.

« Mieux vaut conserver les médicaments à l’abri de la lumière »

S’agissant des cachets ou gélules, du moment que l’emballage — souvent en aluminium, très hermétique pour empêcher l’entrée de l’humidité — n’est pas abîmé, ils restent stables plusieurs mois, voire années après la date de péremption.

Même quand ils ont traversé des fortes chaleurs, emmagasinés dans des bouilloires thermiques qui ont pu atteindre plus de 36 °C cet été ? « Par principe de précaution, mieux vaut conserver les médicaments en hauteur pour qu’ils ne soient pas à portée des enfants, et à l’abri de la lumière, dans les WC par exemple, où il peut faire moins chaud et humide que dans la salle de bain », recommande Sonia Khier.

Lire aussi : Sur le plateau de Millevaches, ces pharmaciens rebelles sanctionnés pour leur démarche antigaspi

Pour valider la date de péremption, les médicaments sont justement testés dans différentes conditions climatiques. Pour ce qui est de ceux vendus par Upsa, pendant plusieurs mois, « un lot est placé dans un environnement à 25 °C avec 60 % d’humidité, un autre à 30 °C avec 65 % d’humidité et un dernier, à 40 °C avec 75 % d’humidité », décrit Laure Lechertier.

Le laboratoire Upsa éprouvera donc ces trois différents sas sur le Dafalgan et l’Efferalgan (à base de la molécule antidouleur paracétamol) pendant deux années supplémentaires dans le cadre de l’expérimentation initiée par l’ANSM. Limiter effectivement le gâchis de médicaments prendra plusieurs années, le temps de disposer des preuves formelles du maintien de leur efficacité sans risque sur une plus grande durée, aux mains des laboratoires.

 

https://reporterre.net/Medicaments-leur-date-de-peremption-pourrait-etre-enfin-repoussee

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