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Blog d'actualité politique

« Une guerre culturelle » : des livres censurés et des cours sur le climat menacés aux États-Unis

Publié le 14 Septembre 2026 par Vendémiaire in Actualité, Ecologie-Climat, Etats-Unis

- © Helkarava / Reporterre

- © Helkarava / Reporterre

14 septembre 2026

Du Texas à l’Oklahoma, les attaques contre l’enseignement du réchauffement climatique se multiplient, entre manuels censurés, pressions des partis politiques locaux et autocensure des professeurs.

San Antonio (États-Unis), correspondance

Aux États-Unis, l’enseignement du réchauffement climatique reste l’objet de controverses. Depuis le prétendu « endoctrinement » dénoncé par Donald Trump en 2017, l’enseignement du climat s’est imposé comme un nouveau front de la « guerre culturelle », résume Glenn Branch, directeur adjoint du National Center for Science Education (NCSE), une organisation de défense de l’enseignement des sciences.

Lire aussi : « Femme », « climat »... Trump interdit des mots dans les articles scientifiques

Selon lui, « les salles de cours sont devenues des champs de bataille » politique et culturel, en particulier dans le système « K-12 » (écoles, collèges et lycées) mais aussi dans les universités, avec « une tentative d’édulcorer la manière dont le sujet est abordé dans les programmes ». Celle-ci reprend de vieux arguments utilisés pendant des décennies contre la théorie de l’évolution de Charles Darwin, selon laquelle les espèces se transforment au fil des générations, notamment sous l’effet de la sélection naturelle.

Des manuels censurés en Floride

En l’absence de système scolaire national, les élèves peuvent être confrontés à des approches radicalement différentes d’un État à l’autre. Si le réchauffement climatique est largement intégré aux référentiels scientifiques, son enseignement varie fortement entre les quelque 13 300 districts scolaires du pays. 78 % des électeurs inscrits pensent pourtant que « les écoles devraient enseigner aux enfants les causes et les conséquences du réchauffement climatique, ainsi que les solutions possibles », selon un rapport publié en juin 2025 par le Yale Program on Climate Change Communication (YPCCC).

En Floride, le département de l’Éducation a exigé que plusieurs éditeurs de manuels scolaires revoient leur copie sur le climat, révèle une récente enquête de la radio locale WUSF et du média spécialisé dans l’éducation The Hechinger Report.

Il « finit par ressembler à une catastrophe sans origine réelle, comme si elle était tombée du ciel »

Dans certains ouvrages, le terme « changement climatique » devient parfois « modifications de l’environnement », tandis que disparaissent des références à son « origine humaine » ou à « l’immense pouvoir politique et économique » de l’industrie des combustibles fossiles.​ Surtout, la communauté éducative redoute l’introduction de cette vision tronquée du réchauffement climatique dans le programme, en cours de révision pour la première fois depuis 2008.

« À force, le changement climatique finit par ressembler à une catastrophe sans origine réelle, comme si elle était tombée du ciel », souffle une lycéenne de la proche banlieue de Miami, ayant requis l’anonymat. Parfois « désemparée par la situation », elle affirme que « près d’un tiers de sa classe » adhère aux théories conspirationnistes de Donald Trump, selon lesquelles le réchauffement climatique serait « un canular ou une invention politique », dans un État où toute référence à ce phénomène a été supprimée des lois en mai 2024.

Des cours sur le climat et l’environnement ont été retirés du tronc commun

Comme l’université de Houston, Texas A&M a, de son côté, décidé de retirer ses cours sur le climat et l’environnement du tronc commun, jugés non « fondamentaux et essentiels » par la loi texane SB 37 de 2025. « À partir de la rentrée 2027, ce ne sera plus qu’une simple option sans importance », se désole Judy Dickey, enseignante au département des sciences de l’atmosphère de l’université.

Cette ancienne météorologue de l’US Air Force y voit « une manière détournée de marginaliser son cours », plutôt que de le supprimer ou d’en limiter explicitement le contenu, sans que cela soit « trop flagrant ». Près de 600 étudiants ont suivi cet enseignement ces trois dernières années ; aujourd’hui, elle espère simplement qu’ils seront encore assez nombreux pour permettre son maintien.

Pour les enseignants, la crainte d’accusations de militantisme

Malgré le consensus scientifique, des responsables politiques continuent de remettre en cause l’importance de cet enseignement. En janvier, les républicains de l’Oklahoma le présentaient comme « contestable » et exigeaient que « les forces et les faiblesses des théories » dites environnementales soient soupesées — mais leur projet de loi n’a finalement pas été adopté.

Même si aucune loi n’interdit explicitement d’aborder le sujet, certains enseignants hésitent à en parler ouvertement en classe, confient plusieurs de nos interlocuteurs. Non pas par désintérêt de la nouvelle génération, au contraire, mais par crainte d’accusations de militantisme politique et de réactions hostiles des parents, de leur hiérarchie ou de leur communauté. Face à ces pressions, certains établissements s’appuient sur des associations comme le Cleo Institute, en Floride. L’organisation forme les enseignants, leur fournit des ressources pédagogiques et sensibilise les élèves au chaos climatique.

Un « déluge d’informations erronées »

Directrice du Teacher Institute for Evolutionary Science, un programme destiné aux enseignants de sciences, Bertha Vazquez plaide pour un retour à un enseignement fondé sur les preuves scientifiques. « Car au final, le plus grand danger n’est pas l’absence d’enseignement sur le changement climatique, mais le déluge d’informations erronées qui s’abat sur nos enfants et sur nous tous », alerte cette ancienne professeure de sciences dans la région de Miami.

Des États résistent

À l’heure où la Floride et le Texas rendent plus difficile l’enseignement du réchauffement climatique dans leurs établissements, d’autres États adoptent, eux, une position presque diamétralement opposée.

Depuis 2020, le New Jersey encourage un enseignement interdisciplinaire du climat. En cours d’espagnol, une séquence intitulée « El Colibrí y el Cambio Climático » invite les élèves de primaire à suivre la migration des colibris entre le New Jersey et le Mexique. Ils y apprennent notamment le vocabulaire associé à leur habitat et travaillent sur les effets du réchauffement climatique.

À New York, Carolina Castro-Skehan, une enseignante des sciences de la Terre dans un lycée du Bronx, pense ses cours en dehors de la classe. Dans une logique de science citoyenne — où l’observation du milieu local devient elle-même un outil d’apprentissage, elle travaille avec ses élèves pour créer des jardins potagers dans le quartier et ses environs. « Le meilleur enseignement est celui qui favorise l’action, souligne Rajul Pandya, spécialiste de l’éducation climatique informelle et professeur à l’université d’Arizona State. Celui-ci amène les élèves non seulement à acquérir des connaissances, mais aussi à réfléchir à ce qu’ils souhaitent entreprendre. »

Pour lui, un enseignement de qualité sur le réchauffement climatique repose sur quatre caractéristiques : il doit être « actif, interdisciplinaire, social et ancré localement ». Et de conclure : « Le but n’est pas de leur dire quoi penser, mais de leur donner les outils pour comprendre le monde dans lequel ils vivent. »

 

https://reporterre.net/Manuels-censures-cours-menaces-l-enseignement-du-climat-en-peril-sous-Trump

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